A400M : bras de fer entre Airbus et le ministère de la Défense

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Décidément les négociations entre la direction générale de l'armement et Airbus restent compliquées sur la calendrier de livraison du premier appareil pour l'armée de l'air française et sur le soutien des A400M. Le patron de la DGA, Laurent Collet-Billon, évoque "un petit bras de fer".

Le programme A400M reste dans une zone de turbulences. La direction générale de l'armement (DGA) et Airbus Military n'arrivent toujours pas à mettre d'accord et les négociations sont compliquées. Et la DGA met la pression. "Il y a un petit bras de fer entre lui et nous (l'industriel, ndlr)", confirme officiellement le délégué général pour l'armement (DGA), Laurent Collet-Billon. Quels sont les points de divergence entre les deux parties ? Pour le patron de la DGA, "l'industriel pense pouvoir obtenir la certification civile au mois de janvier, puis la certification et la qualification militaire deux mois après mais notre estimation est qu'il lui faudra plus de temps. Nous disons à l'industriel que nous ne pouvons pas accepter l'avion sans cette certification militaire et sans une proposition de soutien qui soit financièrement raisonnable. Il y a donc un petit bras de fer entre lui et nous, mais qui se résoudra le moment venu, entre gens raisonnables. Quant à la lacune capacitaire elle est gérée, notamment par l'affrètement d'avions gros porteurs".

Le premier appareil opérationnel en juin 2013?

Début octobre, Laurent Collet-Billon avait rappelé devant les députés qu'il était "important de livrer le premier appareil en 2013 à l'armée de l'air française pour qu'elle puisse commencer à former des équipages et à planifier des pré-capacités opérationnelles. Le premier A400M devrait être opérationnel en juin 2013". Aujourd'hui, le patron de la DGA rappelle que l'échéancier de livraison prévoit trois A400M en 2013 "si nous sommes en mesure d'accepter le premier, nous serons en mesure d'accepter les deux autres". Le premier appareil sera adapté aux opérations de parachutistes et au transport logistique. "Nous l'accepterons si la soute est totalement opérationnelle en mai prochain", explique le chef d'état-major de l'armée de l'air, le général Denis Mercier. "Le rythme de livraison de l'A400M tel qu'il est prévu est assez intensif jusqu'en 2025, et nous en aurons reçu déjà une trentaine vers 2017-2018", indique-t-il. Par ailleurs, selon des sources concordantes, les essais en vol pour la certification de l'appareil ont enfin repris la semaine dernière.

Déficit de capacité de transport critique

Des divergences qui ne font pas les affaires du patron de l'armée de l'air, le général Denis Mercier, qui rappelle que "l'arrivée des premiers A400M est inscrite dans le PLF 2013, marquant une étape importante" car "le déficit de notre capacité de transport est critique : le maintien des compétences de nos équipages est de plus en plus difficile et nos capacités sont fragilisées". Et de souligner que "si l'A400M devait encore avoir du retard, notre capacité à assurer l'évacuation de nos ressortissants en cas de crise serait remise en cause. L'A400M va démultiplier nos possibilités : il permettra, par exemple, de transporter quatre fois plus de charges qu'un Transall vers Dakar ou N'Djamena en deux fois moins de temps. On ne mesure pas bien aujourd'hui combien l'arrivée de l'A400M va apporter d'innovations et bouleverser nos modes d'action, et nous devons tout faire pour que le premier soit mis en en service dès le printemps 2013, tel que prévu aujourd'hui". Il aura son premier A400M, selon le délégué général pour l'armement, à la fin du printemps.

Sur son emploi, le général Mercier prévoit avec l'A400M et les MRTT (Multi-Role Tanker Transport) "d'assurer des lignes régulières vers les DOM-COM et de mutualiser des capacités de transport avec d'autres ministères, qui se tournent aujourd'hui vers des affrètements coûteux et de mieux réagir aux surprises stratégiques. Ils permettront donc de revoir nos principes de prépositionnement de forces et d'équipements".

