Présidentielle : les candidats prêts à choyer l'industrie pharmaceutique, ceux qui veulent serrer la vis

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La plupart des candidats veulent s'attaquer aux prix des médicaments innovants qu'ils jugent excessifs.
La plupart des candidats veulent s'attaquer aux prix des médicaments innovants qu'ils jugent excessifs. (Crédits : POOL New)
Soutien à l'attractivité de l’industrie pharmaceutique, attaques contre le prix des médicaments, lutte contre les lobbies pharmaceutiques... Revue de détail des mesures prônées par les onze candidats à la présidentielle touchant les fabricants de médicaments.

Durant la campagne présidentielle, les sujets tournant autour du prix des médicaments et de l'industrie pharmaceutique ont été peu médiatisés. Pourtant, les polémiques autour du prix des nouveaux médicaments, anticancéreux et traitements contre l'hépatite C en première ligne, ont défrayé la chronique. Plusieurs candidats à la présidentielle 2017 sont toutefois diserts sur le sujet. Revue de détail...

Fillon et Macron, les candidats pro-laboratoires pharmaceutiques

Parmi les onze candidats, les plus fervents défenseurs d'une industrie pharmaceutique forte, avec peu de mesures la désavantageant, sont sans conteste Emmanuel Macron et François Fillon. L'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy veut multiplier les partenariats public-privés pour "renouer avec l'excellence de la recherche pour qu'elle redevienne le fer de lance de l'innovation ". Il prône un "contrat de mandature" avec les industriels de santé afin de "leur donner la visibilité nécessaire pour investir et développer leur activité en France". En clair, leur "assurer une stabilité fiscale et réglementaire en contrepartie d'engagements sur des objectifs de recherche et de production dans l'Hexagone, et d'accès aux traitements au coût le plus juste pour les patients". L'objectif du candidat de la droite est de "faire de la France un leader dans le domaine des 'biotechs'"

Concernant les prix des traitements, rien de révolutionnaire puisqu'il veut vérifier sur le long terme que "l'efficacité de ces médicaments pour être sûr qu'ils apportent bien la valeur promise et que leur prix, souvent élevé, est justifié". Ce qui rejoint le principe du "contrat à la performance", déjà inscrit dans le dernier accord-cadre signé entre le Comité économique des produits de santé et l'industrie pharmaceutique en janvier 2016

Dans le programme d'Emmanuel Macron, l'industrie pharmaceutique est choyée. On y trouve une seule mesure potentiellement contraignante pour celle-ci: le développement de médicaments vendus à l'unité. Le candidat d'En Marche ! ne précise pas si l'industrie sera mise à contribution.

Emmanuel Macron a avant tout formulé des déclarations favorables au financement de l'innovation et au rayonnement du secteur. Il a déclaré lors d'un discours à Nevers, le 8 janvier, ne pas vouloir "sacrifier l'industrie pharmaceutique pour essayer de faire des économies sur son dos" et estime qu'il "faut payer les médicaments au juste prix quand il y a derrière des innovations, quand il y a des investissements pour avoir une grande industrie pharmaceutique".

Il est prêt également à accélérer l'autorisation des mises sur le marché en France, une mesure vivement défendue au sein l'industrie pharmaceutique.

Mélenchon et Hamon veulent serrer la vis sur le prix des médicaments

La création d'un pôle public du médicament est la mesure phare de Jean-Luc Mélenchon. Elle comporte deux objectifs : protéger la recherche de la finance et faire baisser le prix des médicaments. Ce pôle sera doté de capacités de fabrication de médicaments, promet Jean-Luc Mélenchon. En clair, si l'industrie pharmaceutique et les autorités françaises ne s'entendent pas sur le prix d'un médicament, le candidat de la gauche radicale est prêt à recourir à la licence d'office, c'est-à-dire à "autoriser un tiers à fabriquer le produit breveté sans le consentement du titulaire du brevet". Et ce tiers serait le pôle du médicament. La licence obligatoire, instaurée normalement en cas de danger pour la santé publique, a déjà été utilisée dans d'autres pays comme l'Inde en 2012 pour un anticancéreux de Bayer.

