Le "profit warning" (de taille) de Zodiac jette un froid sur les négos de rachat par Safran

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(Crédits : © Jacky Naegelen / Reuters)
Alors que les négociations exclusives sont en cours entre Safran et Zodiac Aerospace pour l'acquisition du second par le premier, Zodiac a fortement révisé à la baisse ses perspectives financières. Même s'il confirme son intérêt stratégique pour Zodiac, Safran a néanmoins indiqué qu'il s'agissait d'un "fait nouveau", dont les conséquences seront intégrées dans les discussions. Du grain à moudre pour les opposants à cette opération.

Douche froide pour Safran. Alors que le groupe aéronautique français est en négociations exclusives pour racheter Zodiac Aerospace, la forte révision à la baisse des perspectives financières communiquée ce mardi par la direction de Zodiac jette un froid sur les discussions. Il y a de quoi. La nouvelle alerte sur résultat de Zodiac est de taille. Alors qu'elle tablait jusqu'ici sur une hausse de son résultat opérationnel courant de 10 à 20% à l'issue de son exercice 2016-2017, qui s'achèvera fin octobre, la direction de Zodiac prévoit désormais un recul d'environ 10%, en raison des surcoûts liés à la montée en cadence de la production d'A350, un programme sur lequel Zodiac tire la langue pour fournir dans les temps les sièges de l'avion.

"Un fait nouveau"

"Ces informations constituent un fait nouveau par rapport aux éléments disponibles préalablement à l'annonce du projet d'acquisition de Zodiac Aerospace par Safran le 19 janvier dernier", a immédiatement réagi Safran dans un communiqué, tout en confirmant néanmoins "l'intérêt stratégique de l'acquisition de Zodiac", et "sa confiance dans sa propre capacité de redresser les marges opérationnelles des activités actuellement en difficulté".

Des déboires industriels rencontrés depuis deux ans dans son activité de fabrication de sièges d'avion ont conduit à des retards importants de livraisons à Airbus et à Boeing. Le déploiement l'an dernier du plan Focus de retour à la performance opérationnelle de Zodiac avait, semble-t-il, commencé à porter ses fruits.

Les deux groupes "poursuivent leurs négociations exclusives et intègreront dans leurs discussions les conséquences de ces faits nouveaux", a indiqué Safran, en précisant que les deux groupes tiendraient le marché informé de "toute évolution significative de l'opération".

Safran va-t-il revoir la valeur de son offre, alors que le prix proposé par Safran tenait compte du plan de redressement de Zodiac ? S'il s'avère que ce redressement ne correspond pas aux attentes, l'équation économique pourrait en être modifiée. Pour rappel, Safran a proposé 29,47 euros par action Zodiac, l'équivalent d'une prime de 26,4% par rapport au cours de Bourse du 18 janvier (plus de 23 euros).

L'action Zodiac, qui culminait à plus de 35 euros en mars 2015, avait plongé lorsque les difficultés industrielles avaient éclaté au jour pour atteindre 14 euros en février 2016, avant de remonter au-dessus de 20 euros avec les premiers effets des mesures de redressement.

Du grain à moudre pour TCI

De quoi donner du grain à moudre au fonds spéculatif TCI, qui s'oppose au projet de fusion. Ce dernier estime que Safran surpaye Zodiac. Ce mardi, TCI a déclaré que ce nouvel avertissement sur le résultat opérationnel de Zodiac plaidait pour l'abandon de l'opération.

"Zodiac connaît des difficultés extrêmes sur le plan financier et opérationnel et ses problèmes ne peuvent pas être réglés par la direction de Safran qui a effectué zéro 'due diligence' sur l'activité de Zodiac", a déclaré Ben Walker, partenaire chez TCI, dans une déclaration transmise à Reuters.

"Safran n'a pas encore signé d'accord engageant avec Zodiac et doit donc agir de manière responsable et abandonner l'opération maintenant", a-t-il ajouté.,

Retour aux rentabilités historiques en 2019-2020

Zodiac a néanmoins confirmé son objectif de retrouver son niveau de rentabilité historique en 2019-2020 aux environs de 15% ("mid double digit"), alors que sa marge n'a cessé de se dégrader depuis les 14,5% de l'exercice 2012-13. Son président, Olivier Zarrouati, s'est toutefois refusé à répondre à la question d'un analyste sur la prévision de marge opérationnelle à deux chiffres en 2017-2018.

Le patron de l'équipementier a souligné que la montée en cadence de l'A350, dont Airbus a augmenté la production à près de 50 en 2016, a conduit Zodiac à tripler sa capacité de production, maintenant l'équipementier sous forte tension.

"Je crois que cet effort a été reconnu et nous permet maintenant d'avoir une relation avec l'avionneur, disons, apaisée", a-t-il à des journalistes.

Fabrice Brégier, le patron d'Airbus, qui a tancé publiquement Zodiac à plusieurs reprises, a prévenu fin février que le groupe ne devait pas se laisser déstabiliser par son projet de rachat par Safran.

"Il y a encore beaucoup de travail à faire, mais nous ne pensons pas avoir le même type de 'sur-effort' pendant le second semestre", a ajouté Olivier Zarrouati.

Les difficultés industrielles de l'usine de sièges de Cwmbran au Royaume-Uni, sous tension en raison d'une grosse commande d'une compagnie aérienne, ont également pesé sur les coûts du groupe, a-t-il ajouté.

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Commentaires
a écrit le 15/03/2017 à 19:51 :
Zodiac devrait relocaliser vers la France dans des régions ou il pourrait trouver facilement du personnel qualifié comme dans la Loire et pays de la Loire, mais c'est sur que la fabrication de sièges reste un métier en tension dans l'automobile, les poids-lourds et même les tracteurs.

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