Thales : l'ex-patron de Vivendi Jean-Bernard Lévy tient la corde pour succéder à Luc Vigneron

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L'ex-président du directoire de Vivendi, Jean-Bernard Lévy Copyright Reuters
L'ex-président du directoire de Vivendi, Jean-Bernard Lévy Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Selon des sources concordantes, Jean-Bernard Lévy devrait être nommé à la tête de Thales lors d'un conseil d'administration qui doit se tenir jeudi matin. Un accord aurait été trouvé entre l'Etat et la maison Dassault, les deux principaux actionnaires du groupe d'électronique.

C'est assurément un dénouement assez inattendu dans le dossier Thales. Car selon plusieurs sources concordantes, l'ex-patron de Vivendi, Jean-Bernard Lévy devrait succéder à Luc Vigneron, qui était mardi soir convoqué à son retour d'Abu Dhabi à Bercy pour se voir signifier officiellement son éviction. L'outsider a donc profité de la neutralisation des deux candidatures internes, Pascale Sourisse soutenue par l'Etat et Reynald Seznec, favori de Dassault Aviation, pour devenir par défaut incontournable pour les deux principaux actionnaires (Etat et Dassault Aviation), soucieux finalement de ne pas faire traîner de trop ce dossier embarrassant. Un dossier qui, explique-t-on à "La Tribune", s'est dénoué dans la soirée de lundi entre l'Etat et Dassault Aviation, qui présente ce mercredi à Istres à quasiment toute la presse française son démonstrateur nEUROn, un drone de combat réalisé dans le cadre d'une coopération européenne.

Une information qui a été confirmée ce mercredi à Istres par le PDG de Dassault Aviation, Charles Edelstenne. "C'est au cours de ce conseil d'administration que sera décidé le futur président de Thales", a-t-il précisé lors d'un point presse à l'occasion de la présentation du démonstrateur de drone de combat Neuron sur la base militaire d'Istres. Il a ensuite précisé à des journalistes que l'Etat et Dassault Aviation, qui détiennent respectivement 27% et 26% du capital de Thales, s'étaient entendus sur le nom de Jean-Bernard Lévy, qui a quitté début juillet la présidence du directoire du groupe de télécoms et de divertissement Vivendi. "Il faut qu'il ramène le calme dans la société et après qu'il commence à travailler et on discutera à ce moment-là, l'APE (l'Agence des participations de l'Etat) et moi l'actionnaire, tous les deux, pour remettre les choses au clair", a-t-il observé. "Je n'ai pas beaucoup apprécié tout ce qu'il s'est passé depuis la veille de l'arrivée de Luc Vigneron et qui a continué pendant tout le temps", a-t-il ajouté.

Quelle réaction des syndicats

Pour autant, cette nomination, si elle était confirmée jeudi matin par le conseil d'administration de Thales, soulève des interrogations, qui peuvent se transformer très rapidement en frustrations, voire en crispations. Notamment du côté des syndicats qui militaient très vivement pour la nonimation d'un(e) candidat(e) interne pour succéder à Luc Vigneron, qui lui-même avait l'objet d'une défiance inédite de leurs parts. Les organisations syndicales avaient pendant plusieurs mois refusé de le rencontrer, boycottant le dialogue social tout cet automne au sein de Thales. Ce qui a in fine coûté son poste à l'ancien PDG de Nexter. Quelle sera la réaction des syndicats à la nomination de Jean-Bernard Lévy, un ancien directeur de cabinet de Gérard Longuet qui a un profil très financier.

Un binome pour équilibrer ?

L'Etat, qui a pourtant longtemps soutenu la candidature de Pascale Sourisse en charge d'une partie de l'international, pourrait se voir reprocher d'avoir cédé à Dassault Aviation et de ne pas avoir fait le job jusqu'au bout . A savoir équilibrer les pouvoirs entre Jean-Bernard Lévy, qui vient de l'extérieur, et un homme du sérail. Ce que la maison Dassault a parfaitement fait chez elle en nommant Eric Trappier PDG à la place de Charles Edelstenne et... Loïk Segalen, directeur général délégué, dans un souci de complémentarité entre les deux hommes. Pourquoi ne pas rééditer ce schéma de gouvernance chez Thales ? Ce qui permettrait au groupe de se mettre rapidement en état de marche, sans aucune transition. C'est ce que l'Etat avait pourtant déjà proposé à Dassault Aviation. L'ex-patron d'EDF, François Roussely, très actif en coulisse sur ce dossier, a été à l'origine de l'idée du binome Seznec-Caine dans un souci de compromis avec Dassault Aviation. Sans succès.

