Atos, Renault, Kellogg.... : pourquoi de grand industriels scindent leurs activités

La mode est au « spin-off » chez les grands industriels mondiaux mais aussi français. Cette méthode de scission d'entreprise, qui permet d'isoler une branche d'activité pour en faire une entreprise à part entière, séduit aussi bien les entreprises en difficulté comme Atos que les géants énergétiques très profitables en pleine flambée des profits. Comment expliquer cet engouement pour la scission d'activités ? Cela tient-il à la conjoncture ? Cela va-t-il durer ? La Tribune fait le point sur cette tendance venue du capitalisme anglo-saxon.
Le directeur général de Renault Luca de Meo compte isoler les activités dans l'électrique du constructeur pour le relancer.
Le directeur général de Renault Luca de Meo compte isoler les activités dans l'électrique du constructeur pour le relancer. (Crédits : STEPHANE MAHE)

Les scissions d'entreprise se multiplient. Appelées « spin-off » dans le monde anglo-saxon, ces opérations consistent à transformer une branche d'activité d'un groupe en une nouvelle entreprise indépendante. Ces dernières semaines, deux grands noms du capitalisme français en difficulté ont dévoilé des projets de scission en plusieurs entités. Atos, l'un des fleurons français de la tech, et surtout Renault qui prévoit de se séparer en deux branches distinctes : l'une pour les voitures électriques et l'autre pour les véhicules à moteur thermique. Outre-Atlantique, Johnson & Johnson, General Electric ces derniers mois et Kellogg la semaine dernière ont évoqué ou acté des projets de scission. Dans le conseil, les géants du secteur comme EY s'y mettent aussi. Comment expliquer cet engouement soudain pour ce découplage ? Est-ce un choix dicté par des impératifs financiers ? Y a-t-il un intérêt industriel ? La Tribune fait le point.

Pourquoi de grandes entreprises décident-elles de se scinder ?

Une scission d'entreprise est d'abord une opération financière qui vise à mieux valoriser une branche d'activité, en la séparant des autres métiers d'un groupe pour ensuite l'introduire en Bourse dans la plupart des cas. Il s'agit en général d'une entité promise à un bel avenir comme des activités dans la transition écologique. Il existe par exemple une tendance de fond dans le secteur énergétique chez ENI, ThyssenKrupp ou Repsol à faire des scissions de divisions hydrogènes ou renouvelables pour augmenter leur valorisation. « Les « spin-off » se font selon des cycles économiques. Aujourd'hui le cycle est porteur notamment pour scinder les branches renouvelables. Les entreprises des renouvelables sont bien vues, valorisées et les plans de relance, de transformation écologique débloqués par les Etats leur offrent une manne financière abondante », explique à La Tribune Matthias Desmarais, responsable de la recherche chez ODDO BHF, qui constate que les « spin-off » sont « plus fréquents dans les économies anglo-saxonnes en raison d'une forte culture de l'ingénierie financière ».

Pourquoi Atos et Renault optent pour des scissions ?

Au-delà de la valorisation, une opération de scission revêt une dimension stratégique. La nouvelle entreprise formée dispose d'abondantes ressources financières pour croître en réalisant des acquisitions. Par ailleurs, alors qu'une multinationale qui cumule une multitude de métiers peut souffrir d'inertie, les branches devenues indépendantes à la suite d'une scission peuvent, selon Matthias Desmarais d'ODDO BHF, « gagner en efficacité en se recentrant sur une seule activité. De grands groupes comme Atos ou Renault cherchent un second souffle à travers un spin-off, qui permette de se repositionner sur l'électrique chez Renault, de simplifier la structure ».

Quid de la dégradation de la conjoncture économique ?

Le retour d'une inflation violente, les tensions sur les chaînes d'approvisionnement et l'appréhension autour d'une éventuelle récession constituent autant de signes d'essoufflement de l'économie mondiale. Le recours à des scissions va-t-il pour autant en pâtir ? Rien n'est moins sûr. « Même s'il y a un retournement de cycle, les spin-off ne devraient pas s'arrêter. A l'inverse, cela devrait forcer les entreprises à gagner en efficacité pour mieux résister en cas de récession. La tendance générale dans le capitalisme, amplifiée dans le monde post-Covid, est à la fin des grands conglomérats comme General Electric (désormais scindée en trois branches) et davantage à des entreprises centrées sur un métier, capable d'être agile pour s'adapter aux nouveaux modes de consommation, à la digitalisation », conclut Matthias Desmarais.

Lire aussi 6 mnRenault-Nissan : comment la filialisation des activités électriques peut sauver l'Alliance

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Commentaires 2
à écrit le 28/06/2022 à 9:47
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L'orthographe n'est pas un critère de recrutement à la tribune....

à écrit le 27/06/2022 à 16:49
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Cette sicion d'entreprised se retrouve dans mon livre LA THEORI MONETAIRE MODERNE BONVIN-ANDRÉ François Ed. SPINELLE. J'explique : Dans une entreprise en difficultés, il y a toujours une partie de la production négative. Il s'agit dans ce que j'ai ...

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