Bourse : LVMH valorisé à plus de 400 milliards d'euros, une première en Europe

Après avoir fit preuve de résilience en Bourse en 2022, le secteur du luxe démarre sur les chapeaux de roues l'année 2023, avec de fortes hausses de 14 à 17 % depuis le début de l'année. Le leader mondial LVMH, dont l'action progresse de 30 % sur les six derniers mois, confirme son rang de première capitalisation européenne et gagne même cinq places au classement mondial. La réouverture de la Chine explique pour l'essentiel l'appétit des investisseurs pour le secteur, dont le profil à la fois défensif et de croissance est également un atout en cas de récession cette année. Analyse.
Le PDG du groupe LMVH, Bernard Arnault.
Le PDG du groupe LMVH, Bernard Arnault. (Crédits : BENOIT TESSIER)

La Fashion Week de Paris, saison Hommes Eté 2023, démarre aujourd'hui sous les meilleurs auspices : la capitalisation du numéro un mondial du luxe, LVMH, a dépassé, pour la première fois de son histoire, les 400 milliards d'euros lors de la séance ce mardi. C'est la première fois qu'une entreprise européenne dépasse ce seuil. Accessoirement, ce nouveau record propulse (à nouveau) la famille Arnault, actionnaire à hauteur de 47,44%, via le holding Dior SE, en tête des grandes fortunes mondiales. Au total, LVMH confirme son rang de première capitalisation européenne et se hisse désormais à la treizième place des capitalisations mondiales, loin derrière le numéro 1 mondial Apple et ses 2.000 milliards d'euros. Le groupe était à la dix-huitième place mondiale il y a un an tout juste.

Cette performance traduit la bonne santé des valeurs du luxe. Après une année 2022 qui a démontré, une fois de plus, la résilience du secteur en Bourse, elles continuent de progresser fortement depuis le début d'année. Ainsi, LVMH gagne près de 16 %, Hermès ou L'Oréal 14 %, et Kering reprend 17 % après une année plus difficile. C'est d'ailleurs bien le secteur du luxe, surpondéré dans l'indice du CAC 40 (30%), qui tire la Bourse de Paris vers le haut, autour des 7.000 points.

La prime Chine

Cette brusque envolée profite de la réouverture économique de la Chine, même si elle apparaît quelque peu chaotique, après trois années de restrictions sanitaires parmi les plus sévères au monde. Pour autant, la performance boursière des valeurs luxe repose avant tout sur des résultats solides sur les neuf premiers mois de l'année 2022. Ce a qui montré au passage que ces valeurs pouvaient s'en sortir très bien sans la clientèle chinoise. Ainsi, LVMH a réalisé un chiffre d'affaires, au 30 septembre 2022, en hausse de 28% à 56,5 milliards d'euros, alors même que l'année 2021 avait déjà été excellente. La maroquinerie confirme son statut de jackpot du luxe, avec des marges indécentes. C'est ce qui a fait la fortune de Hermès, dont la capitalisation a été multipliée par sept en dix ans.

« Ces bons résultats (de LVMH, NDLR) sont essentiellement liés à un effet change qui a été positif de 8% sur la croissance interne du groupe », précise Antoine Fraysse-Soulier, analyste financier chez eToro. Les clients américains (ou de de zone dollar) ont en effet profité d'un euro faible par rapport au dollar pour acheter du luxe, comblant ainsi le manque à gagner de la clientèle asiatique.

Et l'année 2023 s'annonce également porteuse pour le secteur. Le retour de la croissance en Chine et, potentiellement le retour aussi des touristes chinois - ce qui devrait être un mouvement assez lent néanmoins - est mécaniquement un plus pour le chiffre d'affaires des groupes de luxe.

Mais les relais de croissance ne sont pas que asiatiques. « Les catégories sociales supérieures ont encore beaucoup d'épargne, ce qui devrait limiter une éventuelle baisse de leur consommation en cas de ralentissement économique en 2023 », estime Frederik Ducrozet, responsable de la recherche macroéconomique chez Picter Wealth Management.

Valorisations élevées

Le seul sujet d'inquiétude pourrait être les niveaux de valorisations élevées, qui n'ont plus rien à envier aux stars de la Tech. Hermès se paie près de 50 fois ses bénéfices estimés 2022 alors que LVMH capitalise plus de 25 fois ses profits 2022 (contre un multiple moyen de 12 sur l'Eurostoxx 50 ).

« On peut s'attendre à une consolidation car ces valeurs sont peut-être montées trop vite », prévient Alexandre Baradez, responsable des analyses marché chez IG France. Ce dernier explique que la consommation des Chinois pourrait être freinée par la crise immobilière qui a impacté l'épargne des classes moyennes et supérieures. « Nous ne sommes pas non plus à l'abri d'un reconfinement de la Chine, ce qui serait une très mauvaise nouvelle pour le secteur », ajoute Antoine Fraysse-Soulier qui n'estime cependant pas que les sociétés du luxe sont pour l'instant trop valorisées. « Il faudra attendre le deuxième trimestre 2023 pour constater les conséquences positives de la réouverture de la Chine », avance Frederik Ducrozet.

