«L'acte de construire dérange», Pascal Boulanger, candidat à la Fédération des Promoteurs Immobiliers

 |  | 1426 mots
Lecture 8 min.
Pascal Boulanger
Pascal Boulanger (Crédits : DR)
INTERVIEW. Promoteur, agent immobilier, propriétaire de restaurants gastronomiques... Pascal Boulanger dévoile à La Tribune sa candidature à la présidence de la fédération des promoteurs immobiliers (FPI).

LA TRIBUNE - Vous êtes à la tête d'une société de promotion de logements neufs, d'un réseau d'agences d'immobilières, d'une entreprise d'hygiène et de propriété, d'une société de services à la personne, d'une autre spécialisée dans l'entretien des espaces verts ou encore de trois restaurants gastronomiques, le tout représentant 6.000 salariés. Pourquoi êtes-vous candidat à la présidence de la fédération des promoteurs immobiliers ?

PASCAL BOULANGER -
 J'ai envie de m'y engager. Déjà en 2015, François Payelle, m'avait proposé de lui succéder, mais je n'étais pas prêt. J'avais en outre d'autres obligations, comme Entreprises et Cités, réseau d'entrepreneurs dans le Grand Lille.

Cela fait désormais six ans que j'en suis le vice-président trésorier aux côtés de la présidente sortante Alexandra François-Cuxac, et donc autant d'années que je me prépare à cette éventualité. Le VP trésorier est une sorte de premier vice-président car, dans les statuts, c'est celui qui assure et qui remplace le président/la présidente le cas échéant.

Je souhaite par exemple que nous recrutions un statisticien qui nous donnerait des données sur la taille des résidences principales, l'âge du premier achat, la nature du premier investissement... Cela nous permettrait d'améliorer notre connaissance des besoins et d'aider les pouvoirs publics. De même que je veux relancer la fondation des promoteurs qui n'est pas assez visible. Nous devons renforcer sa gouvernance pour qu'elle ait davantage de moyens.

Vous venez d'une région dont le président sera, en cas de réélection en juin, candidat à l'élection présidentielle. Comment porterez-vous vos sujets dans le débat public ?

Vous faites, je pense, allusion à Xavier Bertrand. Il est bien informé de nos thèses et de nos préoccupations, mais nous comptons aussi sur notre profession pour relayer nos messages à l'ensemble des candidats.

Nous interpellons régulièrement les pouvoirs publics qui d'ailleurs sont demandeurs de notre point de vue sur tous les sujets ayant trait à la construction de logements et d'immobiliers d'entreprises. C'est à mon sens le rôle premier de notre fédération.

Pensez-vous comme l'actuelle présidente Alexandra François-Cuxac que la production de logements neufs se dirige vers une situation catastrophique ?

Oui. Il y a un vrai problème de l'offre qui n'est pas liée à la Covid-19, mais à la période électorale. Beaucoup de maires ont freiné sur la délivrance de permis de construire dès leur entrée en campagne. Alors qu'ils sont désormais (ré)élus depuis presque un an, le danger s'est installé. Des écologistes et des élus d'autres tendances politiques ne veulent pas d'ennemis et surtout perdre la mairie dans cinq ans. Cela devient un problème.

J'ai vu en visioconférence ou en présentiel la moitié des fédérations régionales. C'est un sujet qui transcende tous les autres. Même lorsqu'ils délivrent des permis de construire, les maires réduisent la constructibilité, diminuent les surfaces de plancher... C'est ce qui revient à chaque fois. Seule la région Auvergne-Rhône-Alpes n'a pas trop de difficultés. Alexandra François-Cuxac a bien raison de tirer la sonnette d'alarme.

Selon le député (LREM) du Gers Jean-René Cazeneuve, président de la délégation aux collectivités territoriales de l'Assemble nationale, l'impact de la crise sanitaire sur les finances locales est de 3,8 milliards d'euros en 2020 par rapport à 2019. Cela n'expliquerait-il pas les difficultés des maires à autoriser des opérations, ne serait-ce qu'à cause des dépenses qu'engendreraient des nouveaux équipements publics (crèches, écoles...) ?

