DOSSIER MONDIALISATION- Le ver était déjà dans le fruit depuis l’application des sanctions contre l’Iran, puis la Russie. Mais la guerre en Ukraine et l’exclusion des banques russes du système Swift, sans parler des tensions géopolitiques entre la Chine et les États-Unis, ont accéléré le besoin des États ou des zones monétaires de se protéger en développant leurs propres infrastructures de paiement. Et l’essor des monnaies digitales de banque centrale devrait renforcer ce mouvement de fragmentation du système monétaire mondial, bâti dans les années 1970 pour accompagner la mondialisation de...« La bombe atomique » que devait représenter la déconnexion de la Russie de la messagerie interbancaire internationale Swift semble, pour l'instant, avoir fait pschitt. L'impact sur l'économie se fait attendre, le pays continue d'engranger des dizaines de milliards de dollars de recettes énergétiques, et la devise russe a retrouvé ses niveaux d'avant l'invasion de l'Ukraine, grâce notamment à des mesures drastiques de contrôle des changes et des capitaux.
« C'est bien une bombe atomique, mais à retardement ! Les systèmes de paiement se sont construits jusqu'ici sur une logique de mondialisation et d'ouverture complète entre les différentes zones économiques ou monétaires. C'était la « globalisation », la construction du « Global Village » sur le Web », observe Hervé Sitruk, président de France Payments Forum.
Fragmentation des systèmes de paiement mondiaux
Les grands pays, Chine, Russie, mais aussi Inde, Brésil, Afrique du Sud ou bien Turquie l'ont bien compris, ils doivent trouver des alternatives dans les paiements dans le cas où ils tomberaient, pour une raison ou une autre, sous le coup des sanctions américaines.
« Les sanctions, certes nécessaires, vont casser ce mécanisme et conduire à une fragmentation des systèmes de paiement mondiaux, à la fois pour les transferts de gros et les paiements retail, qui vont donner place à des zones d'échanges concentriques, et parfois concurrentes. Pour l'Europe, ce sera la construction de systèmes de paiement internes à la zone SEPA, puis le renforcement des liens d'échange au sein du monde occidental, et le maintien de systèmes mondiaux existants mais aussi le développement de systèmes concurrents, qui regrouperont d'autres zones économiques et monétaires... »,préditHervé Sitruk.
L'union sacrée entre Chine et Russie, cauchemar des États occidentaux
Lors du 14e sommet des BRICS - les principaux pays émergents - en juin dernier, sous la présidence du président chinois Xi Jinping, le président russe Vladimir Poutine a une nouvelle fois dénoncé les pays occidentaux qui se servent « des mécanismes financiers pour rendre le monde entier responsable de leurs propres erreurs de politique économique », appelant les BRICS à créer leurs propres systèmes de paiement pour bâtir « un système mondial réellement multipolaire ». Le propos n'est pas nouveau. Il est même théorisé en Russie depuis les premières sanctions imposées par l'Occident lors de l'annexion de la Crimée en 2014.