La réalité est surtout que l'appétit des investisseurs reste intact : tous les gérants souhaitent avoir du luxe en portefeuille, y compris pour ceux qui revendique un style de gestion croissance, et la gestion passive ne peut également pas se passer du secteur, du moins en Europe.

Des trajectoires différentes

Toutes les valeurs du secteur ne se valent cependant pas. « La diversification est essentielle dans ce secteur », insiste Antoine Fraysse-Soulier. Ainsi, LVMH, qui s'est fortement diversifié aux Etats-Unis avec le rachat du joaillier Tiffany en 2021, a profité à plein de l'envolée du dollar.

En revanche, Kering a du mal à s'extraire du poids de Gucci, qui représente plus de la moitié du chiffre d'affaires, mais surtout 75% de son résultat opérationnel en 2021. Or, les recettes de Gucci, qui ont fait son incroyable réussite ces dernières années, commencent à s'essouffler et le départ de son emblématique directeur artistique, Alessandro Michele et le changement radical du style de la maison déstabilisent logiquement les investisseurs.

Hermès est l'exemple même de l'emballement de la Bourse pour un titre, qui repose sur des marges exceptionnelles. C'est Hermès qui a pratiquement inventé le concept de la montée en gamme permanente : faire monter les prix plutôt que la production. Et ça marche et les clients doivent parfois attendre un an avant d'acheter certains sacs emblématiques de la gamme (malgré des prix très élevés). On retrouve un peu l'univers des « supercars » de luxe comme Ferrari ou Lamborghini.

« La marque a une clientèle très fidèle qui est prête à acheter ses biens même si leurs prix montent beaucoup », confirme Antoine Fraysse-Soulier. Hermès affiche ainsi une marge bénéficiaire nette de 28% en 2022, contre 18% pour LVMH et de 19% pour Kering. Mais le petit frère de LVMH est aussi beaucoup plus fragile. « Hermès n'est pas très diversifié et est beaucoup plus chèrement valorisé en bourse que ses concurrents, deux fois plus que LVMH», nuance l'analyste.

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Commentaires 13
à écrit le 18/01/2023 à 11:49
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Les dix familles les plus riches de France (Arnault, Hermès, Bettencourt, Wertheimer, Pinault, Dassault, Mulliez, Omidyar, Castel, Drahi), ont accru leur fortune de 20% pendant le covid ! Pourquoi ne prouvent-elles pas leur patriotisme et leur empath...

le 18/01/2023 à 18:20
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@S. Deller: Pour pouvoir distribuer cet accroissement de leur richesse, ces familles devraient vendre ce qui les constitue: les créances qu'elles possèdent sur leurs entreprises, c'est-à-dire leurs actions; aucun doute qu'elles en tireraient une bell...

à écrit le 17/01/2023 à 21:22
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Quand le futile du futile atteint des sommets alors qu'au même moment, on affirme qu'il n'y a pas d'argent pour ce qui est prioritaire (santé, environnement, etc.).... on doit s'interroger et surtout, ne pas s'étonner que la contestation s'accroit.

à écrit le 17/01/2023 à 18:50
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Je suis étonné que 3 géants du pétrole européen, notemment les britanniques BP ou la néerlandaise Shell n'ait pas déjà dépassé ce seuil des 400 milliards Bravo à LVMH. Comme quoi, vendre des sacs à main et du prêt à porter peut vous faire atteindre ...

à écrit le 17/01/2023 à 18:12
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Le luxe a une importance qui va bien au delà des simples dividendes.

à écrit le 17/01/2023 à 18:05
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On entend déjà le cocorico des franchouillards. Portées par la flambée des cours de la Bourse, les grandes fortunes se sont envolées au cours des dix dernières années : sur 100 dollars de richesse créée, 54,4 dollars sont allés dans les poches des 1%...

le 17/01/2023 à 20:27
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Comment faut il expliquer aux gens que ces "fortunes" ne sont basées que sur une fluctuation du cour de bourse et ne représentent pas une réalité physique. Lorsque la "fortune" de Musc est passée de 337 milliards à 117 en un an la nature de ce qu'l l...

à écrit le 17/01/2023 à 17:51
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Chacun devrait pourtant savoir que les programmes de rachat d'actions propres dopent mécaniquement les cours en bourse!

le 19/01/2023 à 1:36
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Oui, c'est même fait pour cela!

à écrit le 17/01/2023 à 17:31
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L'action LVMH profite du désintérêt des investisseurs pour la tech mais le groupe n'en demeure pas moins une incontestable réussite.

à écrit le 17/01/2023 à 17:06
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Merci Mr Arnault de porter les couleurs de la France partout dans le monde. Vous êtes un modèle de réussite que j'admire. Bravo!!!

le 17/01/2023 à 18:32
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Chez un individu, le syndrome du larbin est un comportement pathologique visant à prendre systématiquement la défense des classes les plus favorisées au détriment de celles dont il est issu. Ce syndrome diminue les capacités d’analyse du larbin et se...

le 17/01/2023 à 19:10
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@Vidal. Depuis 2020, l'action LVMH a été portée par >>les mesures d'aide à l'économie par les gouvernements et les banques centrales << par la progression de ses ventes malgré l'envolée des prix et, plus récemment, par la réouverture économique de la...

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