Inflation et taux : la Fed a fait plonger Wall Street hier et, aujourd'hui toutes les Bourses mondiales

TAUX. La fermeté du discours de la Fed hier face à l'inflation a fait plonger immédiatement Wall Street, occasionnant une rotation sectorielle qui profitait aux bancaires (qui bénéficieront de la hausse des taux d'intérêt) ou à l'automobile... aux dépens de la tech (qui a besoin de taux d'intérêt bas) et de quelques-unes des affolantes valorisations de l'année 2021, retour de la prudence oblige. Ce matin, la bourrasque, après avoir déferlé sur l'Asie, touchait les Bourses européennes qui ont dégringolé les unes après les autres, stoppant net l'euphorie des derniers jours.

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Hier, la fermeté du discours de la Fed face à l'inflation manifestée dans le compte-rendu des discussions de sa dernière réunion de politique monétaire a fait aussitôt plonger Wall Street. Ce matin, la bourrasque, après avoir déferlé sur l'Asie, touche les Bourses européennes qui dégringolent.
Hier, la fermeté du discours de la Fed face à l'inflation manifestée dans le compte-rendu des discussions de sa dernière réunion de politique monétaire a fait aussitôt plonger Wall Street. Ce matin, la bourrasque, après avoir déferlé sur l'Asie, touche les Bourses européennes qui dégringolent. (Crédits : Reuters)

[Article publié le 6.01.2021 à 9:00, mis à jour à 10:14 (CAC40), 10:55 (Bourses mondiales), 14:10 (secteurs et valeurs: Carrefour, Soc Gen...)]

Après l'annonce de la Fed, hier, qui a raffermi encore son discours sur la lutte contre l'inflation, Wall Street plongeait: Nasdaq Composite chutait de -3.34%, le S&P 500 Index de -1.94%, et le Dow Jones Industrial Average de -1.07%.

À la suite, les Bourse asiatiques chutaient également: au Japon le Nikkei 225
s'effondrait de -2.88 %; en Chine, le Shanghai Composite baissait de -0.25%, tandis que la baisse du Shenzhen Composite atteignait -1.74 %.

L'euphorie des Bourses européennes stoppée net...

Ce matin, la bourrasque déferlait sur l'Europe stoppant net l'euphorie des derniers jours. En France, le CAC 40, l'indice phare de la Bourse de Paris, chutait rapidement autour de -1,76% mais se redressait à -1,21% peu avant 11h. En Allemagne, le DAX de Francfort chutait de -1.19%. Au Royaume-Uni, l'Euro Stoxx 50 baissait de -1.57 %, le FTSE 100 de -0.50 %; en Belgique, le BEL 20 de -1.01 %; au Danemark, l'OMX Copenhagen 20 Index de -0.44%; en Espagne, l'IBEX, de -1.17%; aux Pays-Bas, l'AEX de -1.57 %; en Suède, l'OMX Stockholm 30 Index de -0.54 %; en Suisse, le SMI de -0.78 %...

... après de nouveaux records à la Bourse de Paris

Et pourtant, hier à la Bourse Paris, on a profité. Comme jamais. L'indice parisien a enchaîné mercredi un troisième record en autant de séances en 2022, les investisseurs privilégiant les entreprises qui devraient être favorisées par la réouverture de l'économie dans les prochains mois. Ainsi, le CAC 40 a engrangé 58,96 points, soit 0,81% à 7.376,37 points, un nouveau record absolu en clôture. En séance, il avait même poussé une pointe jusqu'à 7.384,86 points, du jamais-vu également. La veille, il avait terminé en hausse de 1,39%.

Même ambiance pour les autres Bourses européennes : après deux jours marqués par de fortes progressions, elles conservaient hier un bon rythme. Après le nouveau record battu par Paris et un gain de +0,81%, Francfort s'en rapprochait en faisant +0,74%, Milan prenait aussi +0,74%, tandis que Londres se contentait de +0,16%.

La vraie menace pour les investisseurs, c'est la Fed. Pas Omicron

Pourtant, face à cette euphorie, les investisseurs semblaient, hier soir encore, rester de marbre, ne se faisant aucune illusion:

"La thématique de ce début l'année, c'est la remontée des taux d'intérêt", expliquait à l'AFP mercredi Alexandre Baradez, chef de l'analyse chez IG.

