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Iran: les entreprises françaises veulent aussi leur part de marché

Photo de Corentin Dautreppe

Corentin Dautreppe

Publié le 02 février 2014 à 20:47 - Mis à jour le 03 février 2014 à 15:45

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La levée - temporaire - de certaines sanctions sur les importations iraniennes aiguise les appétits du monde entier. Une centaine d’entreprises françaises se rendent en Iran lundi pour renouer le contact. Un objectif compliqué par la ligne “dure” de la diplomatie française sur le dossier.

C'est une visite sur laquelle le Medef n'a pas - trop - envie de communiquer. Requérant un "off" absolu, on se borne à y confirmer des informations déjà connues, la date du voyage - de lundi 3 au mercredi 5 février -, le nombre de participants, une centaine d'entreprises de toutes tailles et de tous secteurs... Et à se féliciter, d'ores et déjà, d'un "grand succès".

Le voyage en Iran, organisé par le Medef international avec l'aval du Quai d'Orsay et de l'Elysée, fait en tout cas beaucoup parler de lui. Si les constructeurs automobiles étaient déjà allés prendre la température lors de la Conférence internationale de l'industrie automobile à Téhéran, il s'agira de la première délégation française d'ampleur en Iran depuis dix ans.

Accord sur le nucléaire

L'arrivée d'Hassan Rohani à la tête du pays et l'impact des sanctions internationales ont permis la signature d'un accord, le 24 novembre dernier, sur le dossier du nucléaire. En échange d'une suspension du programme d'enrichissement promise par les autorités iraniennes, la communauté internationale s'est engagée à lever une partie de ces sanctions économiques.

L'Iran devrait donc pouvoir importer des produits jusque là interdits. D'où la volonté des entreprises françaises d'aller prendre la mesure d'un marché prometteur d'un peu moins de 80 millions d'habitants.

>> Voir le détail de l'accord : Après 10 ans de tensions, un accord sur le nucléaire iranien a été trouvé

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Illustration de la newsletter Industrie et service

Spécialiste de l'Iran, Thierry Coville décrit un "pays relativement riche, très urbanisé, avec une classe moyenne et un énorme potentiel de croissance". "Il y a aussi une grosse demande de produits de consommations courants, qui va en augmentant" dans ce qui constitue "le plus gros marché du golfe persique", poursuit le chercheur à l'Iris et professeur à Novancia.

"Normal" que la France se positionne

Pas étonnant qu'on explique au Medef ne "pas pouvoir passer à côté d'une telle opportunité", tout en martelant le besoin de rester "prudent". "On est conscient que la levée des sanctions ouvre des possibilités, mais que cela reste très limité". Même si, tout de même, "il est normal que les Français se positionnent".

Car la suspension - "provisoire", insiste une source diplomatique - des sanctions internationales contre le régime iranien en échange d'une suspension du programme militaire a aiguisé les appétits d'entreprises du monde entier.

"C'est une très bonne stratégie de ne pas attendre le dernier moment pour aller sur place", estime Thierry Coville. "Car les autres pays s'agitent : Allemagne, Etats-Unis, Italie… C'est un marché où il faut être présent."

"Respectez l'Etat de droit"

Toutes les entreprises françaises n'ont pas quitté le pays lors de la mise en place de  sanctions, explique le Journal du Dimanche. Une trentaine de sociétés françaises sont encore inscrites au registre de la Chambre de commerce franco-iranienne. La grande distribution, représentée par Carrefour, les produits laitiers (Danone, Bel), ou encore Legrand, Systra et Bull sont restés actifs en Iran.

En revanche, les énergéticiens Total, GDF Suez, Alstom ou Schneider Electric ou les constructeurs automobiles PSA et Renault, également du voyage selon l'hebdomadaire, avaient pour leur part respecté le boycot pour éviter des sanctions américaines.

