Les ventes de PC dévissent au profit des smartphones

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Pour le sociologue Antonio Casilli, les smartphones « changent la manière d’être dans la foule ».
Pour le sociologue Antonio Casilli, les smartphones « changent la manière d’être dans la foule ». (Crédits : © Robert Galbraith / Reuters)
D’après les cabinets Gartner et IDC, les ventes de PC ont lourdement chuté au premier trimestre. La faute au dollar fort. Mais aussi et surtout à la démocratisation des smartphones, devenus la priorité des individus.

Fini le temps où disposer d'un PC fixe performant à la maison était considéré comme le summum de la modernité. Au niveau mondial, celui-ci a de moins en moins la cote. Le marché des ordinateurs continue de décliner. Et la tendance, si elle n'est pas nouvelle, s'accentue fortement. D'après les cabinets Gartner et IDC, les ventes d'ordinateurs ont chuté respectivement de 9,6% (à 64,8 millions d'unités) et 11,6% (à 60,6 millions) dans le monde sur les trois premiers mois de l'année.

Dans un communiqué, Mikako Kitagawa, analyste chez Gartner, accuse en premier lieu la monnaie américaine. « La détérioration des monnaies locales vis-à-vis du dollar a continué à jouer un rôle majeur dans le déclin des ventes de PC », souligne-t-il. Avant d'évoquer les conséquences de l'instabilité économique et politique dans certains marchés importants, comme l'Amérique latine.

« Les smartphones sont LA priorité »

Mais ce n'est pas tout. D'après lui, « les PC ne sont plus adoptés par les nouveaux ménages comme ils l'étaient auparavant, en particulier dans les marchés émergents ». Ici, « les smartphones sont LA priorité », insiste-t-il. En d'autres termes, cela signifie que les individus arbitrent d'abord en faveur d'un « terminal intelligent », surtout si leur bourse est modeste. Pourquoi ? Parce que de nombreux usages démocratisés par les smartphones (s'informer, jouer ou encore acheter en ligne) sont, semble-t-il, en train de damer le pion à ceux des ordinateurs traditionnels.

De fait, acheter des biens et services sur smartphone devient progressivement un geste naturel pour beaucoup de Français. D'après la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad), le marché du m-commerce s'est élevé à 6 milliards d'euros dans l'Hexagone l'an dernier (+39% en un an). Surtout, il représente désormais 10% du marché global du commerce en ligne, lequel pèse près de 65 milliards d'euros.

De nouveaux usages mobiles

Dans le monde des jeux vidéo, les PC et les consoles ne règnent plus en maître. Sur ce créneau, 63% des enfants américains (de 2 à 17 ans) privilégient désormais les smartphones et les tablettes plutôt qu'un bon vieil ordinateur, d'après une étude publiée l'an dernier par la société NPD Group. Surtout, seuls 45% d'entre eux jouent sur PC, soit 22 points de moins qu'en 2013. « Avant, l'ordinateur était considéré comme le point d'entrée pour les jeux vidéo pour la plupart des enfants, constate Liam Callahan, analyste de NPD Group. Mais la donne a changé depuis que le mobile a investi ce marché. »

Autre mutation : si la consommation de vidéos a explosé avec Internet, le smartphone est devenu son support préféré. C'est notamment ce qui explique la fringale en bande passante des mobinautes, lesquels ont englouti 305.000 téraoctets de données en 2014, soit plus du double par rapport à l'année précédente.

Le règne de l'hyperconnection

Pour beaucoup d'individus, le smartphone constitue aujourd'hui un outil de travail fondamental, puisqu'il permet d'être connecté en permanence avec son univers professionnel. Même si généralement, l'ordinateur demeure un passage obligé lorsqu'il s'agit de produire des contenus consistants, comme une note, un PowerPoint, ou des travaux créatifs.