L'opinion qui se dessinait hier chez les investisseurs, c'est que la menace majeure ne viendra pas d'Omicron. Malgré son affolante contagiosité (Cf. l'explosion du nombre de cas ces dernières semaines), ils sont convaincus que sa plus faible dangerosité, selon des premières études, permettra aux gouvernements de gérer la crise sans trop de restrictions pour l'activité économique et d'en sortir rapidement.

Non, toute leur attention était focalisée sur la Réserve fédérale américaine (Fed) et la publication du compte-rendu des discussions de sa dernière réunion de politique monétaire.

Taux: le discours de la Fed fait plonger Wall Street, surtout le Nasdaq

Avec raison. La publication des "minutes" de la dernière réunion du comité de politique monétaire de la banque centrale américaine, qui témoignent d'une volonté de s'attaquer de front à l'inflation, laquelle, pour mémoire, a continué d'accélérer en novembre aux Etats-Unis, pour s'établir à 5,7% par rapport au même mois de 2020, la plus forte hausse des prix depuis 1982.

Les membres de la Fed ont indiqué, dans un langage sans équivoque, qu'ils envisageaient désormais de relever plus tôt et plus souvent que prévu le taux directeur de l'institution.

Ce discours a fait l'effet d'une douche froide sur les marchés, faisant alors aussitôt plonger Wall Street: à New York, le Dow Jones lâchait 1,07%, l'indice élargi S&P 500, 1,94%, mais c'est le Nasdaq qui a particulièrement souffert, décrochant de 3,34%.

En outre, il est désormais question d'entamer la réduction du bilan de la Fed dès après la première hausse de taux, ce qui a pris de cours les opérateurs.

"Le marché n'a pas aimé ce passage", ont commenté, dans une note, les analystes de Briefing.com. Sur le marché obligataire, les taux ont bondi au-dessus de 1,70% pour les emprunts d'Etat américains à 10 ans, au plus haut depuis neuf mois.

À l'opposé des positions de la Réserve fédérale américaine et de la Banque d'Angleterre (BoE) notamment qui resserrent la vis monétaire en prévoyant une hausse des taux en 2022, la BCE, la Banque centrale européenne présidée par Christine Lagarde, continue son cavalier seul optimiste, estimant qu'une hausse des taux d'intérêt est, pour sa part, "hautement improbable" en 2022.

Pétrole et minerais : les matières premières bien orientées

Les cours du pétrole, enthousiastes en séance, ont finalement clôturé en petite hausse mercredi après une réduction des stocks américains de pétrole un peu décevante mais des données sur l'emploi favorables.

Cela a permis au baril de Brent de repasser au-dessus des 80 dollars pour la première fois depuis l'apparition du variant Omicron fin novembre. Le prix du baril de Brent de la mer du Nord pour échéance en mars prenait 1% à 80,80 dollars. Mais jeudi à 08H45 GMT, celui-ci cédait 0,27% à 80,58 dollars.

A New York, le baril de West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en février a avancé de 1,11% à 77,85 dollars, mais ce jeudi, lâchait 0,31% à 77,61 dollars

Shell terminait hier en hausse de 1,27% à 1.722,39 pence et BP en progression de 1,08% à 355 pence après avoir déjà pris 6% la veille grâce à l'apaisement des craintes liées à Omicron pour l'activité économique mondiale. Jeudi il progressait encore légèrement en début d'après-midi de 0,22%.

A Paris, TotalEnergies est monté de 1,20% à 45,92 euros, puis ce jeudi de 0,47% vers 14 h, heure de Paris.

Aux Etats-Unis, le producteur de boulettes de minerai de fer Cleveland-Cliffs (+5,17%) ou le groupe sidérurgique US Steel (+2,35%) ont aussi profité de cet élan. A Paris, ArcelorMittal a pris 2,64% à 29,70 euros.