L'A400M, un programme pivot pour des coopérations européennes

Les deux avions - A400M et MRTT - vont offrir "des perspectives de coopérations européennes très fortes", assure le général Denis Mercier. "En nous adossant au commandement européen du transport aérien, l'EATC, qui a montré sa pertinence lors d'Harmattan, nous pouvons envisager de créer une véritable escadre européenne dont l'A400M sera le fer de lance", explique-t-il. Selon le général Mercier, "la mutualisation européenne c'est d'abord un accord sur les normes de réparation et les pièces de rechange comme cela existe au niveau civil. Je suis persuadé que c'est par les normes que l'Europe de la défense avancera. Pour le MRTT une partie est mutualisable hors dissuasion comme l'emploi ou la formation. L'EATC est un exemple remarquable de bourse d'échange qui aboutit à constituer une véritable escadre européenne sur laquelle il faut continuer à capitaliser".

Le dossier des normes de navigabilité

L'ensemble de ces capacités sont "ouvertes aux coopérations européennes". Le général Mercier rappelle que pour l'A400M, il existe une coopération bilatérale avec les allemands pour la formation et avec le Royaume Uni pour un soutien commun. Mi-octobre, il avait indiqué devant les députés que "le dossier sur lequel il faudrait maintenant avancer est celui des normes et de la navigabilité, car cela permettrait de se diriger vers un véritable soutien commun". La France et la Grande-Bretagne travaillent  sur ce dossier avec l'objectif d'échanger les pièces de rechange des avions qu'il soit français et britannique. "Cela serait possible pour les seules missions logistiques, qui répondent à des normes civiles. Cela ne l'est pas pour une flotte tactique car les dommages causés par les combats ou le vieillissement ne sont pas pris en compte de la même manière", avait-il expliqué. Et de regretter qu'il n'est pas possible "d'associer les Allemands à notre réflexion mais ils ont une utilisation moindre de leurs avions tactiques". L'objectif de Paris, c'est aussi d'aller "vers un ciel unique militaire européen, à l'image de ce qui existe déjà pour le ciel unique civil", veut croire le chef d'état-major de l'armée de l'air.

Nouveaux retards annoncés fin août

Le constructeur Airbus Military avait prévenu fin août d'un retard dans la livraison du premier exemplaire de l'A400M, qui devait être initialement livré au premier trimestre 2013, mais ne le sera qu'"au deuxième". Lors du salon de Farnborough (Royaume-Uni) en juillet dernier, le constructeur s'était pourtant montré convaincu de livrer dans les temps à la France début 2013 le tout premier appareil, malgré des problèmes de moteur qui l'avaient privé de démonstration en vol. Un problème de pignon dans la boite de transmission de puissance, qui commande la vitesse et le sens de rotation de l'hélice des turbopropulseurs, avaient en effet contraint Airbus à renoncer par prudence aux démonstrations en vol à Farnborough.

Airbus prévoit une livraison au plus tard fin mars

Airbus Military prévoyait initialement une livraison au plus tard à la fin mars 2013. En conséquence de ce "problème de moteur", les procédures de certification "sont à présent repoussées au premier trimestre de l'année prochaine" et "seront suivies par la première livraison aux forces aériennes françaises au deuxième trimestre 2013". Le constructeur avait fait également état d'un "léger impact" sur la livraison du deuxième appareil français tandis que le premier appareil destiné à l'armée turque et le troisième destiné à l'armée française "restent normalement programmés avant la fin 2013". "En dépit de cela, nous maintenons notre plan global de livraison de quatre appareils en 2013" et "les autres livraisons en 2014 et au-delà se dérouleront comme prévu", avait souligné Airbus Military.

L'A400M, financé par sept pays européens (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Grande-Bretagne, Luxembourg et Turquie) a connu quatre ans de retard et des dépassements de coûts de 6,2 milliards d'euros, soit environ 10 % du coût total du programme. Les pays participants ont accepté en 2011 après d'âpres négociations de revoir le contrat initial, et de partager les surcoûts avec EADS, la maison mère d'Airbus.

