Le salon de Genève ouvre dans une ambiance mi-figue mi-raisin

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La question est de savoir si le marché des particuliers est prêt à prendre le relais des flottes automobiles.
La question est de savoir si le marché des particuliers est prêt à prendre le relais des flottes automobiles. (Crédits : KAI PFAFFENBACH)
Après l'excellente année 2015, les constructeurs s'attendent à un marché plus ralenti cette année. Les analystes jugent toutefois que si la tendance est plus faible elle reste néanmoins solide, et ce, malgré un contexte économique très défavorable. Mais le comportement des flottes d'entreprises est encore incertain...

C'est dans un climat indécis que s'ouvre le Salon automobile de Genève. Alors que le marché automobile européen a terminé l'année 2015 sur un rebond inespéré de 9,3% à 13,7 millions d'immatriculations, les constructeurs et les analystes s'accordent à penser que l'année en cours devrait revenir sur un rythme de croissance plus modéré, entre 2% et 3% selon les prévisions. Mais il n'est pas interdit d'imaginer une bonne surprise si l'on se réfère à l'excellent mois de janvier (+6%).

Taux bas, pétrole bas...

Car les conditions du marché n'ont pas fondamentalement changé entre 2015 et 2016. Les taux d'intérêts sont toujours aussi bas, sinon plus avec la volonté très marquée de la Banque centrale européenne de poursuivre sa politique monétaire très accommodante. Rares sont ceux qui croient à une remontée des cours du pétrole dans les 9 prochains mois. Enfin, le marché n'est toujours pas arrivé à son niveau d'avant-crise (16 millions d'unités) ce qui laisse encore une marge de progression.

Pour les analystes, la question n'est pas de savoir si l'année 2016 sera moins bonne que la précédente, mais d'avoir en tête que l'année 2015 était particulièrement bonne. "Une hausse de 3,7% du marché en 2016 serait une performance tout à fait honorable", fait remarquer François Jaumain spécialiste automobile chez PwC Autofacts. "Cela reste supérieur à tous les indicateurs macroéconomiques du continent", ajoute-il.

Rattrapage de l'Italie et de l'Espagne

"La dynamique de l'année 2015 est en partie expliquée par l'Italie et l'Espagne qui poursuivent leur rattrapage par rapport à leur niveau d'avant-crise", explique Josselin Chabert, son collègue de chez PwC Autofact. Le marché italien a effectivement vu ses immatriculations augmenter de 16% sur l'année, tandis que le marché espagnol s'est envolé de près de 21%. Ce dernier est toutefois soumis à la persistance de la prime à la casse, un dispositif très politique...

Renouvellement des flottes d'entreprises

Hadi Zablit juge de son côté que les modèles prédictifs ont trop négligé l'importance des flottes automobiles. "Tout le monde avait sous-estimé la croissance du marché en 2015 parce que les prévisions sont très concentrées sur les particuliers, et personne n'a anticipé la forte croissance des flottes automobiles qui avait besoin d'un rattrapage. Ce rattrapage est probablement terminé, mais on ne peut pas exclure un reliquat qui pourrait soutenir la demande en ce début d'année au moins", analyse Hadi Zablit, directeur associé au Boston Consulting Group (BCG) et spécialiste du secteur automobile.

Les flottes pourraient également profiter des conditions du marché du crédit pour anticiper des renouvellements. Mais la question est de savoir si le marché des particuliers est prêt à prendre le relais des flottes automobiles.

Contexte économique défavorable mais néanmoins solide

Or, la conjoncture ne plaide pas en ce sens. La zone euro est toujours dans le marasme, et le chômage devrait continuer à rester élevé. Le ralentissement économique mondial risque de plomber un peu plus le moral des consommateurs. Mais Hadi Zablit estime que "les consommateurs ont réajusté leur consommation ces dernières années et que désormais la phase est stable". Autrement dit, le marché pourrait être proche de son point d'équilibre dans un contexte économique défavorable, mais que pour autant, il est solide. Une bonne nouvelle pour les constructeurs qui sont soumis à d'importants tumultes partout ailleurs dans le monde...

