Financement des TPE : la Banque de France décrète la mobilisation générale

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Faute, notamment, de financements suffisants, plus d’une TPE sur deux n’a investi ni en 2013, ni en 2014.
Faute, notamment, de financements suffisants, plus d’une TPE sur deux n’a investi ni en 2013, ni en 2014. (Crédits : © XXSTRINGERXX xxxxx / Reuters)
Moins de 60% des demandes de crédits de trésorerie des très petites entreprises sont satisfaites, contre 74% pour les PME, selon la Banque de France. L’institution veut mobiliser ses propres services, les banques et les entreprises pour améliorer le financement des TPE.

En matière de financement des entreprises, comme dans bien d'autres domaines, il y a deux poids, deux mesures. « Globalement, il n'y a pas de problème d'accès au crédit pour les entreprises françaises », a affirmé François Villeroy de Galhau, le vendredi 15 septembre, en préambule d'un colloque sur le financement des TPE (très petites entreprises). Le gouverneur de la Banque de France en veut pour preuve l'augmentation de 4,5% des concours bancaires aux entreprises à la fin novembre, en rythme annuel; Une évolution qui ne souffre en effet pas de comparaison avec la progression moyenne de 0,9% enregistrée au sein de la zone euro. Mais les choses sont bien différentes selon que l'on est une grosse PME aux reins solides ou une TPE dont le patron endosse tout à la fois les casquettes d'ingénieur, de commercial, de gestionnaire, de comptable et de responsable du personnel, si personnel il y a.

En effet, si les trois quarts des PME ont vu leurs demandes de crédits de trésorerie [par opposition aux crédits d'investissement ; Ndlr] satisfaites, au troisième trimestre de l'année 2015, cette proportion est en revanche inférieure à 60% pour les TPE. Certes, ces dernières - qui comptent moins de 10 salariés, sont indépendantes et dont le chiffre d'affaires annuel ou le total de bilan n'excède pas 2 millions d'euros - présentent généralement une plus grande fragilité financière que les PME. « Le taux de défaut des TPE est de 6% en moyenne, et même de 10% pour celles qui sont âgées de moins de trois ans, alors qu'il se limite à 3% pour les PME », souligne Dominique Garabiol, conseiller de la direction générale du groupe BPCE (Banque Populaire Caisse d'Epargne). Il n'empêche, cette difficulté plus grande qu'éprouvent les TPE à accéder aux crédits de trésorerie doit représenter « à l'évidence un point de vigilance », a estimé François Villeroy de Galhau.

Les TPE représentent 20% de l'emploi dans le secteur concurrentiel

Et ce, d'autant plus que si les TPE sont aux antipodes des multinationales, elles n'en pèsent pas moins lourd dans l'économie française. Au nombre de 2,1 millions (hors micro-entrepreneurs), elles représentent près de 20% de l'emploi dans le secteur concurrentiel, et 20% environ de la valeur ajoutée créée par l'ensemble des entreprises. C'est dire si « le développement des TPE représente un enjeu majeur pour la croissance, l'emploi et la vitalité de notre tissu économique régional », a estimé le gouverneur de la Banque de France. Or, faute, notamment, de financements suffisants, plus d'une TPE sur deux n'a investi ni en 2013, ni en 2014. « Non seulement les TPE n'investissent pas tous les ans, mais, en outre, quand elles investissent, elles investissent peu », ajoute Elisabeth Kremp, chef du département des synthèses sectorielles de l'Insee. Pis, un tiers des TPE disparaissent après trois années d'existence seulement, et la moitié mettent la clé sous la porte au bout de cinq ans, selon Claude Piot, directeur des Entreprises de la Banque de France.

Pour remédier à cette problématique, la Banque de France a dévoilé le 15 septembre un plan de bataille à trois niveaux. D'abord, l'institution elle-même nommera au printemps des correspondants TPE au sein de chacune de ses succursales départementales. L'idée étant qu'à l'inverse de la Médiation du crédit, qui s'efforce en aval de dénouer des situations problématiques entre les entreprises et leurs banques, ces correspondants puissent, en amont, conseiller les patrons de TPE avant qu'ils ne rencontrent des difficultés financières, en les orientant vers les structures les plus adéquates, comme les organismes de microcrédit. « Lorsque nos entreprises saisissent la Médiation du crédit, elles sont souvent déjà mortes. Il est important de détecter les difficultés le plus tôt possible », approuve François Moutot, directeur général de l'assemblée permanente des chambres de métiers et de l'artisanat.

