« Tous les ingrédients d'un nouveau krach sont réunis »

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Faut-il séparer les banques de dépôts et d'affaires ? Une urgence, selon le sénateur Pierre-Yves Collombat. Une fausse bonne idée selon Christian Noyer, qui prend l'exemple de Lehman Brothers, pure banque d'affaires, dont la faillite a symbolisé la crise de 2008.
Faut-il séparer les banques de dépôts et d'affaires ? Une urgence, selon le sénateur Pierre-Yves Collombat. Une fausse bonne idée selon Christian Noyer, qui prend l'exemple de Lehman Brothers, pure banque d'affaires, dont la faillite a symbolisé la crise de 2008.
Le sénateur Pierre-Yves Collombat publie un rapport de prospective sur les risques d’une nouvelle crise, dix ans après celle des subprimes. Il recommande la séparation réelle des activités de banque de dépôts et d’affaires et une modification des circuits de financement des PME à partir de l’épargne régionale. Des pistes intéressantes mais qui manquent de substance sur certains sujets majeurs comme le trading à haute fréquence.

A l'heure où les principales banques françaises viennent de dévoiler des bénéfices annuels 2016 solides, revenus largement au-dessus des niveaux d'avant la crise, malgré des taux d'intérêt très bas qui pincent leurs marges, le sénateur Pierre-Yves Collombat a présenté ce mercredi son rapport d'information intitulé « Une crise sans fin : quand l'Histoire bégaie ». Le sénateur RDSE (ex-radicaux de gauche) du Var s'y penche sur « les possibilités de réédition d'un nouveau krach financier, presque dix ans après la crise ouverte en 2007 et à ce jour non terminée ». Sa conclusion est pessimiste : la probabilité « technique » d'une crise d'une ampleur équivalente « n'a pas diminué, bien au contraire. Tous les ingrédients d'un nouveau krach sont réunis », a-t-il déclaré aux sénateurs le 9 février lors de l'adoption de son rapport.

Ce n'est cependant « pas le scénario le plus probable » à ses yeux. Cet agrégé de philosophie redoute avant tout des « émeutes électorales » engendrées par la crise économique, qui provoqueraient un nouveau krach.

La banque universelle sur la sellette

Cette approche résolument politique est sans doute le point faible de ce rapport qui apporte assez peu de propositions concrètes pour prévenir une nouvelle crise financière et bancaire. Pierre-Yves Collombat suggère tout de même « quelques réformes sectorielles susceptibles de sécuriser durablement le système financier européen, ce qui éviterait d'avoir à intervenir en catastrophe ». Et une prioritaire :

« Il faut absolument une vraie séparation des activités de banque de dépôts et de banque d'affaires, ainsi les dépôts serviraient exclusivement à l'émission des prêts. Si on ne le fait pas, on peut spéculer avec les dépôts et avec les crédits que peuvent les dépôts » a développé le sénateur mercredi lors d'une rencontre avec la presse.

Il y a bien eu une loi de séparation bancaire en juillet 2013, dans la continuité des promesses du candidat Hollande sur la « finance ennemie », qui a été largement vidée de sa substance. BNP Paribas et Société Générale ont filialisé leurs activités de trading et cela n'a pas changé grand-chose. Au niveau européen aussi, le projet de Michel Barnier a été enterré sous la pression des lobbys. Les banques françaises en particulier étaient vent debout contre cette réforme mettant à mal leur modèle de banque universelle (tous les métiers sous la même ombrelle) présenté comme plus résilient. Force est de constater que ces six derniers mois les activités de marchés des banques françaises, en pleine forme, mais aussi l'assurance et la gestion d'actifs, ont permis de compenser la faiblesse dans la banque de détail à cause de renégociation de prêts immobiliers.

