Drone : coup de gueule du patron de Redbird contre une réglementation d'un autre âge

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Les pilotes de drones civils vont-ils devenir les "bad boys" du secteur aérien?
Les pilotes de drones civils vont-ils devenir les "bad boys" du secteur aérien? (Crédits : REUTERS/Carlo Allegri)
Le patron et co-fondateur de Redbird, Emmanuel de Maistre regrette que la récente mise à jour de la réglementation portant sur les drones n'apporte "malheureusement pas de changement fondamental et ne permettra pas une adoption massive des technologies drones".

Les pilotes de drones civils vont-ils devenir les "bad boys" du secteur aérien? En tout cas, la multiplication des incidents entre des drones et des avions commerciaux et les survols illicites au-dessus des centrales nucléaires freinent considérablement le développement de la filière drones en France. Pourquoi? Principalement parce que la direction générale de l'aviation civile (DGAC) reste encore très frileuse pour assouplir vraiment la réglementation sur les drones civils en dépit de sa mise à jour le 1er janvier 2016. Un simple toilettage qui hérisse les industriels du drone civil (2.300 constructeurs et opérateurs), à commencer par le patron et co-fondateur de Redbird, Emmanuel de Maistre même si ce dernier estime que "cette évolution présente quelques avancées encourageantes".

Mais "cette mise à jour n'apporte malheureusement pas de changement fondamental et ne permettra pas une adoption massive des technologies drones", a regretté Emmanuel de Maistre.

Pour Emmanuel de Maistre, l'industrie du drone civil a "un impérieux besoin d'avancées réglementaires plus rapides et plus audacieuses pour soutenir le développement". Car, selon lui, d'autres pays, en particulier les États-Unis, "avancent plus vite que la France et vont la dépasser". Ainsi, la Federal Aviation Administration (FAA), agence gouvernementale chargée des règlementations et des contrôles concernant l'aviation civile aux États-Unis, a "une approche plus pragmatique". L'industrie du drone civil américaine se développe à toute vitesse. "3.500 opérateurs se sont créés en douze mois aux États-Unis", précise-t-il. C'est d'ailleurs pour cela que Redbird, qui développe des solutions logicielles pour collecter et traiter des données issues des drones, s'est récemment implanté à San Francisco (Californie).

Une réglementation d'un autre âge

L'ancien président de la Fédération professionnelle du drone civil (FPDC) tempête entre autre contre une disposition, qui exige d'adresser un formulaire écrit de déclaration de vol en zone peuplée (CERFA) quinze jours avant la mission. "Cette disposition n'est plus franchement en phase avec les nouvelles technologies", estime-t-il. D'autant qu'il devrait y avoir à termes en France plusieurs dizaines de milliers de vols par an avec le développement de nombreuses applications liées aux drones, contre aujourd'hui quelques milliers, précise-t-il. Aux États-Unis, les opérateurs professionnels de drones peuvent faire leurs déclarations de vol "électroniquement", fait-il remarquer. Très clairement une réglementation d'un autre âge...

Le scénario S4 (vol hors vue) n'est pas significativement modifié alors qu'il représente "une opportunité économique majeure", estime-t-il également. En outre, souligne Emmanuel de Maistre, des flous subsistent, en particulier sur la définition des zones peuplées. "Les arrêtés auraient dû être beaucoup plus clairs, précis, ambitieux et corriger les carences de la législation de 2012. Ce n'est manifestement pas le cas", regrette-t-il. Il estime que "cette lenteur législative impactera l'évolution du marché français des drones civils".  Et le patron de Redbird compte sur une réglementation européenne en cours d'élaboration par l'Agence européenne de la sécurité aérienne pour supplanter éventuellement la réglementation française "si cette dernière n'a pas clairement prouvé son efficacité".

Et la sécurité?

Emmanuel de Maistre assure que les incidents impliquant les drones, qui se multiplient, ne sont pas le fait des professionnels, notamment un A320 qui a évité de justesse une collision avec un drone volant à haute altitude dans le ciel parisien. "Malheureusement, nous n'en sommes qu'au début" de ce type d'incidents, estime-t-il. Plusieurs incidents ont été dûment signalés. En 2015, la gendarmerie des transports aériens a constaté huit cas de survols illicites autour de l'aéroport de Roissy et des enquêtes préliminaires ont été ouvertes, selon la Direction générale de l'aviation civile (DGAC).