La remontée des taux fait chuter la tech au profit des banques et de l'automobile

Les valeurs de la tech, qui ont besoin de taux d'intérêt bas pour financer leur croissance, étaient délaissées par les investisseurs jeudi. Hier, la perspective de hausse des taux d'intérêt se répercutait sur les actions des entreprises technologiques ou à multiples élevés, c'est-à-dire dont le prix est haut lorsqu'il est rapporté au bénéfice.

C'est le cas de beaucoup de valeurs qui ont affiché des progressions insolentes en 2021, comme Alphabet (-4,68%), Tesla (-5,35%), ou Apple (-2,66%).

La baisse se poursuivait jeudi. A Paris, Capgemini chutait de 3,48%, Dassault Système de 3,24% et Teleperformance de 3,04%. A Francfort, Infineon reculait de 2,99%, SAP de 2,60% et, à Londres, Darktrace de 2,93%.

A contrario, les valeurs bancaires, qui elles bénéficient de la hausse des taux d'intérêt, réussissaient à sortir la tête de l'eau ou au moins à limiter les pertes. A Francfort, Commerzbank gagnait +1,99% à 7,47 euros et Deutsche Bank était stable (+0,03% à 11,85 euros); à Londres, Lloyds Banking prenait 0,77% à 81,07 pence et Standard Chartered 0,33% à 461,70 pence.

À Paris, jeudi Société Générale gagnait (+1,13% à 32,61 euros) après une acquisition dans le secteur du leasing. Via sa filiale ALD, le groupe bancaire Société Générale va racheter le numéro un européen du leasing automobile LeasePlan pour 4,9 milliards d'euros. L'action d'ALD bondissait de 6,83% à 14,08 euros.

|Lire: Leasing auto : Société Générale crée un leader incontesté avec le rachat de LeasePlan

Le secteur de l'automobile progressait aussi, avec Daimler (+4,41% à 84,98 euros) en Allemagne ou Renault (+5,31% à 34,00 euros) en France. Mais ce jeudi, ce n'était cependant pas le cas pour General Motors (-4,56% à 62,74 dollars).

|Lire: Toyota fait chuter General Motors de son piédestal, du jamais-vu en 90 ans

Cette rotation sectorielle a donc vu les valeurs de croissance, comme la technologie, partir à la baisse, alors que celles sur la réouverture des économies, comme l'industrie, les banques, le tourisme, l'automobile, progressaient.

Remue-ménage dans la distribution: Carrefour potentiellement convoité

Selon des informations de l'agence de presse financière Bloomberg et du quotidien économique Les EchosAuchan reviendrait à l'assaut pour acquérir son rival Carrefour avec de nouveaux investisseurs, après l'échec des discussions à l'automne. L'action Carrefour prenait +3,91% à 17,93 euros, après avoir bondi de +5,09% la veille.

Le luxe en difficulté aussi

Les actions du secteur du luxe étaient elles aussi en forte baisse, les investisseurs limitant leur exposition à ces actifs qui ont enregistré de nettes progressions en 2021.

A Paris, Hermès cédait 3,36%, L'Oréal 3,25% et LMVH 2,96%. A Londres, Burberry perdait 2,07% et à Milan, Montcler était en baisse de 3,94%.

L'euro oscille, le bitcoin recule franchement

L'euro a progressé de 0,23% par rapport au dollar, à 1,1313 dollar, mais reculait ce jeudi de 0,15% à 1,1298 dollar.

Le bitcoin a cédé 1,28% à 46.192 dollars et ce jeudi il perdait encore 1,49% quelque tombant à 42.960 dollars.

(avec AFP)

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Commentaires 4
à écrit le 06/01/2022 à 17:19
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Bruit de bottes + inflation : ça ne sent pas très bon.

à écrit le 06/01/2022 à 12:54
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Bah les politiciens vont comme d'habitude pour compenser ces centaine de milliards en moins offerts à ceux qui détruisent le monde en ronflant taper sur les pauvres et les minorités et ça devrait rassurer les financiers, soit il faut qu'ils gagnent t...

à écrit le 06/01/2022 à 12:27
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La finance a peur !

à écrit le 06/01/2022 à 10:36
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Tout cela était prévu et attendu par la FED, ainsi que par les acteurs majeurs de la bourse. Seuls les naïfs sont surpris.

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