C'est un tout, mais j'insiste : l'acte de construire dérange. C'est un chantier qui dure un an, un an et demi, avec du bruit, de la poussière, de la vue prise au voisin... Chaque fois qu'un maire délivre un permis de construire, il a un problème de voisinage, du fait de sa proximité avec la population et de sa prise directe avec elle.

Dès qu'un promoteur vient quelque part, quelqu'un fait pression sur le maire voire dépose des recours. Le professionnel de l'immobilier étant rarement un électeur, le maire prend le parti de ses administrés.

Le projet de loi Climat et Résilience, actuellement débattu par le Parlement, fixe comme objectif de diviser par deux les terres artificialisées dans les dix ans. N'est-ce pas l'heure pour les promoteurs immobiliers de reconstruire la ville sur la ville plutôt que de construire sur des terres agricoles ?

Nous comprenons bien le souci de sauvegarder des terres naturelles mais nous sommes inquiets sur une éventuelle application qui risque d'être complexe. J'ai même lu qu'un terrain exploité par un agriculteur était un terrain artificialisé. Comment le compense-t-on alors ? A l'échelle de l'intercommunalité ? De la région ? Dans quels délais ?

Nous sommes également d'accord avec le fait de reconstruire la ville sur la ville, tout en sachant que la complexité n'est pas un facteur de développement rapide.

La nouvelle réglementation environnementale des bâtiments neufs, dite « RE2020 », vise à décarboner le bâtiment sur l'ensemble de son cycle de vie - construction, exploitation, déconstruction -. Des professionnels s'inquiètent déjà d'une inflation des coûts de construction. Vous aussi ?

C'est un peu la même réponse que pour le ZAN car nous voulons tous une meilleure planète, un meilleur confort de vie et une cité plus saine. Attention au dosage cependant. Tout le danger consisterait à commencer à surenchérir sur les coûts techniques et à insolvabiliser la clientèle.

Nous avons donc missionné le directeur technique et innovation de la fédération, Franck Hovorka, pour qu'il dénonce les dérives et évite que les coûts que ne s'envolent. Le cas échéant, les prix des logements deviendraient inaccessibles.

La révolution numérique peut-elle faire baisser les coûts et donc les prix ?

Dans l'acte de construire, il y aura toujours besoin de toupies et de grues. On construit encore comme il y a trente-quarante ans. Dans ce domaine, l'on devrait plutôt commencer par la numérisation des villes.

Plutôt que de déposer des permis de construire comme il y a vingt voire trente ans dans les services instructeurs des grandes villes et des intercommunalités, nous devrions pouvoir les dématérialiser. Ce serait un gain de temps pour tout le monde.

D'autant que dès que les services municipaux ont fermé pendant le premier confinement, nous l'avons ressenti. Sans parler de la montée en puissance du télétravail.

L'enveloppe de 350 millions d'euros d'aides pour les maires densificateurs contenue dans le plan France Relance va-t-elle relancer la machine ?

Nous attendons encore et toujours les décrets d'application... Navré d'insister mais nous sommes un peu coincés et nous espérons beaucoup de ces mesures incitatives. 80% des préoccupations du terrain portent sur la délivrance de permis de construire.

La densification - des tours, de la surélévation, des friches recyclées - ne serait-elle plus un gros mot ?

Désormais, il faut dire « ville intense » ! La ville est là pour être bâtie. Nous faisons une erreur collective de l'étaler. Le meilleur ami de l'espace vert, c'est la ville intense. Toutes les grandes villes du monde qui n'ont pas peur de monter sont celles qui ont le plus de parcs. Hier, habiter à 5 kilomètres du centre-ville, c'était habiter loin. Maintenant, les gens résident à 60 kilomètres et cela provoque la thrombose des métropoles.

