Bannissement de Trump : Facebook empêtré dans le casse-tête de la modération

Le Conseil de surveillance de Facebook a étendu mercredi pour encore six mois le blocage des comptes de Donald Trump, effectif depuis le mois de janvier, suite aux émeutes du Capitole (Washington). Mais selon cet organe lancé en mai 2020, "Facebook cherche à échapper à ses responsabilités" et le problème de fond, lui, reste sans réponse.
Anaïs Cherif

4 mn

(Crédits : THOMAS WHITE)

Donald Trump restera finalement banni de Facebook et Instagram... pour l'instant. Le Conseil de surveillance de Facebook, lancé officiellement en mai 2020, a rendu mercredi un avis très attendu sur le sujet. Le groupe de Mark Zuckerberg avait pris la décision très controversée de bloquer pour "une durée indéterminée" les comptes de l'ancien président américain en janvier pour "incitation à la violence", suite à ses messages publiés lors de l'irruption de manifestants pro-Trump au sein du Capitole à Washington. Cette décision avait soulevé une vague de critiques d'associations et de représentants politiques, dénonçant le pouvoir des plateformes dominantes dans la régulation du débat et de la liberté d'expression.

Face à ce cas de conscience inédit, Facebook a donc saisi son Conseil de surveillance, sorte de "Cour suprême" qu'il présente comme indépendante, mais qu'il finance directement à hauteur de 130 millions de dollars sur six ans. Ses préoccupations adressées à l'organe : est-il juste de suspendre indéfiniment un utilisateur ? Et comment réagir lorsqu'il s'agit d'un responsable politique ?

Lire aussi : Modération : pourquoi Facebook veut créer une "cour d'appel indépendante"

"Facebook cherche à échapper à ses responsabilités"

Dans son avis, le Conseil estime que le groupe a eu raison d'interdire à Donald Trump de publier des messages. "En maintenant un récit infondé de fraude électorale et des appels persistants à l'action, M. Trump a créé un environnement où un risque sérieux de violence était possible", peut-on lire dans l'avis. Et de poursuivre : "En tant que président, M. Trump avait un haut niveau d'influence", avec 35 millions d'abonnés sur Facebook et 24 millions sur Instagram.

Cependant, l'instance juge qu'il est "inapproprié pour Facebook d'imposer une suspension indéfinie". C'est pourquoi elle demande au groupe de réexaminer sa position dans les six prochains mois.

"En appliquant une sanction vague et sans norme, puis en renvoyant cette affaire au Conseil pour qu'il la résolve, Facebook cherche à échapper à ses responsabilités", tranche l'organe.

C'est donc un retour à la case départ pour la firme de Menlo Park, qui se retrouve de nouveau confrontée à l'épineux problème de la modération des contenus. "Nous allons maintenant examiner la décision du conseil d'administration et déterminer une action qui soit claire et proportionnée. En attendant, les comptes de M. Trump restent suspendus", a réagi dans un communiqué de presse mercredi Nick Clegg, vice-président communication et affaires publiques de Facebook.

Lire aussi : Suicides, menaces... Facebook admet des règles "contre-intuitives" pour sa modération

La modération, un jeu d'équilibriste

Pour Arnaud Mercier, professeur en information-communication à l'université Panthéon-Assas, "l'avis cherche à résoudre la tension à laquelle Facebook doit désormais faire face".

"D'un côté, il s'agit d'un opérateur privé qui est parfaitement légitime afin de définir ses propres règles pour les utilisateurs de son service. De l'autre côté, le réseau social exerce une sorte de mission de service public qui est devenu de fait, au fil des ans, un support d'expression politique très importante", explique-t-il.

C'est pourquoi il revient au géant des réseaux sociaux d'établir des règles claires et précises. C'est bien toute la difficulté de la modération, véritable exercice d'équilibriste. Depuis des années, les plateformes sont régulièrement accusées d'être soit trop laxistes - et de laisser proliférer des messages d'incitation à la haine ou les fake news - soit trop strictes. Face à ce dilemme, la prise de position du groupe américain reste inchangée : il se considère uniquement comme une plateforme de transit de contenus, refusant le statut d'éditeur qui s'accompagne d'une myriade d'obligations.

