Furieux que la Ligue de football professionnel ait attribué 80% des droits du championnat de France au géant américain de la distribution Amazon, Canal+ veut « se retirer » de la L1. Retour sur les relations orageuses entre la chaîne de Vincent Bolloré et les dirigeants du foot français.Il y a encore quelques semaines, un rabibochage entre Canal+ et la Ligue de football professionnel (LFP) tenait la corde. Désormais, c'est plutôt un divorce avec fracas qui se profile. Vendredi dernier, la LFP a choisi d'attribuer 80% des droits de la L1, dont les dix meilleures affiches, à l'ogre américain de la distribution Amazon, à compter de la saison prochaine et jusqu'en 2024. Ces matchs étaient auparavant la propriété de Mediapro. Mais après la défaillance de ce dernier, ils ont de nouveau été remis sur le marché. La décision de les attribuer à Amazon a été vécue par l'état-major de Canal+ comme un camouflet. Au point que la chaîne cryptée a annoncé, dans la foulée, vouloir « se retirer » purement et simplement de la L1, dont elle est le diffuseur historique depuis sa création, en 1984.
Pour comprendre la colère de la chaîne de Vivendi, dont le patron n'est autre que le puissant homme d'affaires Vincent Bolloré, il faut remonter au printemps 2018, et plus précisément au mardi 29 mai. Cette date marque une révolution dans l'Hexagone pour le petit monde du ballon rond. L'appel d'offres des droits du foot pour la période 2020-2024 accouche d'un montant faramineux de plus de 1,1 milliard d'euros, en augmentation de 60% ! Une véritable aubaine pour les clubs français. Tous voient dans cette manne, qui constitue l'essentiel de leurs revenus, un moyen de se renforcer et de peser davantage sur l'ultra-compétitive scène continentale. Ce « milliard » doit leur permettre de garder leurs talents, et surtout d'en attirer de nouveaux pour monter en puissance. Il entretient le rêve, qu'à terme, la L1 pourra peut-être rivaliser avec les championnats anglais, espagnol ou italien...
Un « jour béni pour le football français »
A la LFP, c'est champagne. Pour ses premières déclarations, sa présidente, Nathalie Boy de la Tour, la joue pourtant sobre : « C'est un appel d'offres fructueux, avec une augmentation significative de nos droits TV. » De son côté, Jean-Michel Aulas, le président de l'Olympique lyonnais, se lâche. Il salue dans la presse un « jour béni pour le football français ». Chez Canal, en revanche, l'ambiance n'est pas à la fête. La chaîne cryptée rentre de l'appel d'offres bredouille. La direction n'a pas souhaité s'aligner sur les montants pharaoniques de Mediapro. Moins d'une semaine plus tard, son chef de file, Maxime Saada, estime que les plus de 780 millions d'euros mis sur la table par le groupe sino-espagnol sont une absurdité. Cette montagne d'argent ne relève d'aucune « logique économique », prévient-il. Cela dit, économistes et analystes s'interrogent désormais sur le sort de sa chaîne. Saura-t-elle conserver ses abonnés sans L1 ? Ou va-t-elle droit au crash ?