Un remake de 2009

Il faut dire que Charles Edelstenne, très malin, a bien manoeuvré l'Etat comme à son habitude. Ne voulant abolument pas de Pascale Sourisse à la tête de Thales en raison de sa trop grande indépendance supposée, il a trouvé un contre-feux et fait monter au front le soldat Reynald Seznec, candidat surprise de la maison Dassault. Une candidature qui a permis de neutraliser celle de Pascale Sourisse. Un "remake" de la succession de Denis Ranque, le prédécesseur de Luc Vigneron, en 2009 où Charles Edelstenne s'était servi durant de longues semaines de François Quentin pour torpiller la candidature d'Alexandre de Juniac, alors candidat de l'Etat. Imparable deux fois...

Des anciens d'EDF très actifs

Enfin, quel est le rôle exact de la filière EDF dans ce dossier et ses liens avec Jean-Bernard Lévy ? Sachant que François Roussely, très introduit dans le gouvernement actuel, a été actif tout comme l'actuel PDG, Henri Proglio, quant à lui très proche de Serge Dassault et qui siège au conseil des sages de la maison Dassault. On retrouve également le directeur de cabinet du ministre de la Défense, Cédric Lewandowski, un ancien d'EDF, et enfin l'actuel président du CNES et du comité de nomination du conseil d'administration de Thales, Yannick d'Escatha, lui aussi passé par l'énergéticien tricolore. C'est l'une des bizareries de ce dossier. D'autant que les auditions des trois candidats se sont étrangement déroulées vendredi au siège d'EDF en présence de Charles Edelstenne... qui lui ne fait pas partie du comité de nomination tout comme d'ailleurs le directeur général de l'Agence des participations de l'Etat (APE), David Azéma, qui s'est invité à la place de l'administrateur habituel de l'APE. 

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a écrit le 19/12/2012 à 18:53 :
De toute façon encore un looser polytechnicien, sorti non pas de l'entreprise mais d'un cercle d'amis qui verrouillent toute l'industrie française.
a écrit le 19/12/2012 à 14:37 :
Version Dassault : Le patron du groupe thales ne peut être le résultat d'une promotion interne.
Ainsi Dassault, deuxième actionnaire chez thales réussit pour la deuxième fois, en imposant l'application de son théorème à réaliser le contraire de ce qu'il impose chez lui, à savoir un PDG issu de son groupe.
Le choix Vigneron a montré ses limites, souhaitons que le choix d'aujourd'hui sera gagnant.
L'état premier actionnaire, semble se faire imposer ces choix stratégiques.
Peut être faudrait il confier le dossier à Mr Montebourg pour une privatisation temporaire ?
Réponse de le 19/12/2012 à 15:01 :
Et si justement ce n'était pas l'inverse? En lisant l'article c'est plutôt Lévy grâce à ses connexions politiques qu'il s'est imposé. D'ailleurs Seznec n'était-il pas le choix de Dassault?
Réponse de le 19/12/2012 à 15:19 :
Chacun aura rectifier mais c'est bien d'un nationalisation temporaire dont il est fait échos ici
Réponse de le 19/12/2012 à 15:38 :
Je crois qu'il faut bien lire le $ "remake 2009".
Ensuite il faut savoir que Dassault fait une fixation sur la rentabilité. 12% chez lui, moins de 4% chez thales. Il fait appel à des externes pour imprimer réorganisations & restructurations. Peut être confond il son entreprise ( nationale, moins de 10000 personnes et deux produits ( rafale, falcon ) avec un groupe international de 68000 personnes et une diversité de produits ( communication, spatial, sécurité, avionique civile, avionique militaire etc ). A quand une rationalisation des industries de la défense. Avec Dassault ? Sans Dassault ?
a écrit le 19/12/2012 à 14:36 :
On aurait surtout besoin d'avoir un peu plus de matiÚre sur le fond
Au delà du feuilleton de la nomination qui quelques articles de fond sur les candidats seraient les bien venus. Il y a des nouveaux dans le paysage.
Quel patron pour quelle politique?
C'est qui Patrice Caine? Il a un track record?
La notion de tandem d'équilibre qui semble émerger de cet article est inquiétante. Il faut une politique claire et les tandems de compromis n'y contribuent généralement pas. Si tandem il y a il ne peut être que choisi.
Interne/ externe je ne sais pas. Vu de l'extérieur et au regard du feuilleton il vaut peut être mieux un externe. AprÚs tout il aura un comité de direction sur lequel s'appuyer à condition que cela ne se transforme pas en guerre de tranchées. L'ambition c'est sans doute bien une ambition pour ce groupe et sa filiÚre industrielle ce serait mieux.