> Lire Histoire (s) de la (non) régulation bancaire (3/5) : comment les banques françaises ont détricoté la loi Moscovici

Une vraie séparation, sorte de Glass-Steagall Act à la française, est « une fausse bonne idée » contre les crises selon Christian Noyer, le gouverneur honoraire de la Banque de France, arguant que les établissements en difficultés en Europe l'avaient été à cause des crédits spéculatifs et que les deux symboles de la crise des subprimes n'étaient pas des banques universelles :

« Lehman Brothers était une pure banque d'investissement, Northern Rock en Angleterre, une pure banque de détail. »

Financer les PME par l'épargne régionale

Le sénateur préconise également « une modification substantielle des circuits de financement des entreprises, particulièrement des PME », en revenant au système antérieur à la réforme bancaire de 1984, s'appuyant davantage sur l'épargne régionale, en étendant les missions de la Caisse des Dépôts, de la Banque Postale et de la BPI.

Il évoque aussi, sans trop creuser, « la limitation stricte du levier d'endettement des banques », une proposition émise récemment par la Commission européenne (ratio de 3%), et de l'ensemble des acteurs financiers (ce qui sera compliqué pour des fonds de private equity et de LBO) ou encore « l'assèchement des bilans bancaires de leurs créances douteuses », ce qui est bien avancé chez les banques françaises et en bonne voie ailleurs, y compris en Italie.

Le rapport survole des sujets pourtant majeurs comme le trading à haute fréquence, dont François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque a lui-même jugé « l'utilité économique contestable » dans un discours en janvier, la titrisation ou l'encadrement des produits dérivés. Le sénateur ne cache pas une forme de mépris pour le secteur bancaire et la finance, qu'il compare à « des activités parasitaires », en reprenant les propos de l'économiste Gunther Capelle-Blancard, professeur à Paris-1, qu'il a auditionné : en revanche, il n'a pas jugé bon d'auditionner un seul patron de banque commerciale française (Philippe Auberger, du comité d'audit de la Banque de France), préférant recevoir Jérôme Kerviel et son avocat. Un parti pris assumé :

« Nous avons rencontré des banquiers » a-t-il assuré, évasif, devant la presse. « Ils ont un discours très rodé » a-t-il ajouté, dénonçant « le poids du lobby bancaire », dont il évoque les arguments en à peine une page.

Pierre-Yves Collombat semble s'intéresser assez peu au sujet et davantage aux politiques de relance économique, sous Obama notamment, à la paralysie de la zone euro (il pense qu'il faut en sortir) et à « la révolte contre les élites » qui point. Ceux qui chercheront des pistes d'amélioration du système bancaire resteront sur leur faim.

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a écrit le 03/03/2017 à 14:55 :
Dire que rien n'a été fait depuis la crise de 2008 serait faux.
Dire que les mesures prises sont suffisantes pour éviter toute défaillance systémique au sein du système bancaire européen en général et français en particulier, le serait tout autant.
Même si le risque z.é.r.o. n'existe pas, le seuil de protection est "très largement" loin du compte !!
Les 275 pages du rapport illustrent quelques risques majeures non pris en compte, ou alors à l'extrême marge !
Bonne lecture, fût-elle rapide, aux plus courageux des lecteurs !

Comment en est-on arrivé là ? Un exemple :

Le véritable obstacle pour des mesures plus sérieuses susceptibles de garantir de plus grandes robustesse et résilience du système bancaire Européen, aura surement été les interventions "contre" -toujours exprimées à titre personnel- de certains des plus hauts fonctionnaires de l'Etat, notamment en FRANCE, membre majeur et influent de l'Eurosystème.

Quand un fonctionnaire, supposé défendre l'intérêt général, se meut -même à titre personnel- en lobbyiste du système bancaire, il y a clairement danger et mélange malsain des genres.
Et que dire des politiques qui ont laissé faire soit par incompétence, il faut bien reconnaitre à leur décharge que le sujet n'est pas peu complexe, soit simplement en faisant le pari que "si c'est bon pour les banques, c'est aussi bon pour l'intérêt général" ?
Il était probablement [?] plus pratique et rassurant d'occulter le cas d'une défaillance d'une banque majeure et les sommes stratosphériques d'argent public qui auraient été pour éviter une propagation à toute l'économie.

