LA TRIBUNE : Pourquoi avez-vous signé pour une startup comme Helsing alors que vous étiez dans un des groupes les plus connus dans le monde, Meta ? Et pourquoi avez-vous sauté le pas dans la défense ?
ANTOINE BORDES : C'est une vraie question. Les deux questions vont d'ailleurs ensemble. Avant d'y répondre, je voudrais juste vous signaler que j'ai réalisé une thèse sur l'intelligence artificielle (IA) qui a été financée en 2010 par la direction générale de l'armement (DGA). Et j'ai gagné le prix de la meilleure thèse financée par la DGA. Puis, je suis allé très naturellement au CNRS où j'ai passé trois ans pour développer ce qu'on appelait à l'époque une technologie de rupture qui était à l'époque l'IA avant d'être recruté par Facebook (devenu Meta aujourd'hui) pour créer un laboratoire de recherche fondamentale, FAIR. C'était une opportunité incroyable quand on veut faire de la recherche fondamentale. Surtout à ce moment-là. C'était dur à refuser. Je n'ai d'ailleurs pas refusé.
Justement pourquoi êtes-vous parti de Meta où vous étiez reconnu ?
J'ai commencé mon aventure à New York mais je suis revenu en France pour monter la branche française de FAIR, puis j'ai codirigé le laboratoire au niveau mondial depuis Paris. J'ai toujours gardé une fibre française assez forte. A Meta, j'ai lancé des partenariats avec l'INRIA, le CNRS, etc... Facebook a signé des accords-cadres en France. Il y a toujours eu en moi une profonde conviction qu'il y a des talents et de l'expertise en France. Cela vaut le coup de rester en France pour développer la technologie ici. C'est le fil rouge de toute ma carrière. En 2022, Helsing m'a fait une proposition. Et cela m'a semblé très naturel de l'accepter. Pourquoi très naturel ? D'un côté, à Meta, en neuf ans j'avais fait tout un cycle : chercheur, manager d'une équipe puis d'un site (Paris), et enfin d'un laboratoire au niveau mondial. En même temps, il y a vraiment l'attrait de la nouveauté dans le projet proposé par Helsing. Les trois raisons qui m'ont décidé : l'IA dans la défense c'est maintenant. Je voulais m'engager pour défendre les démocraties. Et Helsing, c'est la bonne entreprise.