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a écrit le 01/03/2016 à 16:25 :
Le marché automobile est une mécanique économique connue, le stock de matériel roulant doit se renouveler. Par exemple en France s'il y a 48 millions de véhicules roulants et une moyenne générale entre deux achats de 8 ans, cette durée peut s'étendre un peu, le stock s'amoindrir également (il ne le fait pas sauf en calcul relatif car la population augmente) mais a l'obligation finale de se renouveler. Par contre les marges seront irrésistiblement entamées du fait de la baisse des matières premières dont l'acier. Si un véhicule coûtait environ 10euros au kilogramme avec une marge adaptée sur ce calcul, elle sera érodée si les paramètres changent. On voit alors s'engager une course au plus gros, les SUV, un peu plus chers, pour réussir à les préserver. Les japonais auxquels on avait laissé ce segment, surtout les multiples petites marques, vont souffrir le plus de cet élan. Les marques allemandes ayant anticipé le mouvement seront noyées dans une offre abondante qui tend ainsi au milieu de gamme ou vers la gamme supérieure. Les marques américaines déjà largement à la peine risquent de ne pas s'en remettre en Europe d'autant que leurs maisons mères Ford et GM sont en suspension au dessus du précipice. Des évolutions drastiques vont assurément avoir lieu.
a écrit le 01/03/2016 à 10:14 :
Le paramètre de la jeunesse vis à vis de l'automobile n'est pas pris en compte, en France par exemple, les jeunes se tournent principalement vers le marché de l'occasion.
Le coût à l'achat d'un véhicule neuf, le manque de fiabilité et le SAV, au niveau zéro de la majeure partie des constructeurs en cas de grosse avarie pendant la période de garantie, explique peut-être cela.
Réponse de le 01/03/2016 à 16:19 :
Sans oublier qu'une voiture neuve coûte au bas mot une année de salaire pour un jeune....pas étonnant de les voir se tourner vers l'occasion plutôt que vers le neuf!
Réponse de le 01/03/2016 à 17:24 :
Jeune ou pas jeune, quand on est smicard, peu importe l'âge, on a tout autant du mal à acheter sa caisse. Souvent, en tout cas dans mon entourage, la première voiture neuve (ou presque) est achetée quand on a fini de payer les traites de la maison ET les études des gamins... Donc plus vraiment tout jeune... Voilà pourquoi. Un héritage peut aussi aider, pour en payer une partie, de cette voiture, mais en général on hérite rarement à 20 ans... Voilà pourquoi les "vieux" sont plus riches que les jeunes : ils ont fini de payer leurs crédits, mais ils ont eux aussi commencé dans la vie active en mangeant des pâtes et du riz plus souvent que les fins de mois. De quoi être tolérant avec les autres...
a écrit le 01/03/2016 à 9:41 :
Le consommateur français a besoin d'une visibilité à long terme pour s'endetter. Mais avec la "flexibilité" du marché du travail et le désengagement de l'état en matière de prestations sociales et de retraites, le consommateur épargne. Et le coût de possession d'un véhicule explose, sans perspective d'amélioration avec la véhicule électrique. Sans parler des problèmes de permis de conduire qu'on risque de perdre de plus en plus facilement. Je devais changer ma moto cette année, mais avec les nouvelles contraintes, je préfère attendre. Je fais donc des économies d'achat, d'assurance, d'entretien, de sorties (resto, ciné, bowling, karting...), et je paie moins de TVA :)
a écrit le 29/02/2016 à 19:47 :
"Le ralentissement économique mondial risque de plomber un peu plus le moral des consommateurs"

Le compte en banque du consommateur surtout et les gens connaissent de plus en plus les pièges qu'incarnent les crédits à la consommation donc l'espoir des financiers que les gens s'endettent est une nouvelle fois peu raisonnable reposant sur pas grand chose comme d'habitude hein.

Heureusement qu'il reste les retraités pour consommer des voitures mais combien de temps ça va encore durer ? Plutôt éphémère comme marché par définition...
Réponse de le 01/03/2016 à 16:39 :
@Bernardo. Le même jour, publication des chiffres de ventes automobiles de février : 13% de hausse par rapport à 2015. Il n'y a sans doute pas eu que des retraités, si?
Réponse de le 01/03/2016 à 19:29 :
Il ne faut rien exagérer, tout de même..!

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