Bonne nouvelle : Ce rapport fait par un Elu de la République !
Mais quel poids devant les enjeux et les inerties ? Et devant le ton d'assurance dont plus que peu de gens se défient malgré les expériences d'un passé pas si lointain ? Les cauchemars peuvent continuer : le citoyen, le contribuable, l'entreprise ou la collectivité territoriale devront se préparer à passer à la caisse directement, par les taxes et les impôts ou moins de dotation, et indirectement, par moins d'investissements de l'Etat, donc moins de services aux citoyens et aux entreprises.

Hors sujet pour les élections à venir ?
a écrit le 02/03/2017 à 19:51 :
Pour qu'il y ait une nouvelle crise, il faut qu'il y ait un très grand marché, que les prix de ce marché soient surévalulés. Alors quel est-il ? Sans doute que toutes les actions cotées sont surévaluées. Alors sans doute, la crise peut éclater, si un gros acheteur de celles-ci cesse d'acheter subitement.
a écrit le 02/03/2017 à 18:27 :
Ce n'est pas grave....on sait comment il faut faire....les dettes seront transférées sur les États....et ensuite de délicieux économistes comme la non moins délicieuse M. Verdier-Molinié viendra nous dire que les Français sont trop assistés que la dette est abyssale et qu'il faut faire payer ces profiteurs pour garantir les dividendes des actionnaires....rien de nouveau en la matière...
a écrit le 02/03/2017 à 14:37 :
rien de nouveau. vu la façon de faire a la 1ère crise toutes personnes avec un peu d'intelligences ce doutaient que cela recommencerai en pire. La France = la grèce 2
Réponse de le 02/03/2017 à 20:37 :
Donc, vous n'avez pas capté que c'était mondial...? Faut ouvrir les yeux, là. Sinon, la façon de faire a été claire : on socialise les pertes car on a trop privatisé de profits. Tout simplement.
a écrit le 02/03/2017 à 13:53 :
Il y a une possibilité de réforme du système financier mais au caractère TROP RADICAL pour pouvoir être mises en œuvre dans le cadre de l’union européenne et de la zone euro qui nécessiterait un accord impossible entre tous les États membres. Il s’agit du remplacement du système de réserves fractionnaires en vigueur un peu partout dans le monde par ce que l’économiste Christian Gomez appelle la » réforme Allais » (voir par exemple son article récent « Comment sortir de l’impasse monétaire » ), connue aussi sous le nom du 100% monnaie.

Bien évidemment on ne le fera pas, il y aurait trop de choses à bousculer et à changer (et déjà il faudrait pour la France sortir de la zone euro et de l’union européenne, mais peut-être que les suisses le feront en 2018, en tout cas ils seront appelés à se prononcer par référendum sur un tel projet de réforme).
a écrit le 02/03/2017 à 13:52 :
"émeutes électorales"... Ha bon..?? Il ne peut plus y avoir d'émeute dans un quelconque pays de la planète : le gaz lacrymo et la garde à vue sont là pour ça. Il est clair que déjà la simple séparation de la spéculation et du détail éviterait un effondrement style 2008. Mais n'empêcherait PAS une continuation de la concentration de richesse, qui est le but du système, je vous le rappelle. Nous sommes juste dans le schéma général de la période 1929-1936. La suite fut moins marrante malgré ce qu'a réalisé Roosevelt.
a écrit le 02/03/2017 à 13:22 :
ENcore une crise de type des subprimes dix ans après 2008 : sommes dnas le siècle des crises à répétition , des crises systémiques qui ne font que le monde ne fonctionne que de crises en crises ? C'est assez dingue qu'en on y pense que les humains ne soient pas capables de construires des systèmes economiques et financiers qui tiennent la route, qui avoir des aléas ou des defauts mais qui soient protéger des grandes crises economiques et qui evitent les crises systémiques : a quoi s'attendre avec ce nouveau type de crise ? comment vont réagir les principaux pays comme les USA, La CHine, les pays emergents ou encore l'EUrope ? SOmmes-nous incapables de ne pas créer des systèmes en crise perpetuelles ou est-ce un mal du capitalisme pour le bien ? c'est assez complee à comprendre vu l'ampleur des subprimes en 2008 aux USA : sauverons-nous le système economique une nouvelle comme on doit sauver le système democratique en France tout les 5 ans ? Etrange monde que celui dans lequel nous vivons avec ses crises systémiques et ses coups de trafalgar à répétition !!
a écrit le 02/03/2017 à 12:03 :
Votre article prouve que vous n'avez absolument pas lu le rapport, et c'est dommage.

