"Le bas-carbone est devenu notre cœur de business" (Véronique Bédague, Nexity)

ENTRETIEN. A la veille de la crise économique et sanitaire, le leader de l'immobilier français voulait donner un élan plus fort à la transition écologique. Un an après, "la stratégie bas-carbone est un des trois piliers fondateurs de l'engagement RSE" du groupe, assure à La Tribune sa directrice générale déléguée Véronique Bédague.
César Armand

5 mn

Ex-directrice de cabinet de Manuel Valls à Matignon, passée par  la Ville de Paris, Véronique Bédague est directrice générale déléguée de Nexity.
Ex-directrice de cabinet de Manuel Valls à Matignon, passée par la Ville de Paris, Véronique Bédague est directrice générale déléguée de Nexity. (Crédits : ©E.LEGOUHY)

LA TRIBUNE - Il y a un an, Nexity voulait « donner un élan plus fort à la transition écologique ». Quel est le chemin parcouru ?
VÉRONIQUE BÉDAGUE - La stratégie bas-carbone est un des trois piliers fondateurs de l'engagement RSE de Nexity. Nous sommes en effet pionniers depuis plus de dix ans dans la construction en bois (bureaux et logements) et premier promoteur bas-carbone 2020 au classement BBCA pour la deuxième année consécutive. Nous avons développé le premier bâtiment tertiaire en France à obtenir le niveau de performance énergétique E3C2 et travaillons désormais à l'échelle de quartiers bas-carbone entiers, comme sur le projet de la Porte de Montreuil ou du Village des athlètes.

Quels en sont les deux autres piliers ?
Le premier pilier de notre engagement RSE est historique. Depuis qu'Alain Dinin a créé Nexity, il porte les sujets de ville inclusive et de logement abordable. Nous pensons que le logement n'est pas un privilège, il doit être accessible pour tous.

Ainsi, aujourd'hui encore, 20% de notre production de logements neufs est dédiée à l'habitat social ; nous sommes le premier acteur du renouvellement urbain en termes de production de logements en secteur ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine, Ndlr) et QPV (quartier politique de la ville, Ndlr) depuis 2005. Par ailleurs, avec Nexity Non Profit créé en 2018, nous nous mobilisons en faveur des populations en situation de précarité, et nous tiendrons notre objectif de 1.000 logements créés en pensions de famille (lieux où s'installent des personnes souffrant d'isolement et rencontrant des difficultés pour vivre dans un logement traditionnel, Ndlr) d'ici 2022.

Vient ensuite notre confiance dans notre capital humain, j'ai ainsi pour habitude de dire que ce qui se vit à l'intérieur de l'entreprise se voit à l'extérieur ! Pour exemple, Nexity a été certifiée Great Place To Work en septembre 2020 et nous plaçons l'égalité femmes-hommes au cœur de notre action : le Comex compte 46% de femmes et nous sommes parmi les 11 entreprises françaises du Bloomberg Gender Equality Index 2021.

Notre raison d'être 'la vie ensemble', affichée depuis ce matin, vaut pour tous nos métiers, pour tous nos clients, à l'intérieur et à l'extérieur de Nexity.

Qu'en est-il de vos engagements bas-carbone ? L'an dernier, le groupe s'était engagé à réduire à horizon de 2030 son empreinte carbone à hauteur de 35% par collaborateur, de 30% par logement privé et 21% par mètre carré par surface de bureau livré.
Nous avons pris ce chemin, et nous restons extrêmement engagés, le bas-carbone est devenu notre cœur de business. Les objectifs annoncés seront tenus.

Par exemple, l'an dernier, nous étions lauréats du classement bas-carbone de BBCA grâce aux bureaux, cette année, c'est grâce aux logements ! Nous capitalisons sur notre expérience, et développons de nouvelles offres, de nouvelles solutions, au service d'une ville durable et de ses habitants.

Vous produisez vos opérations en bois français ?
Oui, notamment sur les opérations de la Porte de Montreuil et du Village des Athlètes. La demande est forte, et la filière française doit encore se structurer pour couvrir tous les besoins. Le potentiel de développement s'avère très important.

La réglementation environnementale des bâtiments neufs, dite « RE2020 », va-t-elle permettre d'accélérer cette tendance ou, au contraire, augmenter les coûts d'une production déjà fortement pénalisée par la baisse des permis de construire entre Covid-19 et élections municipales ajournées ?
Nexity est engagée dans une trajectoire carbone ambitieuse. Nous sommes extrêmement volontaristes, et nous y arriverons.

Nous partageons les ambitions de la RE2020 à la fois sur les seuils et le fait de regarder le bas-carbone sur l'ensemble du cycle de vie du bâti. Cette nouvelle marche à franchir va dans le sens de la ville durable à laquelle nous voulons contribuer. Elle est exigeante pour toute la profession mais indispensable.

En revanche, la mise en œuvre des exigences de la RE2020 doit absolument prendre en compte les défis de transformation de l'ensemble des filières matériaux et équipements notamment. C'est à la fois une question opérationnelle pour maintenir l'activité sans désorganiser les chantiers, mais c'est aussi une question de maîtrise des coûts et de la qualité ; le vrai défi du bas-carbone c'est son accessibilité.

Parallèlement, le projet de loi Climat et Résilience, en cours d'examen au Parlement, fixe comme objectif de réduire de moitié le rythme d'artificialisation des sols ces dix prochaines années. 300 millions d'euros ont été débloqués dans le cadre du plan de relance pour « recycler les friches ». Est-ce le bon angle d'attaque ?
Nous créons de la nature en ville dès que nous le pouvons ! Les friches industrielles exigent un savoir-faire particulier, que nous maîtrisons parfaitement. Par exemple, à la Garenne-Colombes, où le Campus Engie sera construit sur un ancien terrain de PSA. Nous savons réartificialiser des friches, comme construire un grand parc qui n'était pas là.

Dans les grandes villes, où la demande reste forte, faut-il surélever ou ériger des tours pour pallier la crise du logement neuf ?
La densité fait en effet partie intégrante de nos réponses, à l'aménagement de la ville durable et à la pénurie de logements en France. Il est nécessaire de faire accepter aux villes d'aller au bout de leur plan local d'urbanisme, pour pouvoir construire aussi haut que nous y sommes autorisés. Sur un terrain qui coûte le même prix quel que soit le nombre de logements, cela permet d'offrir des logements plus abordables. Par exemple, avec Emblématik à Aubervilliers, conçu avec Roland Castro, nous avons créé du haut et du beau, avec des espaces extérieurs partagés pour davantage de liens entre les habitants, pour la vie ensemble donc.

César Armand

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Commentaire 1
à écrit le 25/02/2021 à 17:04
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je pense qu'il aurait plutot fallu titrer """La vente d'appartements deux fois plus chers en platre et polystirene est devenue notre cœur de business""" tout le monde veut etre ecolo, de preference avec des gorsses marges, a vendre des produits do...

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