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Entreprises & FinanceChimie & Pharmacie

"En oncologie, nous visons le Top 5" J. Bouyer, Abbvie France

Photo de Jean-Yves Paillé

Jean-Yves Paillé

Publié le 15 décembre 2016 à 05:25

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le laboratoire pharmaceutique américain, membre du Top 10 mondial en termes de chiffre d'affaires, va faire face à la perte du brevet de l'Humira, médicament le plus vendu au monde. Le groupe mise sur de nouvelles thérapies anticancéreuses pour pallier la chute de revenus, explique Jérôme Bouyer, président d'Abbvie France.

LA TRIBUNE - L'Humira représente les deux tiers de votre chiffre d'affaires annuel [14 milliards de dollars en 2015, Ndlr] et ce dernier va être concurrencé par les biosimilaires dans les années à venir.  Comment comptez-vous compenser la chute de revenus attendue ?

JEROME BOUYER - La perte de brevet de ce traitement à 14 indications [polyarthrite rhumatoïde, maladie de Crohn, etc., Ndlr] est prévue à horizon 2019 en Europe. Elle surviendra potentiellement plus tard aux Etats-Unis. Notre objectif est d'avoir de nouvelles molécules en permanence en oncologie et en immunologie. A termes, nous voulons faire en sorte que les nouvelles molécules viennent équilibrer les pertes potentielles de revenus lorsque le brevet de l'Humira tomberont dans le domaine public.

Notre ambition est de devenir l'un des cinq plus gros acteurs en oncologie et hématologie dans quelques années [actuellement, le numéro un est Roche, Ndlr]. Nous sommes au début du développement de cette activité aujourd'hui. Au total, nous disposons de 16 molécules en phase clinique, dont quatre en phase II et III dans 9 types de tumeurs. Soixante-douze programmes cliniques sont en cours. Autour de la moitié d'entre eux est consacrée aux tumeurs solides (poumon, cerveau), l'autre moitié est dédiée à l'hématologie (cancers du sang).

Nous misons également sur un traitement de 8 semaines capables de s'attaquer toutes les formes de génotype de l'hépatite C [il en existe 6 au total, ils réagissent différemment aux traitements, Ndlr].

Vous accélérez en oncologie, un domaine thérapeutique où la concurrence est rude. On observe une ruée des labos dans ce domaine thérapeutique, avec l'impression qu'il n'y aura pas que des gagnants...

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L'oncologie est un eldorado pour certains, d'autres pensent qu'il n'y aura pas de place pour tout le monde. Cela va dépendre de ce que certains mécanismes vont montrer au-delà de la preuve du concept. Nous verrons si ces voies thérapeutiques, notamment dans les thérapies ciblées, vont se concrétiser avec un impact clinique. En outre, il faudra que ces voies démontrent un impact positif en vie réelle, après la mise sur le marché. Il est également nécessaire qu'on s'oriente vers la démonstration d'une valeur pour le système de soin et pour la société. Cela repose sur la question de l'évaluation du produit et son impact sur l'écosystème.

Il y a aussi une question de temporalité de la recherche. A mon avis l'orientation vers certains domaines thérapeutique est cyclique. A une époque, certains étaient convaincus de réussir à régénérer des neurones, mais cet objectif n'a pas été atteint. En oncologie/hématologie, d'autres ont été accusés de facturer très cher deux mois de survie supplémentaire. In fine, on a gagné 5-6 ans de survie en 10-15 ans de recherche.

Quel sera le prochain traitement phare d'Abbvie dans ce domaine ?

Nous avons reçu une autorisation de mise sur le marché pour le Venclyxto (Venetoclax) [selon Thomson Reuters, ce médicament deviendra un blockbuster à 1,5 milliard de dollars de chiffre d'affaires pour l'année 2020, Ndlr] contre la leucémie lymphoïde chronique. C'est le premier inhibiteur de la BCL2, une protéine qui est anormalement exprimée dans ce type de cancer.  Pour un quart des leucémies lymphoïde traités avec le Venetoclax, on obtient une rémission complète. Potentiellement, les prescriptions du Venetoclax pourraient être élargies aux leucémies myéloïdes, entre autres.

Vous mettez en avant votre force en recherche et développement (R&D) et vantez le développement de vos molécules, de la découverte à la commercialisation, mais vous avez signé un partenariat avec Roche pour le Venetoclax ...

Nous consacrons 19% de notre chiffre d'affaires à la R&D, soit 4,3 milliards de dollars en 2015, ce qui nous classe dans le haut du tableau dans le monde des labos pharmaceutiques. Nous sommes les concepteurs du Venclyxto. En nous associant avec Roche (Genentech), nous avons pu la développer beaucoup plus rapidement. Nous avons déposé le brevet il y a 15 ans, et c'est une course contre la montre pour lancer la molécule sur le marché avant que ce dernier ne tombe dans le domaine public [un brevet dure autour de 20 ans, en théorie, Ndlr]. En outre, cette stratégie nous permet de partager les risques, ce qui est profitable. Outre la R&D et les collaborations, nous réalisons également des acquisitions ciblées, comme celle de Stemcentrx dans l'oncologie en avril (pour 10,2 milliards de dollars).

L'industrie du médicament met souvent en avant ce fameux "risque"...

On est dans une industrie très risquée, qui est incomparable avec la majorité des autres industries. Elle fait des paris tous les jours. Des sociétés pharmaceutiques ont vu leur valeur Boursière s'effondrer brutalement après avoir vu un traitement retiré du marché ou à cause de mauvais résultats dans des études cliniques. Les exigences pour les enregistrements de médicaments sont de plus en plus élevés de la part de la FDA et de l'Agence européenne des médicaments. On nous demande de plus en plus de solidité dans les études cliniques et des cohortes [nombre de patients pour les essais cliniques, Ndlr] de plus en plus importantes. La probabilité du taux d'échec pour le développement des molécules augmente et les moyens à mettre sur la table pour répondre à ces exigences croissent également.

À lire également

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Le médical n'est pas une science exacte. En permanences, nos médicaments sont soumis aux analyses des bénéfices/risques. On est dans un système où cette notion de rapport bénéfice/risque et les produits imparfaits ne sont pas acceptés. Aujourd'hui les gens exigent d'avoir une sécurité à 100% sur les médicaments qu'ils prennent. S'il y a certains effets secondaires, il peut y avoir des actions de groupe.

Il faut accepter le risque qui va avec le médicament, un risque que l'on doit couvrir au maximum, bien sûr. Et cela est le fait de tous les acteurs dans la santé.

Jean-Yves Paillé

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