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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

Thales : l'ex-patron de Vivendi Jean-Bernard Lévy tient la corde pour succéder à Luc Vigneron

Michel Cabirol

Publié le 19 décembre 2012 à 05:14

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Selon des sources concordantes, Jean-Bernard Lévy devrait être nommé à la tête de Thales lors d'un conseil d'administration qui doit se tenir jeudi matin. Un accord aurait été trouvé entre l'Etat et la maison Dassault, les deux principaux actionnaires du groupe d'électronique.

C'est assurément un dénouement assez inattendu dans le dossier Thales. Car selon plusieurs sources concordantes, l'ex-patron de Vivendi, Jean-Bernard Lévy devrait succéder à Luc Vigneron, qui était mardi soir convoqué à son retour d'Abu Dhabi à Bercy pour se voir signifier officiellement son éviction. L'outsider a donc profité de la neutralisation des deux candidatures internes, Pascale Sourisse soutenue par l'Etat et Reynald Seznec, favori de Dassault Aviation, pour devenir par défaut incontournable pour les deux principaux actionnaires (Etat et Dassault Aviation), soucieux finalement de ne pas faire traîner de trop ce dossier embarrassant. Un dossier qui, explique-t-on à "La Tribune", s'est dénoué dans la soirée de lundi entre l'Etat et Dassault Aviation, qui présente ce mercredi à Istres à quasiment toute la presse française son démonstrateur nEUROn, un drone de combat réalisé dans le cadre d'une coopération européenne.

Une information qui a été confirmée ce mercredi à Istres par le PDG de Dassault Aviation, Charles Edelstenne. "C'est au cours de ce conseil d'administration que sera décidé le futur président de Thales", a-t-il précisé lors d'un point presse à l'occasion de la présentation du démonstrateur de drone de combat Neuron sur la base militaire d'Istres. Il a ensuite précisé à des journalistes que l'Etat et Dassault Aviation, qui détiennent respectivement 27% et 26% du capital de Thales, s'étaient entendus sur le nom de Jean-Bernard Lévy, qui a quitté début juillet la présidence du directoire du groupe de télécoms et de divertissement Vivendi. "Il faut qu'il ramène le calme dans la société et après qu'il commence à travailler et on discutera à ce moment-là, l'APE (l'Agence des participations de l'Etat) et moi l'actionnaire, tous les deux, pour remettre les choses au clair", a-t-il observé. "Je n'ai pas beaucoup apprécié tout ce qu'il s'est passé depuis la veille de l'arrivée de Luc Vigneron et qui a continué pendant tout le temps", a-t-il ajouté.

Quelle réaction des syndicats

Pour autant, cette nomination, si elle était confirmée jeudi matin par le conseil d'administration de Thales, soulève des interrogations, qui peuvent se transformer très rapidement en frustrations, voire en crispations. Notamment du côté des syndicats qui militaient très vivement pour la nonimation d'un(e) candidat(e) interne pour succéder à Luc Vigneron, qui lui-même avait l'objet d'une défiance inédite de leurs parts. Les organisations syndicales avaient pendant plusieurs mois refusé de le rencontrer, boycottant le dialogue social tout cet automne au sein de Thales. Ce qui a in fine coûté son poste à l'ancien PDG de Nexter. Quelle sera la réaction des syndicats à la nomination de Jean-Bernard Lévy, un ancien directeur de cabinet de Gérard Longuet qui a un profil très financier.

Un binome pour équilibrer ?

L'Etat, qui a pourtant longtemps soutenu la candidature de Pascale Sourisse en charge d'une partie de l'international, pourrait se voir reprocher d'avoir cédé à Dassault Aviation et de ne pas avoir fait le job jusqu'au bout . A savoir équilibrer les pouvoirs entre Jean-Bernard Lévy, qui vient de l'extérieur, et un homme du sérail. Ce que la maison Dassault a parfaitement fait chez elle en nommant Eric Trappier PDG à la place de Charles Edelstenne et... Loïk Segalen, directeur général délégué, dans un souci de complémentarité entre les deux hommes. Pourquoi ne pas rééditer ce schéma de gouvernance chez Thales ? Ce qui permettrait au groupe de se mettre rapidement en état de marche, sans aucune transition. C'est ce que l'Etat avait pourtant déjà proposé à Dassault Aviation. L'ex-patron d'EDF, François Roussely, très actif en coulisse sur ce dossier, a été à l'origine de l'idée du binome Seznec-Caine dans un souci de compromis avec Dassault Aviation. Sans succès.

Un remake de 2009

Il faut dire que Charles Edelstenne, très malin, a bien manoeuvré l'Etat comme à son habitude. Ne voulant abolument pas de Pascale Sourisse à la tête de Thales en raison de sa trop grande indépendance supposée, il a trouvé un contre-feux et fait monter au front le soldat Reynald Seznec, candidat surprise de la maison Dassault. Une candidature qui a permis de neutraliser celle de Pascale Sourisse. Un "remake" de la succession de Denis Ranque, le prédécesseur de Luc Vigneron, en 2009 où Charles Edelstenne s'était servi durant de longues semaines de François Quentin pour torpiller la candidature d'Alexandre de Juniac, alors candidat de l'Etat. Imparable deux fois...

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Des anciens d'EDF très actifs

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Enfin, quel est le rôle exact de la filière EDF dans ce dossier et ses liens avec Jean-Bernard Lévy ? Sachant que François Roussely, très introduit dans le gouvernement actuel, a été actif tout comme l'actuel PDG, Henri Proglio, quant à lui très proche de Serge Dassault et qui siège au conseil des sages de la maison Dassault. On retrouve également le directeur de cabinet du ministre de la Défense, Cédric Lewandowski, un ancien d'EDF, et enfin l'actuel président du CNES et du comité de nomination du conseil d'administration de Thales, Yannick d'Escatha, lui aussi passé par l'énergéticien tricolore. C'est l'une des bizareries de ce dossier. D'autant que les auditions des trois candidats se sont étrangement déroulées vendredi au siège d'EDF en présence de Charles Edelstenne... qui lui ne fait pas partie du comité de nomination tout comme d'ailleurs le directeur général de l'Agence des participations de l'Etat (APE), David Azéma, qui s'est invité à la place de l'administrateur habituel de l'APE.

Michel Cabirol

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