SCAF, MGCS, Eurodrone, Tigre Mark 3, MAWS... Au sortir de l'hiver, les cinq grands programmes lancés en coopération en bilatéral ou en multilatéral en 2017 par la France et l'Allemagne sont alors à des degrés divers tous dans une impasse. Voulu par l'Élysée, l'axe franco-allemand est tout près de vaciller. Certains évoquent alors déjà des plans B, des observateurs demandent l'arrêt d'une coopération à sens unique avec l'Allemagne. Mais le ministère des Armées tient le cap en dépit des grosses tempêtes, qui s'abattent sur ces programme et ébranlent même les certitudes des négociateurs tant les positions semblent très (trop ?) éloignées entre les industriels des deux pays. Pour sortir de toutes ces impasses, l'Hôtel de Brienne mobilise les derniers carrés pour pousser les feux de cette coopération, jugée hautement stratégique par la France, mais peut-être pas autant par l'Allemagne.
Mais, au fil des jours et des semaines, des négociations jusqu'ici bloquées reprennent souvent à l'initiative de Paris, qui tente de trouver des solutions pour aider et convaincre définitivement les Allemands de basculer du bon côté. C'est notamment le cas pour la modernisation du Tigre au standard Mark 3, un programme crucial pour l'armée de Terre française. Sans aucune alerte fin 2020, les Allemands reviennent en début d'année à la table des négociations pour exprimer des "préoccupations sur la disponibilité du Tigre, qui n'avaient pourtant aucun lien avec le Tigre Mark 3", explique la ministre des Armées Florence Parly dans une interview accordée à La Tribune.
Un coup de théâtre qui prend complètement de court le ministère des Armées et l'industriel Airbus Helicopters même si la disponibilité des Tigre est un vrai sujet en Allemagne. Lors du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité de février, Angela Merkel enfonce le clou en déclarant qu'"il y a encore toute une série de négociations à conduire en particulier avec Airbus pour la partie allemande". Des rumeurs laissent même à penser que les forces armées allemandes souhaitent s'offrir des Apache AH-64 plutôt que des Tigre modernisés. Pourtant, la volonté de lancer le Tigre Mark 3 avait été confirmée "à plusieurs reprises", a noté le PDG d'Airbus Helicopters, Bruno Even, dans une interview accordée à La Tribune.