L'automobile britannique s'enfonce dans une crise larvée en attendant le Brexit

Les groupes automobiles n'ont aucune visibilité sur l'avenir du pays qui était pourtant devenu l'une des plus florissantes d'Europe. Alors que le Brexit n'est pas encore effectif, les constructeurs subissent déjà les assauts d'une livre volatile, tandis que le marché domestique, lui, est en train de se tasser plus ou moins brutalement...
Nabil Bourassi
Mini a d'ores et déjà annoncé qu'il produirait sa voiture électrique en Allemagne dans les usines de sa maison-mère, BMW.
Mini a d'ores et déjà annoncé qu'il produirait sa voiture électrique en Allemagne dans les usines de sa maison-mère, BMW. (Crédits : Reuters)

Que reste-t-il de l'automobile britannique ? Tout ce que le pays comptait de marques prestigieuses ont été rachetées par des groupes étrangers, quand elles n'ont pas tout simplement disparu (Rover). En réalité, tel un Phoenix, l'automobile britannique était parvenue à rebondir ces dernières années, au point de dépasser la France en termes de production. Cette belle histoire semble toutefois tourner au cauchemar avec la perspective du Brexit.

Pour Khalid Ait-Yahia, économiste sectoriel à la Coface, l'industrie automobile britannique a d'ores et déjà vu ses investissements baisser de 34% en 2016. « Un niveau jamais atteint », explique l'économiste.

«Hard» ou «soft» Brexit ?

La faute aux incertitudes sur le Brexit. Les industriels ignorent encore quel scénario les attend à l'issue d'une négociation qui s'annonce plus politique que rationnelle, et qui pourrait durer deux ans. Entre les hypothèses d'un hard ou d'un soft Brexit, les enveloppes d'investissement ne seront évidemment pas les mêmes.

Mais les constructeurs automobiles semblent jouer à la même partie de poker-menteur que les hommes politiques. Entre l'accord secret de Carlos Ghosn et Theresa May pour sécuriser le site Nissan de Sunderland, la menace de délocalisation de Toyota aussitôt transformée en projet d'investissement de 240 millions de livres... Les analystes ne savent plus à quels saints se vouer dans ce jeu de dupes !

Les industriels font-ils mine d'attendre d'en savoir plus ou sont-ils tout simplement en train de réduire gentiment et discrètement la voilure au Royaume-Uni ? Khalid Ait-Yahia s'interroge sur le sens de l'annonce par BMW de la production de la future Mini électrique en Allemagne.

Une livre volatile

En attendant, les constructeurs automobiles subissent... La volatilité de la livre sterling notamment. Elle a perdu 15% de sa valeur au lendemain du référendum sur le Brexit, et reste exposée à des mouvements d'amplitude à la moindre actualité monétaire ou macroéconomique...

Cette baisse de la livre a renchéri le coût des importations. Comme le rappel l'économiste de la Coface, 59% du « sourcing » (les approvisionnements) de l'industrie automobile britannique se fait en dehors de l'archipel... Pis ! Certaines pièces font plusieurs allers-retours. Khalid Ait-Yahia cite l'exemple du vilebrequin qui est fondu en France, part au Royaume-Uni pour achever sa forme, avant d'intégrer le bloc moteur en Allemagne avant de revenir en Angleterre pour être montée dans une Mini... Si tout ce complexe industriel sera nécessairement revu après le Brexit pour éviter les droits de douane redondants, il est d'ores et déjà secoué par la volatilité de la livre sterling...

Un château de cartes

C'est toute l'industrie automobile britannique qui se voit donc menacer de s'effondrer comme un château de cartes alors que celle-ci revient de loin... Elle était, il y a encore à peine deux ans, l'une des plus dynamiques d'Europe. Nissan investissait des centaines de millions dans son usine proche de Newcastle pour intégrer sa filiale haut-de-gamme Infiniti, mais également une unité dédiée à la voiture électrique. L'indien Tata n'a cessé d'augmenter les capacités de ses filiales Jaguar et Land Rover en plein boom, soit près de 5,5 milliards d'euros d'investissements entre 2011 et 2016. En 2014, le pays produisait 2,4 millions de voitures, soit 700.000 de plus que la France... « Le Royaume-Uni est le pays qui a l'industrie automobile la plus productive avec un taux d'utilisation de ses capacités de 70% », affirme Khalid Ait-Yahia de la Coface.

Les marques qui ne produisent pas sur place sont également dans la tourmente d'une livre sterling très volatile. Peugeot a été le premier à augmenter ses prix face à la baisse de la devise britannique. Les autres ont suivi...