La hauteur est toujours vue comme une espèce d'insécurité, alors que nous savons ériger des bâtiments de très grande qualité. Faire un R+10 (rez-de-chaussée et dix étages, Ndlr) évite de gaspiller des sols, mais l'image perdure dans l'esprit de nos élus. C'est beaucoup plus psychologique qu'on ne le pense.

Lire aussi : Les promoteurs déclenchent l'opération séduction auprès des élus locaux

Il se murmure que votre confrère Christian Terrassoux, qui a revendu Pitch Promotion à Altarea en 2019, serait, lui aussi, candidat.

Christian Terrassoux a effectivement envoyé sa lettre de candidature fin décembre au bureau de la fédération des promoteurs immobiliers (FPI). Nous nous sommes vus fin janvier. Il a accepté de retirer sa candidature pour me rejoindre. Il sera premier vice-président ou président délégué mais les statuts à l'heure actuelle ne le permettent pas encore. Aujourd'hui, il n'y a plus de dualité de candidature.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 03/03/2021 à 9:49 :
Construire signifie un accroissement de population, donc une sur-exploitation des ressources et de graves conséquences sur l’environnement. A quoi a donc servi la COP21 ? Comment se fait-il que la population à loger augmente alors qu'il y a moins de naissances ?
a écrit le 03/03/2021 à 9:01 :
Normal, que "L'acte de construire dérange", quand on densifie toujours plus, ça dégrade la qualité de vie des quartiers, en supprimant tous les espaces de vie. Dans mon quartier, ils ont remplacé un grand parking par un immeuble, résultat, une grande barre d'immeuble, qui avait un peu de place autour, est maintenant enchâsée dans ce nouvel immeuble, franchement, ses habitants n'avaient pas besoin de ça.
a écrit le 02/03/2021 à 13:12 :
Il est vrai qu'auparavant on construisait par nécessité, maintenant par intérêts!
a écrit le 02/03/2021 à 11:57 :
Effectivement, quand on fait trembler le sol et créé des fissures chez les voisins, quand on produit des décibels supérieur au seuil supportable et dangereux pour la santé, quand on est censé être confinés et qu'on subit les bruits de 8h à 17h enfermés chez soi (vive les dérogations), quand les travaux se permettent de déborder sur la rue, quand on utilise des matériaux incompatibles avec la préservation de notre civilisation, quand ce qu'on construit diminue la qualité de vie des voisins, ... Et vous? Vous aimez subir une torture "légale"?
a écrit le 02/03/2021 à 10:51 :
en France, ça dérange pas trop.
plus de 400 000 logements neufs par an (autour de 290 000 chez Allemagne/UK).
taux de construction de 7 pour 1000 habitants, contre 3,6 pour 1000 outre-Rhin et 2,25 pour 1000 outre-Manche (Deloitte Property Index 2019).
entre 1997 et 2017, le taux d'investissement public a été en moyenne de 3,9% PIB par an, contre seulement 2,4% au UK et 2,2% en Allemagne (office statistique anglais, 11/2017).
a écrit le 02/03/2021 à 10:43 :
Ben construire toujours plus de maisons moches, de mauvaises qualités avec toujours plus de notre patrimoine immobilier qui se détèriore est profondément dérangeant oui c'est tellement triste de voir tout ces bâtiments bien faits tomber en ruine, c'est encore une fois le travail qui est massacré.

Par chez nous c'est un véritable désatre, toutes ces belles maisons en pierre, de qualité, il faut voir le travail que faisaient les maçons ne serait-ce qu'il y a 70 ans en comparaison hein, une valorisation totale de la notion travail, abandonnée au profit de maisons immondes c'est même totalement désespérant et tout ceci pour engraisser toujours plus ceux qui ont déjà trop, toujours la même rengaine.

Le BTP aurait du être le secteur à préserver le respect du travail bien fait mais vous vous êtes faits complètement avaler par la cupidité pathologique de al dictature financière, venez pasp leurer maintenant svp, merci. Au lieu de chouiner, réveillez vous plutôt vous serez plus productifs.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :