"Il faut inciter les jeunes entrepreneurs à devenir vignerons ! " (Michel Chapoutier, Vins du Rhône)

Si le président d'Inter-Rhône, l'interprofession des vins de la région se réjouit des bons chiffres de l'année 2015 et d'un millésime particulièrement prometteur, il lance un cri d'alarme au sujet d'une "vraie crise de vocation des jeunes".
Mounia Van de Casteele
Michel Chapoutier, président de l'interprofession des vins de la vallée du Rhône, estime que le label AOP justifie un certain niveau de prix.
Michel Chapoutier, président de l'interprofession des vins de la vallée du Rhône, estime que "le label AOP justifie un certain niveau de prix". (Crédits : DR)

"Il existe une vraie crise de vocation des jeunes". Tel était l'amer constat de Michel Chapoutier, président d'Inter-Rhône, jeudi 14 avril, lors de la conférence annuelle des Vins de la vallée du Rhône, qui s'est déroulée à Paris. Selon lui, il est urgent d'offrir la possibilité à de jeunes entrepreneurs de devenir vignerons. Et empêcher ceux qui partent à la retraite de penser qu'ils ont plus intérêt à vendre leur bien à des promoteurs immobiliers en quête de terrains à bâtir... Sans quoi la vallée, qui rassemble pour l'heure quelque 5.000 vignerons identifiés, ne pourra se donner les moyens de ses ambitions. A savoir, monter en gamme et en puissance.

Pas facile d'inciter les jeunes à embrasser une telle carrière, quand on sait que "les 35 heures, les agriculteurs les font trois fois dans la semaine", concède Michel Chapoutier. D'autant qu'un terrain nécessite de lourds investissements les premières années pour un nouvel entrant sur le marché, poursuit-il. Cela représente 500 à 1.700 heures de travail par hectare. Par exemple, un effeuillage nécessite 25 heures de travail par hectare. "Ce sont des heures de travail qu'il faut impérativement rémunérer correctement", explique-t-il. "Il existe un vrai point mort qu'il faut accepter." Faute de quoi, l'exploitation risque de se faire au détriment de la qualité.

De bons chiffres en 2015

Cependant, les chiffres ont été plutôt bons en 2015. Avec notamment le maintien d'un tiers de la commercialisation à l'export. Les AOC de la Vallée du Rhône ont exporté 32% de leurs volumes. Les exportations sont estimées à 940.000 hectolitres, soit une baisse de 4,1% en volume par rapport à 2014. Mais le prix moyen à l'export est en progression. Ce qui leur permet d'être stables en valeur à 459 millions d'euros (contre 457 en 2014).

En France aussi, l'interprofession a constaté une valorisation de l'ensemble des vins de la Vallée du Rhône, avec un prix moyen en hausse de 5,3%. Ce qui va dans la logique de "premiumisation" de la vallée, c'est-à-dire d'une stratégie de valorisation pour l'ensemble  de leur gamme AOP-AOC, explique Michel Chapoutier.

Celui-ci se réjouit ainsi de "25.000 hectolitres gagnés", sortis de la tranche des trois-cinq euros. "Le label AOP justifie un certain niveau de prix", estime le président d'Inter-Rhône, selon lequel "un AOC ne devrait pas être vendu moins de cinq euros". "Nous savons que nous allons perdre certaines parts de marché, mais nous l'assumons", assure-t-il.

D'ailleurs le millésime promet d'être l'un des meilleurs depuis 1986, grâce à des conditions climatiques exceptionnelles, se réjouit Michel Chapoutier. Et de s'enthousiasmer à comparer le cru 2015 aux exceptionnels millésimes 1947, 1965 et 1990.

Faire évoluer l'offre au rythme de la demande

Pas de fausse modestie pour les professionnels de la vallée rhodanienne, qui se voient en conquérants. Aussi bien d'un point de vue économique que qualitatif, expliquait ainsi Michel Chapoutier. "On redevient le vin de bistrot , mais dans le sens de bistronomie", se réjouit-il ainsi. Surtout que les vins du Rhône ont su s'adapter à la demande. La bistronomie mettant de plus en plus les poissons et la viande blanche à l'honneur, la région a décidé de restructurer son offre de vin blanc. Le président de l'interprofession précise ainsi:

"Il ne s'agit pas de blanchir la vallée du Rhône, région traditionnelle de vins rouges et rosés, mais de proposer une offre en adéquation avec la demande"

Pourvu que la main d'oeuvre ne manque pas, et que la relève soit assurée.

Mounia Van de Casteele

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Commentaire 1
à écrit le 16/04/2016 à 20:01
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Tout à fait et je suis même surprise que Normal 1er n'y ait pas pensé, car il aurait pu ajouter qu'augmenter la consommation des sans dents aiderait à réduire le chômage :-)

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