Protection des enfants : pourquoi YouTube risque jusqu'à 200 millions de dollars d'amende

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400 heures de vidéo sont mises en ligne chaque minute sur YouTube dans le monde.
400 heures de vidéo sont mises en ligne chaque minute sur YouTube dans le monde. (Crédits : Reuters)
La Commission fédérale du commerce (FTC) américaine devrait annoncer dans les semaines à venir une amende record à l'encontre de YouTube, à hauteur de 150 à 200 millions de dollars. La plateforme vidéo de Google est accusée d'avoir exposé des enfants à des vidéos inappropriées et collecté illégalement des données personnelles les concernant.

YouTube est dans le viseur des autorités américaines. La Commission fédérale du commerce (FTC) américaine devrait annoncer au cours du mois de septembre une amende comprise entre 150 à 200 millions de dollars (entre 136 et 182 millions d'euros) à l'encontre de la filiale de Google, selon le New York Times. La plateforme vidéo est accusée d'avoir exposé des enfants à des contenus inappropriés et d'avoir collecté illégalement des données personnelles.

S'il est approuvé par le ministère de la Justice, l'accord deviendra le plus important à ce jour dans une affaire impliquant la protection de la vie privée des enfants, souligne le quotidien. La dernière amende la plus élevée en la matière a été infligée en février dernier à l'application TikTok pour un montant de 5,7 millions de dollars.

La FTC enquêtait sur YouTube depuis avril 2018, lorsque 23 organisations américaines de défense des droits numériques et de protection de l'enfance ont déposé plainte. La plateforme vidéo est officiellement interdite aux moins de 13 ans. Et pourtant, selon les associations, elle collecte les informations personnelles de mineurs comme leur géolocalisation, l'appareil utilisé pour se connecter ou encore des numéros de téléphone portable. "Google amasse ces informations sans en informer au préalable les parents et les utilise pour cibler des publicités vers les enfants partout sur Internet", résumaient dans le dépôt de plainte les associations.

Un accord "terriblement modeste", selon les associations

YouTube enfreindrait ainsi la loi américaine dite "COPPA" (Children's Online Privacy Protection Act, soit en français "la protection de la vie privée en ligne des enfants". Cette loi de 1998 "interdit à un site internet destiné aux enfants, ou qui sait que des enfants l'utilisent, de collecter et utiliser de telles informations sans avoir l'accord (explicite) des parents" à des fins commerciales.

Dans un communiqué, l'association Center for Digital Democracy (Centre pour la démocratie numérique), qui fait partie des plaignants, a estimé que l'accord envisagé serait "terriblement modeste" au vu du chiffre d'affaires de Google. Le géant américain a dégagé 9,9 milliards de dollars de bénéfices pour un chiffre d'affaires de 38,8 milliards de dollars (+19%), rien que sur le dernier trimestre.

Racheté en 2006 par Google, YouTube est devenu incontournable sur la vidéo sur Internet. Les chiffres donnent le tournis : chaque minute, 400 heures de vidéo sont mises en ligne sur YouTube dans le monde. Chaque jour, un milliard d'heures de vidéos sont visionnées sur la plateforme par les internautes à travers le monde. Et ce n'est pas tout. La filiale de Google revendique 2 milliards d'usagers mensuels.

Boycott d'annonceurs en 2017

Au-delà des traditionnelles problématiques liées à la modération sur Internet, la gestion des vidéos d'enfants ou à destination des enfants est un dossier ultra-sensible pour YouTube. Au cours des dernières années, la plateforme a été régulièrement accusée de ne pas assez protéger son site des pédophiles. Si bien qu'en novembre 2017, certains annonceurs (Mars, Lidl, Adidas...) avaient boycotté la plateforme en retirant leurs publicités.

Pour tenter d'endiguer les accusations, YouTube multiplie les mesures. La plateforme supprime automatiquement les comptes lorsqu'elle estime qu'ils sont utilisés par des utilisateurs de moins de 13 ans. Elle a également supprimé la possibilité de laisser des commentaires sous la plupart des vidéos montrant des mineurs. En interne, YouTube réfléchirait même à transférer l'intégralité des contenus à destination des enfants vers sa plateforme dédiée, baptisée YouTube Kids, dévoilait le Wall Street Journal en juin. Une décision risquée, étant donné que les vidéos pour enfants sont parmi les plus populaires de la plateforme et donc, rapportent des millions de dollars en publicité, soulignait le quotidien.

YouTube Kids prohibe les publicités ciblées

Lancée en 2015, YouTube Kids autorise certes la publicité, mais les annonces ciblées en fonction des centres d'intérêt sont prohibées. Or, ce type de publicité est le plus prisé de la part des annonceurs : grâce aux données collectées, les publicités affichées sont censées correspondre davantage aux besoins de l'internaute et donc, mieux capter l'attention.

YouTube Kids a également rencontré de vives polémiques avec la mise en ligne de contenus complotistes ou inappropriés aux plus jeunes. Jusqu'ici uniquement disponible sur application, Google a lancé la version web la semaine dernière. Pour tenter de mieux protéger les enfants, YouTube Kids propose désormais des contenus en fonction de trois tranches d'âges : les "tout-petits" (4 ans et moins), les "petits" (de 5 à 7 ans) et les "plus grands" (de 8 à 12 ans). Les parents peuvent aussi décider de désactiver la recherche : l'enfant ne pourra donc pas rechercher lui-même des vidéos et sera contraint d'accéder "à des contenus d'un ensemble de chaînes validées par YouTube Kids", peut-on lire dans les conditions d'utilisation.

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Commentaires
a écrit le 03/09/2019 à 18:38 :
Honnêtement les amis, la protection des enfants sur internet c'est trop tard, ma fille de 18 ans vient de nous parler ce week-end d'images sur lesquelles elle est tombée régulièrement alors qu'elle n'était qu'enfants.

Préparons nos enfants, mieux, enseignons leur à l'école la méfiance evers l'image et le discours qui l'accompagne, important, ce qui les élèvera en plus, mais forcément c'est la manipulation des médias de masse qui est indirectement menacée.

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