En plein scandale, Facebook annonce qu'il va améliorer la confidentialité des conversations sur Messenger

Mardi, Facebook était critiqué pour avoir fourni les conversations Messenger entre une adolescente de 17 ans et sa mère à la police du Nebraska, dans le cadre d'un procès pour avortement illégal. Hasard du calendrier? Deux jours plus tard, l'entreprise a annoncé qu'elle souhaitait déployer le chiffrement de bout en bout par défaut sur son Messenger d'ici 2023. Or, cette mesure de sécurité lui aurait évité des critiques dans l'affaire de l'avortement illégal. Explications.
François Manens
(Crédits : CC0 Public Domain)

Connaissez-vous la principale différence entre Facebook Messenger et WhatsApp, les deux applications de communication du groupe Meta ? La réponse est importante : il s'agit du chiffrement de bout en bout. Grossièrement, cette couche de sécurité permet de chiffrer le contenu des messages lorsqu'ils transitent de l'expéditeur au destinataire, c'est-à-dire qu'elle transforme les textes en un ensemble de caractères incompréhensibles. Seuls les deux participants de la conversation -à chaque "bout"- ont la clé pour chiffrer et déchiffrer le contenu.

Avec cette protection, toute personne qui intercepterait la communication -sur le réseau ou sur les serveurs de l'entreprise qui gère l'application- ne pourrait pas la lire (du moins, en théorie). Autrement dit, les conversations des utilisateurs de WhatsApp (mais aussi d'autres apps comme Signal) sont bien mieux protégées que celles de Messenger. C'est pourquoi, dans un billet de blog publié le 11 août, Facebook a annoncé qu'il lançait des tests pour instaurer le chiffrement de bout en bout par défaut sur Messenger. Cette mesure lui aurait évité le scandale qui a éclaté plus tôt dans la semaine, lié à la terrible histoire d'une enquête policière pour avortement clandestin aux Etats-Unis. Un scandale qui a relancé le hashtag #DeleteFacebook (supprimons Facebook).

Une conversation Messenger au centre d'une décision de justice

Mardi, la presse américaine a relayé la collaboration de Facebook avec la police du Nebraska sur une affaire d'avortement, alors que le pays est sous tension sur ce sujet depuis que la Cour Suprême a révoqué l'arrêt Roe v. Wade. Soumis à un mandat de perquisition émis par la justice en juin, le réseau social a transmis les données qu'il détenait sur une adolescente de 17 ans, Celeste, et sa mère. Avec dans le lot, les conversations Messenger entre les deux.

Celeste était accusé d'avoir effectué un avortement (par voie médicamenteuse) en dehors de l'hôpital, au bout de sa 28e semaine (6e mois) de grossesse. Elle aurait ainsi bravé plusieurs lois du Nebraska, qui interdit l'avortement au-delà de la 20e semaine hors cas de danger grave ou mortel pour la femme enceinte, et risquerait plusieurs années de prison ferme, tout comme sa mère. Ces lois existaient avant la révocation de Roe v. Wade mais l'affaire a suscité l'émoi, car elle laisse entrevoir le rôle que les réseaux sociaux pourraient avoir dans la répression controversé de l'avortement.

Et pour cause : c'est à partir d'éléments de la discussion entre Celeste et sa mère sur Messenger que la justice a autorisé une perquisition aux domiciles des deux accusées, qui a mené à la saisie de 13 smartphones et ordinateurs et à l'extraction de 24 gigaoctets de données. Les deux femmes ont utilisé l'app de Facebook pour discuter de l'achat du médicament nécessaire à l'avortement, puis de ce qu'elles comptaient faire pour cacher le corps du fœtus avorté.

Sur son site, Facebook explique clairement qu'il peut collaborer avec les forces de l'ordre dans le cadre de procédures de justice, comme la loi américaine l'y oblige. Ce constat est valable également en France, l'entreprise précisant tout de même que "une demande dans le cadre d'un Traité d'entraide judiciaire ou une commission rogatoire peut être nécessaire avant toute communication des contenus d'un compte". Mais dans le cadre de l'affaire d'avortement, les femmes concernées n'avaient probablement pas conscience de cette possibilité, et du danger auquel elles s'exposaient. C'est ici que le chiffrement de bout en bout aurait pu les protéger, puisque le contenu des conversations demandées par la justice aurait été illisible.

Le chiffrement de bout en bout généralisé, une mesure attendue

Facebook offre déjà le chiffrement de bout en bout aux utilisateurs de Messenger, mais il ne s'agit que d'une option à activer manuellement, qui reste très peu connue. Autrement dit, déployer le chiffrement de bout en bout par défaut affecterait les plus d'un milliard d'utilisateurs de Messenger dans le monde, et protègerait notamment les moins informés d'entre eux sur les enjeux de cybersécurité. Dans son dernier communiqué, Facebook a pour la première fois annoncé une date pour ce déploiement, certes vague : 2023.

Si cette mesure est attendue par les défenseurs de la vie privée depuis des années, elle n'a pas que des alliés dans le monde politique. Du côté de l'Union européenne par exemple, des voix s'élèvent régulièrement pour demander aux applications de messagerie chiffrée comme WhatsApp et Signal de construire des "portes dérobées" qui permettraient aux autorités de contourner le chiffrement et d'accéder aux messages en clair. Ces opposants au chiffrement justifient leurs demandes par les besoins de la lutte contre les criminels.

Mais ces revendications ne sont jamais imposées dans le débat pour l'instant. Et dans tous les cas, les constructeurs des applications, Signal en tête, ont maintes fois déclaré leur opposition à tout projet de la sorte. Ils rappellent que de telles portes dérobées pourraient être aussi utilisées par des gouvernements totalitaires ou être exploitées par des cybercriminels.

François Manens
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Commentaires 5
à écrit le 15/08/2022 à 10:30
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Un avortement illégal n'est que l'expression d'intégristes qui veulent contrôler le corps des femmes. Affirmer un pouvoir machiste ou religieux: de l'obscurantisme à l'état pur! Quant aux réseaux dits "sociaux , ils ne sont que des systemes de colle...

à écrit le 13/08/2022 à 21:50
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Mon Conseil, débranchez vous de Facebook et autres "couillonades". Est ce que je vais bien? Oui, merci...depuis que j'ai fermé mon compte après 2 contributions et que j'ai vu la montagne d'inepties, de bêtises, de déballages impudiques avec la cons...

à écrit le 13/08/2022 à 12:49
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Que vaudrait fakebook sans publicité, pas grand chose! C'est la politique de tout intermédiaire!

à écrit le 13/08/2022 à 9:47
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Quand les gens arrêteront - ils de raconter leur vie ou de se mettre en scène sur le net … faut pas qu ils s’ étonnent que ca se retourne contre eux ( comme ceux qui annoncent qu ils partent en vacance … info intéressante pour des cambrioleurs…. Les...

à écrit le 13/08/2022 à 9:44
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Quand les gens arrêteront - ils de raconter leur vie ou de se mettre en scène sur le net … faut pas qu ils. S’étonnent que ce se retourne contre eux ( comme ceux qui annoncent qu ils partent en vacance … info intéressante pour des cambrioleur…. Les a...

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