"Il s'agit d'un discours de façade, qui est de plus en plus difficile à tenir pour Facebook, estime Arnaud Mercier. Son argumentaire a perdu en cohérence car au fil des rapports de force avec les autorités, le groupe américain a dû concéder des parts de responsabilité sur la gestion des contenus (terroristes, pédopornographiques, fake news...)"

Lire aussi : Digital Services Act (1/2) : comment l'Europe s'attaque à la haine en ligne et à la désinformation

Anaïs Cherif

4 mn

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Commentaires 16
à écrit le 09/05/2021 à 3:00
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Facebook c'est cuit

à écrit le 07/05/2021 à 11:17
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Il faut être vigilant avec la modération, au final , un concept proche de la censure. Nous sommes dans une période de pensée unique très réductive , les médias doivent faire attention et ne pas tomber dans le piège tendu par des minorités très agres...

le 07/05/2021 à 13:13
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Mais on ne peut pas d'un coté réclamer plus de modération contre les expressions racistes, haineuses, les injures publiques, les appels à la violence, le harcèlement, et se plaindre quand la modération applique un réglement que les utilisateurs se so...

à écrit le 07/05/2021 à 9:52
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"Conseil de surveillance de Facebook " " Les membres annoncés aujourd'hui reflètent un large éventail de points de vue et d'expériences. Ils ont vécu dans plus de 27 pays, parlent au moins 29 langues et sont tous engagés dans la mission du Conseil...

le 07/05/2021 à 11:01
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La censure est là. Facebook est donc un repère de gochaux. Merci pour les précisions sur les membres du conseil de surveillance non virables, ça donne un éclairage sur ce qu’est cette société. C’est infect.

à écrit le 07/05/2021 à 7:51
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Une censure politiquement correcte et bien-pensante, il faut bien le reconnaître...Quoiqu'on pense des opinions et actes de Donald TRUMP. Et les mêmes qui bannissent TRUMP critiqueront le traitement réservé à NAVALNY. La paille et la poutre, et l'ind...

le 07/05/2021 à 8:47
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Evitez de comparer un homme harcelé, emprisonné, torturé, avec un gros plein de soupe à qui on a simplement coupé un micro parmi des centaines possibles. Vous vous ridiculisez.

le 07/05/2021 à 11:09
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Vos opinions vous appartiennent. Je ne les partage en rien. La censure américaine est comparable en tous points à la censure Russe. La censure, c’est la censure. Que l’on soit où non d’accord avec Trump, les fait est qu’il a lui essayé de mettre à pl...

à écrit le 06/05/2021 à 19:24
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C'est Facebook qu'il faut bannir.

le 07/05/2021 à 8:48
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Comme cà on sera sûr que Trump ne pourra plus y déverser ses ordures.

à écrit le 06/05/2021 à 18:45
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simple censure mais cela se voit regulierement dans les medias democrates ou de gauche

le 07/05/2021 à 9:56
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@jataf Interdire Facebook n'est pas de la censure. Facebook, Twitter et les autres réseaux sociaux sont des dangers pour les démocraties. Leur but est clairement de gouverner le Monde, sans partage, de contrôler la vie des gens, bien au-delà de la ...

à écrit le 06/05/2021 à 17:56
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La silicon valley socialiste se cherche des excuses toujours plus ridicules pour justifier la censure de Donald Trump... A quand la fin du bouclier judiciaire sur les réseaux sociaux qui dans les faits sont des éditeurs puisque leurs conditions ...

à écrit le 06/05/2021 à 17:43
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Il n'y a pas d'état d'âme à avoir. Trump a fait créer son propre site où il peut déblatérer en toute liberté et polluer l'espace avec ses groupies. Il n'est donc pas empêché de parler et on ne peut pas assimiler son bannissement à un baillon.

le 07/05/2021 à 11:13
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Oui, c’est un peu comme piquer le micro à quelqu’un pour l’empêcher de parler. Quand on est gaucho, on le frappe et on l’intimide aussi. On lui dit que la vie va devenir très compliquée pour lui s’il ne rentre pas dans le rang et on l’invite à faire ...

le 07/05/2021 à 12:41
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Je ne sais pas où vous avez vu que Trump a été frappé, intimidé, menacé. Il y a un truc que vous n'avez toujours pas compris. Quand Trump utilise Facebook Twitter ou Instagram, il utilise un micro qui ne lui appartient pas, dans une propriété p...

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