Encore 100.000 réponses tardives aux demandes de crédit chaque année

Ensuite, la Banque de France exhorte les banques françaises à respecter les engagements pris dans la foulée de la publication de l'Observatoire du financement des entreprises, à l'été 2014. Parmi ces cinq engagements figure la nécessité de répondre aux demandes de financement dans un délai maximum de 15 jours ouvrés. Un engagement certes aujourd'hui rempli à 90%, mais, si l'on regarde le verre à moitié vide, cela signifie qu'il reste chaque année encore 100.000 réponses tardives, ce qui peut représenter un enjeu vital pour certaines entreprises. « Nous avons beaucoup de mal à tenir le délai de 15 jours pour les dossiers compliqués. En revanche, pour l'ensemble des dossiers, le délai est de 7 à 9 jours, et même de 2 à 3 jours pour les dossiers qui ne posent pas de problèmes particuliers », se défend Dominique Garabiol, du groupe BPCE.

Enfin, il incombe également aux entreprises de se mobiliser, sur la question du financement des TPE. Et plus précisément sur celle des délais de paiement. A la fin 2014, sur 600 milliards d'euros de créances détenues par les entreprises, pas moins de 420 milliards résultaient de délais interentreprises. Des délais qui menacent non seulement la santé financière des TPE, mais la relance de leurs débiteurs empêche également les patrons de petites entreprises, toujours au four et au moulin, de se concentrer sur le développement de leur activité. La Banque de France a donc bien l'intention de « participer activement » à la réflexion sur les produits financiers les plus adaptés à la réduction des délais de paiement.

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Commentaires
a écrit le 21/01/2016 à 10:01 :
Christine LEJOUX à bien décrit la situation des TPE.
Mais il faut préciser que sur 2,1 million de TPE il y en a 300 000 qui ont un potentiel pour devenir des TPE et certaines des ETI seulement ils leur manquent des fonds propres. et cela lors des tables rondes personne en a parlé.Pis lors des questions posées lors de la 2ème table ronde ou nous indiquions que l'endettement attribué est fonction des fonds propres que disposent ces entreprises et que le vrai problème passe par là.
la question a été occultée, aucun intervenant n'est intervenu.
il y a pourtant une solution possible : les Français sont prêt a placer une petite partie de leur épargne dans les TPE PME locales ou régionales ambitieuses (de nombreux sondages l'on confîrmé. et la loi Macron Fromentin du 10 juillet 2015 a été dans ce sens en votant la renaissance des bourses régionales pour créer un circuit court de financement des petites entreprises régionales. Alors pourquoi avoir occulté cette question sur les fonds propres.
Le CiiB reste très attentif puisqu'il va lancer le mois prochain sur son site son concept "Carnet d'annonces" qui n'est ni plus ni moins une mini bourse de fonds propres pour les TPE PME ambitieuses sur centre info bourse tpe
a écrit le 20/01/2016 à 9:34 :
Deuxième envoi car le premier n' a pas été publié.
Pour le premier j'avais reçu le message : "Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation".

Y a t-il un problème ?
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« Le taux de défaut des TPE est de 6% en moyenne, et même de 10% pour celles qui sont âgées de moins de trois ans, alors qu'il se limite à 3% pour les PME », est-il indiqué.

Certes, mais en montants unitaires, les crédits et les garanties octroyées aux TPE n'ont rien à voir avec ceux des PME. De plus les impayés finaux sont souvent bien moindres que la créance initiale après la mise en jeu des garanties réelles et/ou personnelles données par les emprunteurs à la tête desdites TPE. Enfin on ne peut pas oublier le fait que, derrière les 10% de défaillances mentionnés, la grande majorité des TPE qui se créent ou qui ont moins de trois ans le font sans accéder au crédit bancaire.
a écrit le 18/01/2016 à 17:45 :
« Le taux de défaut des TPE est de 6% en moyenne, et même de 10% pour celles qui sont âgées de moins de trois ans, alors qu'il se limite à 3% pour les PME », est-il indiqué.