En outre, le candidat de la France Insoumise veut contrôler l'influence des laboratoires : il prévoit d'interdire l'accès libre des visiteurs médicaux, personnes chargées de promouvoir des médicaments, dans l'hôpital public.

Comme Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Parti socialiste fustige les traitements coûtant jusqu'à plusieurs dizaines de milliers d'euros par patient à la sécurité sociale. Pendant le débat de la primaire de la "Belle alliance populaire", il a brandi la possibilité d'utiliser de la licence d'office en cas de prix excessifs. Plus globalement, il espère peser sur le prix des médicaments par un durcissement des laboratoires en renforçant l'évaluation "médico-économique", en clair se montrer plus exigeant sur les bénéfices attendus.

Benoît Hamon propose enfin que la sécurité sociale se désengage sur "les médicaments de confort". S'il ne précise pas de quelle molécule il s'agit, cela concernerait des traitements mineurs (pour les rhumes par exemple) permettant s'attaquant aux symptômes plutôt qu'à la pathologie. Cette mesure ne serait pas forcément défavorable à l'industrie pharmaceutique, qui mène une campagne active pour l'automédication.

Augmenter le nombre de génériques et lancer la vente à l'unité, les priorités de Le Pen

La présidente du Front national compte s'attaquer au prix des médicaments, dont les brevets sont tombés, en augmentant la proportion de génériques vendus. La France reste en retard comparé à l'Allemagne et au Royaume-Uni sur le recours aux génériques, avec une boîte de médicaments sur trois vendues dans l'Hexagone, contre trois sur quatre dans ces deux pays. Également, Marine Le Pen espère imposer aux laboratoires pharmaceutiques "l'adaptation de leurs chaînes de production" pour développer la vente de médicaments à l'unité afin de "lutter contre le gaspillage".

Toujours dans le cadre d'économies sur les dépenses liées aux médicaments, la frontiste se dit prête à un bras de fer avec l'industrie pharmaceutique en se donnant la possibilité de mettre en place des licences obligatoires.

Nicolas Dupont-Aignan veut des brevets français et une production française

Nicolas Dupont-Aignan, candidat de Debout la France, est l'un des candidats ayant le programme le plus fourni sur le sujet, avec une ligne pro-industrie franco-française. Il expose plusieurs mesures pour soutenir les dépôts de brevets par des chercheurs français, "avec le paiement de royalties lors de la commercialisation des produits" qui en sont issus, et une aide réservée aux entreprises prêtes à les exploiter.

Pour doper la R et D française, il compte multiplier les partenariats publics-privés, et doubler les aides à l'Inserm en fixant celles-ci à plus d'un milliard d'euros par an.

Et pour empêcher que la France ne subventionne des brevets qui tomberaient sous le giron des entreprises étrangères, il promet de protéger ceux qui ont bénéficié notamment du crédit impôt recherche, sans toutefois préciser comment il procèderait.

Toujours dans une volonté de "produire et développer français", il réclame que 50% des médicaments consommés en France soient produits dans le pays pour les gros médicaments coûtant plus de 20 millions d'euros par an à la sécu. Une mesure qui implique que plusieurs laboratoires étrangers devraient lancer des sites de production en France pour pouvoir y vendre leurs produits thérapeutiques...

Si Nicolas Dupont-Aignan désire renforcer l'activité de l'industrie pharmaceutique en France, il compte en parallèle agir sur le prix des traitements. Il veut dérembourser des médicaments jugés inefficaces ou au bénéfice douteux. Il pourrait ainsi s'attaquer des médicaments comme ceux utilisés contre Alzheimer, jugés peu efficaces par la Haute autorité de la Santé. Et comme Marine Le Pen, il compte "accélérer dans les génériques". Enfin, il veut favoriser le remboursement selon la performance des médicaments, à l'instar de François Fillon.

