DOSSIER MONDIALISATION- La crise sanitaire, qui a bloqué du jour au lendemain les échanges mondiaux, puis la guerre en Ukraine, avec son lot de sanctions et de blocus, ont-elles chamboulé le commerce mondial ? Au cœur de ces échanges, les logisticiens font figure de témoins privilégiés des mutations en cours : si l'Occident n'est pas encore prêt à s'émanciper de la Chine et qu'il ne faut pas s'attendre à un bouleversement en quelques mois, ou quelques années, de nouvelles tendances de fond, comme le « nearshoring » qui consiste à produire près des centres de consommation ou encore les...... s écologiques qui poussent les entreprises à verdir leur bilan, émergent et devraient structurer à l'avenir le commerce mondial. Décryptage.
Il y a quelques semaines, lors du Paris Air Forum, Marie-Christine Lombard résumait bien la situation des acteurs du transport de marchandises. La PDG de Geodis, filiale de la SNCF dédiée au fret, déclarait : « Nous suivons nos clients là où ils vont en gérant leur logistique mondiale. À partir du moment où il y a une globalisation, qui existe depuis les années 1990 ou à peu près, tous les produits que nous consommons sont faits en Chine - je raccourcis -, il faut rapatrier ces produits finis ou semi-finis pour qu'ils aillent vers les marchés de consommation. » Route, ferroviaire, maritime ou aérien, charge aux logisticiens de bâtir une chaîne logistique robuste pour assurer ce transport, dans les temps et les coûts adaptés. Pourtant, de nouveaux facteurs sont venus se superposer de plus en plus fortement à ces critères économiques : géopolitique, prévisibilité, écologie... Au point de redéfinir des schémas ancrés depuis une trentaine d'années, laissant présager d'une première fragmentation de la mondialisation.
La guerre qui s'est déclenchée fin février avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie a été assurément un choc pour l'économie mondiale, avec un renforcement de l'inflation, une aggravation de la crise énergétique et un haut niveau d'incertitude. Une situation qui n'est assurément pas anodine pour le transport de marchandises mondial. Toujours au Paris Air Forum, Bob Lange, vice-président en charge de l'analyse commerciale et des prévisions de marché d'Airbus, commençait déjà à percevoir une situation macroéconomique laissant présager d'un tournant dans le dynamisme actuel du fret aérien.
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La guerre en Ukraine, facteur secondaire
Pourtant, plusieurs acteurs de la logistique ne voient pas ce conflit comme un élément premier dans les perturbations actuelles de la logistique mondiale. C'est le cas de Henri Le Gouis, directeur général Europe de Bolloré Logistics : « Je vois la guerre en Ukraine plus comme un facteur aggravant que comme un facteur déclenchant. Avant tout parce que l'Ukraine et la Russie pesaient marginalement dans les échanges mondiaux. » Il explique ensuite que le flux de marchandises vers l'Ukraine et la Russie s'est vite tari. S'il reste un peu d'activité résiduelle, la principale difficulté réside dans la gestion des sanctions à l'encontre de la Russie, avec des obligations strictes de mise en conformité, et de gestion des risques en zone de guerre pour l'Ukraine.