Aux États-Unis, le Centre d'étude des drones à l'université de Bard a enregistré 921 incidents impliquant des drones et des avions dans l'espace aérien américain, de décembre 2013 à septembre 2015. Trente-six de ces incidents étaient considérés comme "proches d'une collision". Dans 28 d'entre eux, les pilotes d'avions de ligne ont dû manœuvrer pour éviter une collision. L'Association européenne des pilotes de ligne a déjà demandé une étude pour évaluer les effets d'une collision entre un drone et un avion. "C'est une question urgente", a-t-elle estimé.

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a écrit le 24/03/2016 à 9:27 :
Ce Monsieur est complètement dans le déni ! il n'est plus dans sa cour d'école avec des avions en papiers ! Et la sécurité des voyageurs, il en fait quoi ?
Il n'y a pas de raison que les drones ne subissent pas la même réglementation que les avions et hélicoptères, et surtout obtenir un brevet de pilotage à distance, et que tous les drones soient enregistrés et immatriculés par les autorités... Je certain que ce Monsieur va venir pleurer qu'il va être obligé de licencier ou de fermer sa boîte si une telle réglementation sort..
a écrit le 24/03/2016 à 8:00 :
Ce ne sont pas les fabricants de drones qui nous diront que leurs joujoux sont dangereux pour notre securité. Ce qu'ils veulent c'est faire du fric. Nous connaissons hélas l'issue.
a écrit le 23/03/2016 à 21:19 :
"Malheureusement, nous n'en sommes qu'au début de ce type d'incidents". Raison suffisante pour interdire les drones "civils", en achat libre, dont on sait déjà qu'ils vont être utilisés pour des actes malveillants et évidemment terroristes.
Réponse de le 23/03/2016 à 22:31 :
Poursuivons ce raisonnement: les accidents de voiture, voire d'autocars devraient suffire pour interdire la vente libre de ces instruments de déplacement.
Réponse de le 24/03/2016 à 7:54 :
@VALBEL89, toute technologie nouvelle est confronté à des abus, la méthode française de tout règlementer non pas pour le meilleur mais face à l'incompétence politique de voir demain. Le politique préfère mettre en place de la paperasse qui de toute façon sera plus ou moins inutile. La France est un pays qui avance avec un rétroviseur dans le monde de demain. Nous avons peur de tout sauf de la réalité d'un pays qui vieillit. L'avenir est-il encore un lendemain qui chante pour nos enfants j'en doute, d'ailleurs les grèves de nos bambins" montrent que eux aussi son déjà vieux, leur pensée est plus tourner vers que sera la retraite que je vais créer, m'éclater comme ils disent. La France un pays mal dans sa peau et depuis bien des années. Personne n'interdira à un taré de se servir de cette technologie, la vente d'armes est interdite les explosifs ne sont pas sur étagère et pourtant et pourtant!!!!!
Réponse de le 24/03/2016 à 9:20 :
Sauf que la conduite sur route des véhicules est Réglementé de la même manière pour tous !
Réponse de le 24/03/2016 à 11:09 :
@Rouge
d'accord. Vous en avez vu beaucoup de voitures capables de survoler des centrales nucléaires en pleine nuit comme si de rien était sans qu'on les remarque ?
Réponse de le 24/03/2016 à 13:06 :
Je parlais d'une interdiction totale, ce qui serait délirant. Par contre oui à une réglementation. Elle existe déjà d'ailleurs.
Réponse de le 25/03/2016 à 22:52 :
Jusqu’à preuve du contraire les kalachnikovs ne sont pas en vente libre et sont toute interdite. Pourtant les terroristes les utilisent. Alors pourquoi priver de drone tous les français juste pour quelques uns qui débordent de leurs droits?
a écrit le 23/03/2016 à 18:51 :
Est-ce que la menace terroriste est vraie ou pas? Si oui, l'idee de permettre milliers des drones de voler n'importe ou ne peut pas se permettre. Les enjeux de securite publique, securite aerienne et protection de la vie privee sont tres significatifs. "Malheureusement, nous n'en sommes qu'au début" dit le Monsieur quant aux "incidents" entre avions et drones. Ca c'est parfaitement acceptable donc Monsieur, allons-nous en avance a toute vitesse donc. On enverra la cortege des veuves et orphelins chez-vous apres que le premier avion de ligne ingeste un drone dans un moteur, subit un uncontained engine failure et s'ecrase.