La résilience

Dernier volet de cette crise larvée... Le marché domestique s'essoufflerait après des années de dynamisme. En 2016, les ventes avaient augmenté de 2,3% après une progression de 6,3% l'année précédente. Les économistes mettaient alors ce rythme de progression sur le compte de l'effet de rattrapage. Or, il semblerait que celui-ci serait bel et bien arrivé à son terme... Le marché a atteint 2,7 millions d'unités, soit un record historique. En début d'année, les marques automobiles espéraient un atterrissage en douceur en tablant sur un recul de 5% en 2017.

Or, en avril, la chute a été abrupte : -20% ! Les professionnels évoquent l'apparition d'une nouvelle taxe apparue le 1er avril (dont les véhicules électriques sont exempts) pour expliquer cette contre-performance. L'automobile britannique est donc entrée dans une nouvelle ère... Sauf qu'elle en ignore encore les tenants et les aboutissants, et surtout, elle se demande si la résilience dont elle a fait preuve dans le passé sera suffisante pour sauver sa peau...

Nabil Bourassi

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 29
à écrit le 06/06/2017 à 15:08
Signaler
Heu c'est une voiture allemande qui est en photo là...

à écrit le 05/06/2017 à 10:52
Signaler
ce ne sont que les premiers symptômes de ce qui attend le RU, dont l'économie n'a tenu le coup jusqu'ici que parce que Theresa May a fait tout ce qui était en son pouvoir pour retarder les négociations de brexit (d'abord poireauter 9 mois avant de dé...

le 06/06/2017 à 0:37
Signaler
Tu parles, le RU ne s' est jamais porté aussi bien économiquement depuis l' entame du Brexit, le nuage de sauterelles n' a pas encore passé la Manche ..!

le 06/06/2017 à 10:45
Signaler
@leon, le Brexit n'est pas un petit tremblement de terre aux conséquences immédiates, mais un profond mouvement qui va ravager la société britannique. Plus les effets sont profonds, plus ils sont longs à se dévoiler. La chute de la livre a relancé c...

le 06/06/2017 à 16:21
Signaler
...@brice : avec en plus de la chute de la £, une politique de taux très arrangeante et des mesures non conventionnelles de la BOE pour soutenir coûte que coûte la conjoncture.

à écrit le 05/06/2017 à 9:51
Signaler
Voilà un article typique de ceux qui cherchent à inculquer une peur bleue aux velléités d'émancipation de la tutelle totalitaire de la commission bruxelloise. Un article qui veut figer une situation pourtant très temporaire d'une attente politique...

le 05/06/2017 à 10:28
Signaler
Dans vos rêves... Une industrie globalisée comme l'automobile ne peut que pâtir de la sortie de l'UE du Royaume-Uni. A part la fabrication de jelly, il ne restera rien de l'industrie britannique si un accord de libre échange avec l'UE (donc avec app...

le 05/06/2017 à 11:03
Signaler
" la tutelle totalitaire de la commission bruxelloise." Bien débonnaire, cette tutelle totalitaire. Prenons la France, qui depuis 20 ans mais surtout depuis 2012 ne tient AUCUN de ses engagements budgétaires de baisse des déficits, ne fait AUCUN eff...

le 06/06/2017 à 10:48
Signaler
Trop drôle l'image de la 4L ! C'est sur, c'était mieux avant ! Blagueur !

à écrit le 04/06/2017 à 22:43
Signaler
Pour ceux qui lisent ou baragouine un peu anglais, je vous conseille cette article traitant du Brexit et de ses conséquences. Ce qui est "rigolo" c'est de transposer ce dont il parle au cas d'un Frexit. Ca vaccine contre toute envie, un peu comme le ...

le 05/06/2017 à 8:18
Signaler
Les apprentis sorciers du FN ont encore du travail avant de nous convaincre qu'une sortie de l'UE serait bénéfique...

à écrit le 04/06/2017 à 14:02
Signaler
Et oui, les incertitudes quant aux conséquences du Brexit commencent à se faire sentir. Les investisseurs n'aiment pas le doute et le brouillard. En plus, le secteur de l'automobile dépend non seulement pour la vente mais aussi pour l'acheminement de...

à écrit le 04/06/2017 à 9:24
Signaler
ah bon??????? mais on croyait que le brexit n'avait aucune consequence, que tout allait bien, et que quand on devaluait la monnaie ca n'avait aucune consequence pour personne! les bras nous en tombent!