Poutou et Arthaud favorables à des réquisitions

Dans le programme porté par Philippe Poutou, candidat du NPA,  une seule mesure touche directement l'industrie pharmaceutique, et pas des moindres. Son parti prône une réquisition (appropriation sans rachat ou versement d'indemnités) des grandes industries pharmaceutiques, "un secteur clé", "pour une réelle gratuité des soins".

Nathalie Arthaud est également prête à "réquisitionner" les entreprises pharmaceutiques, si ces dernières ne se plient pas à l'interdiction de supprimer des emplois, que Lutte Ouvrière a inscrite dans son programme . Sa cible privilégiée: Sanofi. Le géant pharmaceutique est cité deux fois dans son programme. "Le trust pharmaceutique Sanofi a supprimé 4.700 emplois en sept ans", dénonce le parti d'extrême gauche.

François Asselineau se veut le candidat anti-lobby pharmaceutique

François Asselineau, candidat populaire de l'Union populaire républicaine, est disert sur le sujet. Il propose de nombreuses mesures pour s'attaquer à l'influence des laboratoires pharmaceutiques sur les décideurs et les professionnels de santé. Pêle-mêle, il espère  "réglementer les relations entre les laboratoires, les médecins et les organismes de santé publique", "assurer la protection effective des lanceurs d'alerte", imposer "plus de transparence sur le lobbying des labos qui s'exerce à Bruxelles".

Il est le seul candidat à proposer dans son programme de retirer des médicaments du marché. Selon lui, plusieurs centaines de produits thérapeutiques sont inefficaces, voire dangereux. Pour déterminer lesquels, il compte s'appuyer sur une étude indépendante de tout lobby.

Fidèle à sa position pro-Frexit, il penche pour un arrêt des "déremboursements de médicaments imposés par l'Union européenne". Une mesure néanmoins difficile à comprendre puisqu'un éventuel déremboursement est préconisé par la Haute autorité de santé, puis tranché par le ministère de la Santé. Également, il désire mettre fin à "la liberté des prix pratiqués par les laboratoires pharmaceutiques". Or, les prix ne sont pas fixés librement par l'industrie pharmaceutique, mais négociés avec le Comité économique des produits de santé (CEPS), qui a le dernier mot. Seul moment où le fabricant de médicaments peut le fixer librement: s'il obtient l'autorisation temporaire d'utilisation. Mais il doit ensuite rembourser la différence lorsque le prix officiel est fixé lors d'un accord.

Jacques Cheminade veut "s'attaquer à la rente de l'industrie pharmaceutique".

Jacques Cheminade propose tout un pan de mesures pour protéger la sécurité sociale et économiser "entre six et dix milliards d'euros" en "s'attaquant à la rente de l'industrie pharmaceutique".

Celui qui assure se battre contre "l'occupation financière" veut serrer la vis sur les prix des nouvelles molécules, exiger l'indépendance absolue des experts lors de la mise sur le marché de nouveaux produits, changer le mode de rémunération des pharmaciens pour qu'ils ne dépendent plus directement des ventes de produits pharmaceutiques". Mais encore, stopper les autorisations de mises sur le marché de médicaments très peu innovants "visant à contourner les génériques", selon lui.

Jean Lassalle veut multiplier les appels d'offres

Le député de la 4e circonscription des Pyrénées-Atlantique est le seul candidat à s'attaquer directement au Crédit d'impôt recherche, souvent principale source de revenus des biotechs. Il privilégie des "appels d'offres pour la recherche pharmaceutique, et sur les maladies orphelines", à la place. En somme, tenter d'attirer le capital-risque,jugé encore trop frileux par les acteurs de ce secteur.

Il veut également passer par des appels d'offres sur les médicaments en se basant sur le modèle néo-zélandais de Pharmac. Cet organisme étatique cherche les meilleurs rapports qualité-prix des médicaments, et met en concurrence les laboratoires pharmaceutiques pour obtenir le meilleur prix sur les traitements, dès que cela est possible.

Autre mesure de Jean-Lassalle : sortir de l'Agence européenne du médicament, si celle-ci ne se rend pas indépendante des grands laboratoires. Néanmoins, il ne précise pas sur quels critères il compte s'appuyer.

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