La même source diplomatique appelle toutefois les entreprises à la prudence. "Notre message, c'est : "respectez l'Etat de droit". Les autorités iraniennes ont des obligations, il reste six mois avant un éventuel accord définitf… On n'est pas au bout de la route !"

"Tout n'est pas ouvert, poursuit-on au Quai d'Orsay. On est dans une période intérmédiaire, les entreprises doivent bien garder cela à l'esprit." Précisant que "le Quai d'Orsay n'a pas à encourager ou à décourager cette initiative du Medef", on précise qu'il y aura une action de l'ambassade sur place, et "un appui" sur certains aspects du voyage.

Nouveaux marchés

Alors que François Hollande a annoncé sa volonté de trouver 50 milliards d'euros sur cinq ans, sans hausse d'impôts nouveaux, la présence française en Iran revêt un intérêt tout particulier pour le gouvernement, comme c'est aussi le cas en Afrique.

>> Lire : Présence française en Afrique : ce qu'il reste de la Coopération


A Genève, le jour de l'accord sur le nucléaire iranien, le 24 novembre 2013. (Reuters/Carolyn Kaster)

Mais celui-ci n'a-t-il pas savonné la planche pour les entreprises ? Dans les négociations sur le nucléaire, la diplomatie française a été identifiée comme partisane d'une ligne dure. Dans un entretien au Monde le 26 novembre dernier, le ministre des Affaires etrangères Laurent Fabius revendiquait un rôle moteur dans le refus du texte initial de l'accord sur le nucléaire le 9 novembre :

Ce n'est pas le même accord. Il y a eu des évolutions sur quatre points. Le premier point, c'est Arak, où la rédaction initiale était très floue, or nous sommes des gens précis et nous avons dit les choses. Nos cinq autres collègues du groupe des Six l'ont accepté dès le 9 novembre, et le week-end dernier, les Iraniens ont fini par l'accepter.

Cette position de fermeté a pu permettre à la France de soigner ses relations avec l'Arabie Saoudite, déçue du rapprochement entre les Etats-Unis et l'Iran. Mais on a beau indiquer, de source diplomatique, "que la position diplomatique sur l'accord signé à Genève est celle des six, et pas seulement celle de la France", ce positionnement a très mal été perçu à Téhéran.

Passif diplomatique

"C'est vrai que la relation n'est pas au beau fixe", analyse le chercheur Thierry Coville :

Globalement, l'appréciation est assez négative pour l'équipe France en Iran, on lui reproche sa position de dureté sur l'accord de Genève, sa proximité supposée avec l'Arabie Saoudite et Israël… D'où l'intérêt de reprendre le fil !

Malgré ce passif diplomatique, le chercheur à l'IRIS assure que le marché "n'est pas fermé". Pointant une tradition très francophile, il explique "les Iraniens sont pragmatiques" et n'écarteront pas les entreprises françaises sur la base de leur nationalité.

Et puis les "besoins en infrastructures" sont considérables dans un pays où l'économie a longtemps fonctionné au ralenti. "Les entreprises doivent réouvrir, il y a besoin de transports, ce qui fait qu'en terme de potentiel c'est un pays jeune."

Un encouragement à tenir parole

Ce partenariat nouveau pourrait même avoir une conséquence positive sur le respect de l'accord. C'est en tout cas la position défendue par le ministre de l'Economie Pierre Moscovici, dimanche soir sur RTL.

Cette délégation, a dit le ministre, "est là pour dire que si la situation s'améliorait, alors il y aurait des opportunités importantes pour la France en Iran". Pour le moment, il faut y voir "comme un encouragement aux Iraniens à tenir leur parole".

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"C'est un marché où il faut être présent, rencontrer les acteurs, les revoir...", estime de son côté Thierry Coville. Si une visite de trois jours sera donc un peu courte, la réouverture prochaine d'une mission économique à Téhéran pourrait aider les entreprises à renouer les relations… en attendant, avec visiblement quelque impatience, la signature d'un accord définitif.

Corentin Dautreppe

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