Certes, mais en montants unitaires, les crédits et les garanties octroyées aux TPE n'ont rien à voir avec ceux des PME. De plus les impayés finaux sont souvent bien moindres que la créance initiale après la mise en jeu des garanties réelles et/ou personnelles données par les emprunteurs à la tête desdites TPE. Enfin on ne peut pas oublier le fait que, derrière les 10% de défaillances mentionnés, la grande majorité des TPE qui se créent ou qui ont moins de trois ans le font sans accéder au crédit bancaire.
a écrit le 18/01/2016 à 16:59 :
Pour mesurer à quel point la BPI ex Oseo ex Anvar peut dilapider l'argent des contribuables,

il faut aller regarder ce qui s'est passé chez Viadeo .... LoL

le titre a perdu 90 % de sa valeur ... LoL
a écrit le 18/01/2016 à 14:22 :
Sinon, par rapport à certains commentaires ci-dessous, juste une chose : c'est bien dans LE système que les TPE (les plus pauvres) sont écrasées par les PME (déjà plus riches) qui sont elles-mêmes écrasées par les nationales (encore un peu plus riches) elles-mêmes ECRASEES par les multinationales (les plus riches). Donc : tout va bien en capitalisme.
a écrit le 18/01/2016 à 14:17 :
Y-aurait-il une crise économique mondiale..?? Un vrai scoup. Sinon : entendu hier à la télé, "nous ne voulons pas passer à 11 salariés car il y a élection d'un représentant du personnel"... Clair que c'est pire que "gênant"... "mobiliser les banques"... Pourtant, on est pas encore le 1er avril :-)
a écrit le 18/01/2016 à 14:08 :
-Première observation: bon nombre d'artisans tardent à facturer leurs travail et encore un peu plus à se faire payer. Personnellement que ce soit à titre professionnel ou privé je relance mes fournisseurs pour qu'ils m'envoient ce que je leur doit !!!
-Deuxièmement les banques coopératives avaient il y a 15 ou 20 ans des sièges au niveau de chaque département avec une connaissance approfondie des entreprises, des commerces et des artisans locaux et surtout un pouvoir de décision local très rapide ce qui n'est plus le cas aujourd'hui suite à des regroupements régionaux et des décisions prises sur la base de fiches de scoring .
a écrit le 18/01/2016 à 12:37 :
Même quand vous ne demandez rien aux banques, évitant ainsi d'essuyer un refus, ils trouvent le moyen de vous ponctionner à la limite de la légalité estimant que votre rentabilité est insuffisante pour eux
Groupe BPCE en tête
a écrit le 18/01/2016 à 12:16 :
L’Europe n’est-elle pas une absurdité à fort chômage et faible croissance, on perdrait des emplois industriels par défaut de financement de la R&D ? Appliquera-t-on les traités Maastricht et Lisbonne sur la R&D, la croissance et le plein-emploi ? Ne devrait-on éviter le développement de l’antisémitisme ? On ferait des investissements improductifs en logements chers? La liberté des prix est-elle à revoir, nous n’aurions pas de gestion par l’offre ? La monnaie euro est-elle adaptée alors que des économistes proposent un contrat unique ? Sommes-nous dans un Etat anti technologie, qui fait de l’inflation sans croissance ? La finance produirait de la spéculation mais le secteur productif aurait une croissance potentielle ? On aurait un système d’aides qui serait critiqué à 70%, par exemple des subventions conduiraient des entreprises à la faillite, rend-on le travail impossible ? On supprimerait des allocations à des diplômés au motif qu’ils chercheraient du travail dans un système de formation professionnelle qualifié de bidon, on dit qu’il faudrait des réseaux pour trouver du travail, faut-il un réseau diplômé, nous aurions des emplois non pourvus et des masters employés en taille-haies, n’est-ce pas bizarre ? Aura-t-on 50 ans de relance avec une croissance faible, fait-on une déflation à la Japonaise en maximum de chômage ? Lorsque des agressions de masse se produisent, les institutions ne sont-elles pas coupables de défaillance ou bien l’Europe prône-t-elle le vice et la perversion ? On ferait dans la déconnexion des actes et des paroles, n’est-ce pas une forme de nazisme que de fermer les yeux sur l’existence des camps ou des maltraitances, il y aurait des usines à gaz ? On parle d’un rattrapage économique, ne devrait-on mettre l’Europe en examen pour la baisse du produit par tête ? La population en Europe diminue-t-elle à cause d’une politique anti jeune et anti croissance ? On publie changement de modèle, on n’aurait pas fait Harvard en économie, on parle d’une gestion par l’offre, avons-nous en France un souci intellectuel avec la notion de développement économique, il faudrait que tout soit cher, on ferait plus d’inflation que de croissance ? En France l’investissement en technologie est-il combattu ? Des diplômés et juristes pourraient examiner la situation, ne devrait-on poser la question de l’impéritie ? L’EUROPE EST-ELLE COUPABLE DE DESTRUCTION DU PIB ET DE BARBARIE ORGANISEE, de discrimination systématique des jeunes et actifs dans l’emploi ? Pouvez-vous expliquer qu’on publie : En France, le niveau en gamme a baissé ce qui traduit un progrès technique négatif. Mais après avoir perdu son rang dans les hauts de gammes, l’industrie française va perdre également dans les bas de gammes sur les prix.»
a écrit le 18/01/2016 à 11:50 :
Les banques n'ont plus besoin de cravacher:grace a Hollande les entreprises son obligées d'avoir un compte dédié avec les frais attenants,tous les comptes sont maintenant soumis a frais de tenue.C'est quand meme plus facile a gérer comme ça que de preter a risque.Merci Hollande!
a écrit le 18/01/2016 à 9:32 :
Merci pour cet article mais cela va encore plus loin, plus les TPE sont petites et plus les banques privées ont tendance à les exploiter jusqu'à bien souvent les faire crever.