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Commentaires
a écrit le 14/11/2012 à 22:11 :
Le programme A400M est une belle opportunité pour rattraper le couac BAE-EADS. Ce genre de programme est peut-être moins ambitieux ou utopique, mais il a l'avantage d'être plus réaliste et d'intégrer les participants selon leur volonté et leurs moyens, sans discrimination et sans pression de nature boursière ou autre. J'ai hâte de voir voler ce magnifique appareil.
a écrit le 14/11/2012 à 18:02 :
oh oh on parle de l'A400M et non de la Turquie
a écrit le 14/11/2012 à 13:21 :
je suis désolé mais la Turquie ne fait pas partie de l'UE ou même de l'Europe, il serait judicieux de mettre par exemple "L'A400M, financé par six pays européens (Allemagne...) et un allié (Turquie)".

cordialement
Réponse de le 14/11/2012 à 13:53 :
Beaucoup ne veulent pas de la Turquie en Europe!
Réponse de le 14/11/2012 à 14:55 :
@ jeanlucesi - Qu'on le veuille ou non, la Turquie est liée à l'Europe. Outre ses liens historiques, comme l'architecture byzantine reconnaissable par exemple à la cathédrale San Marco à Venise, la Turquie est reliée géographiquement, donc physiquement, par son territoire qui s'étend à cheval sur les deux continents que sont l'Europe et l'Asie. En outre, une portion importante de la population turque a aussi des liens très étroits avec les pays d'Europe, soit par des liens familiaux soit par affinité. Le fait de dire que la Turquie n'a pas sa place en Europe est une erreur de jugement par rapport aux liens réels, mais aussi, et cela est plus grave, une erreur diplomatique qui a provoqué une radicalisation de la vie politique locale et un recul du désir d'adhésion à l'UE, suite à une attitude de rejet. Ceci est d'autant plus regrettable que la Turquie est un allié loyal qui n'a jamais failli à ses engagements vis-à-vis de l'Europe. D'une certaine manière, la Turquie est une chance pour l'Europe, un trait d'union avec l'Asie, un peu comme la Grande-Bretagne est un trait d'union avec les Etats-Unis d'Amérique.
Réponse de le 14/11/2012 à 16:06 :
Vu les difficultés à faire fonctionner l'union européenne il serait peut etre plus judicieux d'imaginer d'autres formes de partenaria ,quant à la grande bretagne est elle réellement dans l'ue ?
Point de vue personnel, la Turquie est une grande nation avec son histoire et sa culture amenée un role important comme les Bric en économie mais plus encore en politique et en diplomatie en raison de sa situation géographique au carrefour de l'europe,l'asie centrale,le moyen orient ,l'Afrique du nord
Pourquoi vouloir s'empètrer à tout prix dans la bureaucratie et l'usine à gaz de Bruxelles alors que son salut peut venir d'ailleurs ? .
Réponse de le 14/11/2012 à 16:11 :
Belle réponse de Tony. Rien à ajouter :)
Réponse de le 14/11/2012 à 16:23 :
@ Titi - Merci. Bien à vous.
Réponse de le 14/11/2012 à 16:35 :
La Turquie est surtout un sac d'embrouilles incommensurable avec des frontières ultra chaude, ce serait pour l?Europe un boulet supplémentaire d'un autre genre que ceux déjà trainés par l?Europe et nous n'en avons franchement pas besoin. Ce serait une dilution et un frein de plus à la réalisation des objectifs de l?Europe qui n'a pas a avoir de vocation universelle mais strictement européenne.

Réponse de le 14/11/2012 à 17:00 :
@Tony Meuter ne confondez vous pas l'Europe et l'OTAN ?

Pensez que les Turcs se définissent et mènent leur politique intérieur à cause de la position de l'union européenne à leurs égards est bien présomptueux. Ah... mais vous n'êtes peut être pas européen ?

Réponse de le 14/11/2012 à 17:54 :
Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures. Je trouve assez déplaisant que l'on utilise mon nom pour faire des commentaires inappropriés. Aussi, je ne ferai plus aucun commentaire. Bonne soirée. Michel Cabirol
Réponse de le 14/11/2012 à 21:52 :
@ Jarod - Les soucis que vous évoquez sont une raison de plus pour soutenir la Turquie, dans notre intérêt mutuel. Faisons abstraction de notre ethnocentrisme, il y a lieu de se préoccuper aussi du manque de cohésion au sein de l'UE.

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