à écrit le 04/06/2017 à 8:09
Signaler
Que cela ne déplaisent à certains dont Mme Le Pen qui a peu d'idées cohérentes ou à son mentor M. Philippot la Grande Bretagne n' aucune idée sur son avenir qui dépend en grande partie du bon vouloir de l'Union malgré les grandes sorties de Mme May. ...

le 04/06/2017 à 10:15
Signaler
Les 27 sont une construction de l'esprit. La comission peut donner tous les coups de menton qu'elle veut, quand les constructeurs automobile allemands décideront qu'on a assez joué et que la perte de centaines de milliers de ventes vers le marché UK ...

à écrit le 03/06/2017 à 22:56
Signaler
En quelle langue cet article est-il écrit ? La question se pose : quelques fautes, ça passe, mais là, par moments ça devient du charabia incompréhensible.

à écrit le 03/06/2017 à 21:36
Signaler
Vos chiffres de production sont incroyablement faux ! La production britannique en 2014, c'est 1,5 millions de voitures, pas 2,4 !!! Ça fait donc 30 000 de plus qu'en France, pas 700 000 ! Et si on compte les VUL (Kangoo, Partner, etc.) la France à ...

à écrit le 03/06/2017 à 18:28
Signaler
En cas de hard Brexit, les constructeurs étrangers seront obligés de rapatrier leurs productions au sein de l'UE. Il ne faut pas oublier que la motivation de leurs investissements étaient d'être à l'intérieur de l'Europe tout en bénéficiant des condi...

à écrit le 03/06/2017 à 18:25
Signaler
L'histoire du vilebrequin est assez marrante , il nous prouve que l'Europe est une belle réalité . L'avenir de la GB après le brexit nul ne le connaît , mais à mon sens le fameux vilebrequin aura intérêt a être entièrement façonné en France pour évi...

le 04/06/2017 à 9:16
Signaler
cette histoire du vilebrequin n'est pas "marrante", mais triste et stupide. On nous bassine avec les économies d'énergie et la pollution, mais on fait traverser l'Europe à des camions qui polluent, consomment de l'énergie (non renouvelable) et sont u...

à écrit le 03/06/2017 à 17:26
Signaler
Il faut vraiment que cela dérange certains pro européens pour étre aussi virulents envers M.May , sauf que les anglais on peut leur reprocher pas mal de choses mais eux au moins ils respectent le vote du peuple, pas comme sur traité en 2005, ils sont...

le 03/06/2017 à 18:30
Signaler
Respecter le vote du peuple c'est lui mentir lors de la campagne et dire après que les promesses étaient fallacieuses ? Drôle de conception du respect.

le 03/06/2017 à 19:05
Signaler
En tout cas, le Brexit a un prix que les Anglais sont en train de découvrir amèrement car le prix est cher, contrairement à ce que les nationalistes ont fait miroiter. L'atterrissage des cieux europhobes sur la terre de la réalité va être violent !

le 03/06/2017 à 19:29
Signaler
Vote du peuple: arrêtez de nous faire calimero. Ou avez vous vu que le peuple a des avis sensés ? En fait cette pitoyable saga du Brexit nous informe - et ce n'est pas nouveau malheureusement - que le personnel politique britannique qui se targu...

le 04/06/2017 à 9:28
Signaler
au venezuela aussi, chavez et maduro ils ont respecte le vote du peuple, sous les applaudissements de melanchon et de hamon...... evidemment, quand la facture arrive, le peuple estime que c'est pas ce qu'il avait demande, vu que personne ne lui avai...

le 04/06/2017 à 11:13
Signaler
il est vrai que les politiques pro européen ne mentent jamais ou ne retournent leurs vestes !

à écrit le 03/06/2017 à 12:51
Signaler
Theresa May devrait demander conseil à Marine Le Pen, super calée sur le sujet, qui nous faisait remarquer que le R-U n'avait même pas mal, mensonge assumé pour les besoins de sa cause ! La réalité est tout autre, alors que le Brexit est loin d'être...

le 05/06/2017 à 10:47
Signaler
l'économie de la GB a bien tenu le choc jusqu'au déclenchement effectif (bien tardif) de l'article 50. Normal puisque jusque là rien ne changeait et les opérateurs économiques se pressaient de faire des affaires en anticipant des temps plus difficil...

le 06/06/2017 à 0:26
Signaler
Ce qui serait amusant, c'est qu'on s'aperçoive que Mme May c'est un peu du même niveau que Mrs Valls ou Baroin ............

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.