On dit aux gens qu'il faut qu'ils croient en leur idée et la mette en aplication, je trouve ça bien mais il serait quand même préférable que les banques les aident au lieu de les pressuriser jusqu'à ce qu'ils fassent faillite.

Ce sont les banques privées, et les assurances, pour ma part j'ai du faire une croix sur l'ouverture d'une nouvelle entreprise parce qu'aucune assurance ne voulait assurer mon activité, actuellement qui sont la première des barrières à l'investissement, c'est bien beau de ne prêter à des taux préférentiels des sommes considérables qu'aux riches mais ça sert à quoi ?

La vivacité économique c'est d'aider ceux qui sont affûtés pour réussir mais n'en ont pas les moyens financiers, ce n'est pas d'entretenir toujours et encore les mêmes rentiers habitués à toujours tout avoir et donc être bien moins affûtés que ces premiers.

ET après on s'étonne que l'économie croule sous l'inertie générale...
Réponse de le 18/01/2016 à 10:35 :
vous avais raison bernado ; j ai une fille qui travaille dans un banque et qui ma explique ce gros probleme ,,? en fais elles ne pretent qu aux riches, le gouvernement ne fais que promettre mais n intervient pas, reellement , car le monde de la finance a toujour vecue comme cela, ON NE PRETE QU AUX RICHES???
Réponse de le 18/01/2016 à 10:59 :
Et oui et le gouvernement ne peut que promettre mais n'a absolument aucune autorité sur le milieu bancaire donc cet état de fait qui parasite pour moi la croissance, en plus des paradis fiscaux bien évidemment mais qui au fond n'est qu'une suite logique de ce raisonnement de fou furieux, ne semble qu'avoir peu de chance de se résorber.

Et oui vérité, j'ai un ami qui a une affaire qui tourne bien, qui travaille 60 heures par semaine en moyenne mais qui ne peut se retirer comme salaire que 20% du smig parce que depuis qu'il a ouvert son activité sa banque lui a collé pour 30000 euros de pénalités liés à des agios sans pitié et des prêts dignes des barons mafieux.

Il avait besoin seulement de 5000 euros au départ et d'un droit à un petit découvert, à savoir 2000 euros mais non seulement les banques ne voulaient lui prêter qu'avec 20% d'intérêt, d'ailleurs elles lui conseillaient de faire carrément des emprunts à des instituts de crédits à la consommation genre cetelem et autres mais en plus à chaque fois que son compte était à découvert de quelques euros c'est 70 euros qu'elle lui prenait.

Bref son affaire fonctionne parce que ses clients sont très contents et reviennent toujours plus nombreux mais lui est obligé de cravacher comme un beau diable afin de pallier à cet acharnement bancaire dont il est l'objet.

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