a écrit le 19/12/2012 à 12:16 :
La boite va exploser. l'Etat vient de faire une erreur serieuse en recrutant pour la deuxieme fois en externe. Voila le message envoyé à tout le monde: il n'y a pas de manager compétent en interne. Voilà l'ambiance que l'Etat et Dassault ont créé. Levy est un opportuniste aui nùa fait que profiter de son cqrnet d'adresse et ne connait rien aux industries dans lesquels Thales évolue... un désastre assuré
Réponse de le 19/12/2012 à 12:53 :
Suie entièrement d'accord avec vous Jacky.
On a eu un industriel (D. RANQUE) qui a fondé le groupe devenu THALES, puis un incompétent notoire en la personne de Vigneron qui a procédé à des vendanges honteuses dans la classe active des stés du groupe, pour in fine se retrouver avec un type comme Levy, financier et pas industriel, qui ne va que poursuivre les chemins hasardeux qu'empunte le groupe à coup d'externalisation et de dématérialisation, un monde où tout est piloté au résultat financier, où l'on se moque du client etc...
a écrit le 19/12/2012 à 11:28 :
Ne pas oublier que J.B.Levy est un ingénieur du corps des Télécommunications et qui a fait une grande partie de sa carrière dans les télécommunications, il ne devrait pas être dépaysé dans l'environnement très technique de Thales et surtout s'il est secondé par P.Caine .
a écrit le 19/12/2012 à 11:20 :
Thales, c'est une boite qui fait de la musique en ligne ?
Réponse de le 19/12/2012 à 11:38 :
Comprenait-il la musique en ligne avant ? :-)
Réponse de le 19/12/2012 à 12:17 :
exactement... il s'est fait mettre dehors comme un malpropre de Vivendi tout de meme et avec 4M?....
a écrit le 19/12/2012 à 11:12 :
Typique des pratiques politico incestueuses de l'état et des grandes entreprises françaises....échec assuré pour Thales et les autres entreprises de ce type, et de l'emploi qu'elles pourraient générer...le suicide économique français se poursuit.
a écrit le 19/12/2012 à 10:13 :
RIRA BIEN QUI RIRA LE DERNIER........
a écrit le 19/12/2012 à 9:32 :
Et il va émarger à combien , cet homme-là??
Réponse de le 19/12/2012 à 15:13 :
Beaucoup moins que chez Vivendi dont il a un bon paquet de stock options !
a écrit le 19/12/2012 à 8:20 :
et encore le serail... et encore un financier... La situation en interne n'est pas prête de s'améliorer...
Réponse de le 19/12/2012 à 9:56 :
Où est le fond dans cet article?
a écrit le 19/12/2012 à 6:58 :
Ces nominations deviennent grotesques. Ce sont toujours les mêmes, quelle que soit l'activité. Belle leçon pour les cadres sup qui envisageraient la promotion en interne...
Réponse de le 19/12/2012 à 9:26 :
La France n'a toujours pas changé, et 1789 n'a pas suffit, il va vraiment en falloir une deuxième couche...
Réponse de le 19/12/2012 à 16:14 :
Vigneron, Seznec, Levy : tous les 3 sont X promo 73. Quelle originalité et diversité culturelle pour une boite high-tech et innovante....

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