Drones ne sont pas jouets. Ils sont aeronefs. Ils sont donc regis par les memes regles de n'importe quel autre aeronef - regles developpes travers des decennies d'experience amer pour assurer la securite avant tout, parce qu'il n'y a pas de deuxieme chance dans un avion. Je suis certain que le directeur de Redbird n'est pas un pilote - seulement un non pilote serait si irresponsable. Et aux Etats Unis, le FAA a au contraire fortement ralenti la developpement du secteur. Quels sont exactement ces "benefices economiques"? On peut reduire le cout d'operation peut etre pour certains vols d'observation mais la charge utile et rayon d'action d'un drone est trop limite pour beaucoup des missions (avec l'exception d'une charge de Semtex par un terroriste peut etre). Et livraison de livres par Amazon c'est une plaisanterie debile digne d'un enfant de cinq ans.

Encore ces gens brandissent "technologie" comme c'est un fin en soi - mais les abus et dangers potentiels de ces "technologies" ils n'en parlent jamais. Apres les drones autonomes connecte a l'Internet pour etre hacke par n'importe quelle personne anti-social?
Réponse de le 24/03/2016 à 13:07 :
@Réponse de Rouge
Pour conduire un autocar, une voiture, un camion, un bateau, un avion, il faut un permis. Des drones dans les mains de professionnels ont certainement une utilité. Le souci, c'est que la majorité des drones sont dans des mains de non-professionnels, hors-la-loi et qui pourraient très bien s'en servir pour des actions malveillantes.
Les accidents de voitures, d'autocars ne sont pas le fait de la machine, mais de celui qui la conduit. Idem pour les drones, d'autant plus que le "conducteur" ne craint rien... il n'est pas à bord du véhicule.
a écrit le 23/03/2016 à 18:51 :
Est-ce que la menace terroriste est vraie ou pas? Si oui, l'idee de permettre milliers des drones de voler n'importe ou ne peut pas se permettre. Les enjeux de securite publique, securite aerienne et protection de la vie privee sont tres significatifs. "Malheureusement, nous n'en sommes qu'au début" dit le Monsieur quant aux "incidents" entre avions et drones. Ca c'est parfaitement acceptable donc Monsieur, allons-nous en avance a toute vitesse donc. On enverra la cortege des veuves et orphelins chez-vous apres que le premier avion de ligne ingeste un drone dans un moteur, subit un uncontained engine failure et s'ecrase.

Drones ne sont pas jouets. Ils sont aeronefs. Ils sont donc regis par les memes regles de n'importe quel autre aeronef - regles developpes travers des decennies d'experience amer pour assurer la securite avant tout, parce qu'il n'y a pas de deuxieme chance dans un avion. Je suis certain que le directeur de Redbird n'est pas un pilote - seulement un non pilote serait si irresponsable. Et aux Etats Unis, le FAA a au contraire fortement ralenti la developpement du secteur. Quels sont exactement ces "benefices economiques"? On peut reduire le cout d'operation peut etre pour certains vols d'observation mais la charge utile et rayon d'action d'un drone est trop limite pour beaucoup des missions (avec l'exception d'une charge de Semtex par un terroriste peut etre). Et livraison de livres par Amazon c'est une plaisanterie debile digne d'un enfant de cinq ans.

Encore ces gens brandissent "technologie" comme c'est un fin en soi - mais les abus et dangers potentiels de ces "technologies" ils n'en parlent jamais. Apres les drones autonomes connecte a l'Internet pour etre hacke par n'importe quelle personne anti-social?

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