Vous prenez systématiquement parti.

Bruno BERTHEZ, fondateur de la Tribune, doit s'étrangler à la lecture de votre article.
a écrit le 02/03/2017 à 11:28 :
votez asselineau et sortons de cette Europe qui nous écrase et reprenons comme dans le temps les bons échanges .combien d économistes le disent comme Charles gave a voir sur you tube et d autres qui dénonce le pillage de l europe ,mais surtout des pays. la france na plus de gouvernance puisque c est Bruxelles qui dirige nos dirigeants disent amen qui pourra comme ils ce préoccupe plus de leurs sales affaire ils ne vont pas s occuper encore d un crach boursier
Réponse de le 03/03/2017 à 5:58 :
pour voter Asselineau, encore fallut-il qu'il puisse se présenter !!!
Réponse de le 05/03/2017 à 21:33 :
Au contraire, dans le monde mondialiser d’aujourd’hui l'Europe réunit est une Europe forte.
a écrit le 02/03/2017 à 10:04 :
Vous semblez choquée de ce refus de discuter avec des banquiers mais l'avez vous déjà fait ? Avez vous déjà essayé d'avoir un dialogue constructif avec le représentant d'un établissement financier ?

Cela ne sert à rien ces gens ne sont que les serviteurs d'actionnaires milliardaires et ne parlent donc que dans l'intérêt de ceux-ci, à savoir soit il niera tout dysfonctionnement, soit si par miracle il en admet un il dira que c'était prévu ou que cela ne se reproduira plus jamais.

Je vous remercie d'avoir trouvé un politicien qui tient un discours a peu près cohérent sur la finance source de la crise profonde dans laquelle nous nous engluons, c'est vraiment très rare, les politiciens étant bien souvent comme les banquiers des représentants d'actionnaires majoritaires et du coup sans grand intérêt. Les discours des serviteurs touchant rapidement leurs limites.

Sinon sur le fond oui il a raison il est indispensable de séparer les banques de dépôts des banques d'"investissement", si je mets le terme entre parenthèses c'est que ce sont surtout des activités spéculatives qu'elles abritent, aucune volonté d'alimenter l'économie mais par contre obsession d'augmenter leurs seul bénéfices. Une crise majeure se prépare avec la dérégulation américaine, arrêtons de suivre bêtement les banquiers allemands, préparons nous de suite.

Vous avez également raison concernant le trading à autre fréquence qui n'a absolument aucune légitimité ni utilité comme l'a dit votre autre intervenant, bravo pour le choix des protagonistes, ça fait plaisir d'écouter des gens qui ne sont pas des robots, ça fait du bien, ces transactions qui se font au millième de seconde que l'on ne me dise pas que cela à voir avec une quelconque volonté d'investissement hein, c'est lié seulement à de la spéculation.

Nous avons séparé l'état de l'église, et quand nous voyons fillon et le pen nous constatons que nous ne nous en sommes toujours pas encore débarrassés, il est temps maintenant de séparer l'état des banques, et plus généralement de l’argent. C'est l'économie mondiale qui en a besoin et vite.
a écrit le 02/03/2017 à 9:52 :
Le discours bien rodé du lobby bancaire repose sur un tabou : il est mal qu'une banque fasse faillite. Et il est conforté par la pratique des autorités de contrôle, qui pousse instinctivement à la constitution de grands groupes bancaires, soi-disant plus solides, et en tous cas moins fatigants à superviser.
Des grands groupes qui finissent par faire un chantage, et se faire sauver avec l'argent du contribuable, ce qui est une honte.
Faisons un système dans lequel il n'y a que des banques de taille moyenne, et qui ne serait de fait pas mis en danger par la faillite d'une d'entre elles, bien au contraire.

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