Bref, ces différents usages en témoignent, l'hyperconnection devient progressivement la norme, notamment à la faveur de l'arrivée de la 4G et du très haut débit. Pour la sociologue Catherine Lejealle, cette tendance est notamment due à « l'essor d'un environnement de plus en plus collaboratif et intelligent, avec l'avènement de la smart city, des objets connectés et du big data ».

Le mobile « change la manière d'être dans la foule »

Cet environnement, très différent, tend à s'imposer culturellement. A l'Obs, le sociologue Antonio Casilli l'illustrait déjà en 2011. Pour lui, les smartphones « changent la manière d'être dans la foule ». Il prend l'exemple d'un « Live Tweet » sur le réseau social Twitter, où chaque individu échange au sein d'une « communauté cognitive, imaginaire, mais tout à fait réelle ». Pour se fondre dans cet univers nouveau, le smartphone s'est mué en un support privilégié.

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Commentaires
a écrit le 16/04/2016 à 16:43 :
Faux, comme d'habitude, c'est pareil que les ventes de jeux vidéo, les études ne prennent pas en compte le dématérialisé, là c'est les ventes de E-tailer (re-tailer) qui ne sont pas inclus, seuls les grands fabricants HP, LENOVO, DELL sont comptabilisés. Les assembleurs noname passent sous le radar, comme LDLC, TOPACHAT, Grosbill etc et ça c'est juste pour la France.
a écrit le 16/04/2016 à 12:02 :
Pertinent l'article !
En effet les familles ne veulent plus dépenser des sommes folles en licences, un smartphone sous Android et un bon Linux Xubuntu sur un vieux PC suffisent largement pour être connectés !
a écrit le 16/04/2016 à 11:39 :
Gartner est un bureau d'étude qui liste les segments sur un mode analytique, les journalistes ne sont pas obligés de le suivre comme des moutons. La question n'est plus celle des "PC" mais celle des connexions. PC, smartphone (à ne pas confondre avec un mobile simple, tablette sont la même chose sous une forme différente et aussi parfois mixte. La mesure à est donc, pour chaque entreprise encore en course, d'explorer sa capacité globale à proposer quelque soit le support. On peut même y ajouter l'écran (ex-TV) connecté. Ensuite, à chaque utilisateur son choix que, pour des questions de budget, il limite souvent pour l'instant à un seul device. Les écrans TV connectés par exemple avec un transfert technique risquent de faire disparaître en partie l'intérêt des tablettes qui deviendront de simples ultra-terminaux de réception. Voire si l'on considère la possibilité d'une iHouse, ou d'une iTown, la collectivisation de toutes ces connections. Les devices deviendraient alors de simples récepteurs comme c'est déjà en partie le cas via la connexion. Vient ensuite l'expérience client des services et de l'offre. Serons-nous dans des mondes "privés" ou "libres", si le législateur intervient. Il est probable que les deux coexisteront, comme il y a Canal+ et TF1. Il est probable également qu'il n'y aura plus de publicité. L'offre étant marchande, ce sera la seule présence d'une entreprise dans le panel qui financera le système. Nous avançons vers un autre monde.
a écrit le 16/04/2016 à 10:16 :
Nous sommes également arrivé à un pic de puissance au niveau des Ordinateurs personnels qui induit un taux de renouvèlement faible tant pour les ordinateurs fixe utilisés par les geek et les gamers que pour les ordinateurs portables qui en moyen de gamme sont devenus très fiable.
Cela induit un taux de renouvèlement qui passe de 3 ans au milieu des années 2000 à 6ans environ aujourd'hui pour les personnes n'ayant pas de besoins de puissance démesurée.
La stabilisation de Windows 10 porté sur tous les types de périphérique va renforcer cette stabilité du taux de renouvèlement.
L'ordinateur personnel ne disparaitra pas mais devient moins systématique c'est tout.
Il continue à reste indispensable pur travailler et créer du contenu.
Les smartphones et tablette servent massivement à lire ces contenu et ne sont pas assez ergonomiques ni pratique pour créer du contenu de qualité et ils ne le seront probablement jamais.

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