Les investissements de Vallourec à l'étranger ne se feront pas au détriment de l'Europe

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Dans une interview accordée à " La Tribune ", le président du directoire de Vallourec Philippe Crouzet confirme que la reprise se confirme pour le leader mondial des tubes sans soudure. Le groupe, après un cycle de gros investissements, va accompagner les besoins du marché de l'énergie dans le pétrole et le nucléaire.

La reprise se confirme pour Vallourec. Va-t-elle se poursuivre au deuxième semestre ?

Notre activité se porte effectivement bien. Vallourec a enregistré un chiffre d'affaires en croissance de 12 % au deuxième trimestre par rapport au premier trimestre et de 22 % au premier semestre par rapport au premier semestre 2010. Après l'effondrement de la production en 2009, qui a été divisée par deux, 2010 a marqué la reprise, qui se poursuit en 2011, avec des taux d'utilisation élevés de la plupart de nos usines. Le carnet de commandes de Vallourec s'élève en moyenne à cinq mois dans nos différents secteurs. Au second semestre, cette dynamique se poursuivra dans les volumes d'activité mais un peu moins en termes de rentabilité.

Pourquoi ?

Nous sommes confrontés à toute une série de tensions, notamment sur les matières premières dont les cours restent très volatiles. Le prix du minerai de fer est reparti à la hausse et nous avons toujours un décalage pour augmenter nos prix et suivre les fluctuations des cours. Le prix de l'énergie, qui est aussi en hausse, pèse également sur notre rentabilité. En outre, la faiblesse du dollar pénalise Vallourec, qui exporte hors Europe la majorité de la production de ses usines européennes. Enfin, les nouvelles unités de production, notamment celle au Brésil, qui ne sont pas encore opérationnelles, nous demandent un dernier effort d'investissement pour leur mise en service et génèrent des frais de démarrage.

Quel sera le montant total de vos investissements en 2011?

Après avoir atteint 873 millions d'euros en 2010, il va s'établir cette année entre 850 et 900 millions d'euros. Nous n'avons pas encore terminé notre revue stratégique mais en 2012, 2013 et 2014, nos investissements devraient nettement décroître. Notre métier demande toujours des investissements pour répondre aux demandes technologiques croissantes de nos clients.

Environ 40 % de votre production est déjà installée hors d'Europe. Jusqu'où comptez-vous aller ? Est-il possible dans vos métiers de conserver des usines en Europe ?

Nous souhaitons arriver à nous rapprocher d'un équilibre entre notre production qui est aujourd'hui à 40% hors d'Europe (essentiellement Etats-Unis et Brésil) et nos ventes qui sont à plus de 60% en dehors d'Europe. Avec la nouvelle usine au Brésil, nous allons augmenter notre capacité de production de plus de 10% (300.000 tonnes supplémentaires aux 2,4 millions tonnes de capacité actuelle). Idéalement, nous visons entre 55 et 60 % de notre production installée hors d'Europe. Ce rééquilibrage ne va pas se faire au détriment de nos usines européennes mais grâce à la croissance de l'activité hors d'Europe. Nos sites en France et en Allemagne vont se tourner vers le haut de gamme et les produits très spécialisés. Ils sont capables de répondre à des demandes des clients en des temps record et sur des petites séries grâce à un très haut niveau de qualification de nos personnels européens.

Quand allez-vous retrouver votre chiffre d'affaires d'avant crise ?

Nous devrions le retrouver en rythme annuel à partir de 2013 avec la montée en charge progressive de nos nouvelles capacités, qui vont démarrer ou monter en régime courant 2012. Je vous rappelle qu'en 2007-2008, notre outil de production était complètement saturé. Aujourd'hui nous sommes en route vers un outil capable de produire à terme 3 millions de tonnes avec beaucoup de flexibilité. Notre nouvelle usine brésilienne devrait tourner à plein régime à partir du deuxième semestre 2013.

Après Fukushima, le nucléaire va-t-il être pour Vallourec un relais de croissance ?

Nous l'espérons d'autant plus que la filière nucléaire française est sur la voie de la reconquête. La capacité de notre usine de Montbard, qui monte en régime, a plus que doublé. Elle pourra accompagner la remise à niveau du parc nucléaire français et le début d'une ère qui s'ouvre avec l'équipement de la Chine en centrales nucléaires. Avec nos nouvelles capacités de production, dont celle que nous mettrons en service en Chine en 2013, Vallourec vise 200 à 300 millions d'euros de chiffre d'affaires par an dans le nucléaire sur une période d'au moins cinq ans.

Le gaz de schiste est-il également un relais de croissance ?

Rien qu'aux Etats-Unis, où nous réalisons un quart de notre chiffre d'affaires, le gaz et l'huile de schiste représentent déjà 80 % de nos ventes pétrole et gaz. Même l'Etat de New York, en pointe dans les questions environnementales, est en train de revenir sur sa décision de suspendre l'exploitation du gaz de schiste.

Les Français sont très réticents sur les méthodes d'extraction de gaz de schiste. Les industriels concernés ont été discrets dans le débat. Pourquoi ?

Nous n'aurions pas été audibles vu l'émotion que cela a suscitée. Il faut être intransigeant sur le plan environnemental, mais les risques ont été surestimés. Prenons le cas de l'eau, une bonne partie peut être récupérée pour être réutilisée ultérieurement pour d'autres puits après avoir été traitée avec les bonnes technologies. Par ailleurs, il doit y avoir une transparence totale des produits chimiques utilisés par les compagnies pétrolières. Ce que l'on peut déplorer, c'est qu'il n'y ait pas eu de concertation avec les élus locaux concernés, qui n'ont pas été informés des projets d'exploration-extraction. Surtout il faut faire évoluer le code minier afin de faire bénéficier les communes des éventuelles retombées de ces implantations industrielles.

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