Nouvelle attaque de Bruxelles contre le déferlement d'acier chinois

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L'Union européenne, deuxième plus gros producteur d'acier au monde après la Chine, est lourdement impactée par les importations sans limites de produits chinois vendus à vil prix.
L'Union européenne, deuxième plus gros producteur d'acier au monde après la Chine, est lourdement impactée par les importations sans limites de produits chinois vendus à vil prix. (Crédits : Reuters)
Réagissant à la plainte de l'Association des sidérurgistes européens, l'Union européenne instaure deux nouvelles mesures anti-dumping contre des produits en acier chinois vendus à vil prix. Cela au moment où la Chine crée un géant mondial de l'acier, deuxième après Arcelor Mittal.

Afin de protéger l'industrie lourde communautaire, la Commission européenne a instauré des mesures anti-dumping contre deux nouvelles catégories d'acier en provenance de Chine, un secteur confronté à une surcapacité mondiale, déjà très surveillé par l'Union européenne, a-t-elle annoncé vendredi dans un communiqué.

"Les investigations de la Commission confirment que ces produits chinois ont été vendus en Europe largement à perte", est-il souligné.

Ces mesures concernent les tôles fortes, qui se voient désormais imposer des droits de douane de 65,1% à 73,7%, et l'acier laminé à chaud, dont les droits de douane atteignent 13,2% à 22,6%.

Elles font suite à une plainte de l'association Eurofer des sidérurgistes européens qui s'insurgent contre des produits qui sont vendus à perte sur le marché européen, selon eux.

L'enquête conclut que la sidérurgie a subi un lourd préjudice

La Commission a six mois pour rendre ces mesures définitives ou non. Elle décidera aussi à ce moment-là si elle doit "rétroactivement collecter les droits de douane sur les tôles fortes importées de Chine entre août et octobre", précise-t-elle.

Selon la Commission, 37 mesures de défense commerciale sur des importations de produits sidérurgiques ont déjà été mises en place en Europe, parmi lesquelles 15 visent la Chine.

"Douze autres enquêtes concernant des produits en acier sont toujours en cours", ajoute-t-elle.

     >Lire: Acier chinois: Bruxelles ajoute une nouvelle enquête à son lourd dossier

Les dégâts causés par le déferlement des produits chinois a aggravé grandement la situation de la sidérurgie en Europe.

Pour rappel, l'Union européenne est le deuxième plus gros producteur d'acier au monde après la Chine, avec plus de 177 millions de tonnes par an, soit 11% de la production mondiale, selon des chiffres de la Commission. Mais avec le déferlement de produits chinois notamment, quelque 40.000 emplois ont été perdus ces dernières années dans un secteur qui emploie environ 3,5 millions de personnes.

La Chine concentre son secteur : pour limiter les surcapacités?

Cette situation intervient au moment où le gouvernement chinois cherche à concentrer son industrie sidérurgique afin, affirme-t-il, d'en réduire la surcapacité.

Ainsi, le 22 septembre, le chinois Baosteel Group détaillait les conditions du rachat de son compatriote Wuhan Iron qui donnera naissance au numéro deux mondial de la sidérurgie, derrière Arcelor Mittal. La nouvelle entité, baptisée China Baowu Steel Group, aura une capacité de production de 60 millions de tonnes par an, lui permettant de ravir à Hebei Iron and Steel la place de numéro un chinois. D'autres rapprochements devraient suivre.

Les autorités chinoises prévoient également la construction de 3 à 5 aciéries géantes: est-ce vraiment de nature à réduire les surcapacités? La suite le dira.

La Chine produit environ la moitié de l'acier mondial, mais ses aciéries, minées par le vif ralentissement économique du pays, ploient sous de colossales surcapacités de production, estimées à plusieurs centaines de millions de tonnes.

La sidérurgie américaine très impactée aussi

Les sidérurgistes américains sont également vent debout contre les importations chinoises d'acier. Tout récemment, le 23 septembre, quatre d'entre eux (ArcelorMittal USA, Nucor, AK Steel Holdings et United States Steel) avaient décidé de porter plainte contre des aciéries chinoises qu'ils accusent de contourner les droits d'importation. Selon la plainte, l'acier a été expédié au Vietnam où il a reçu une modification (un traitement anti-corrosion), ce qui a permis de le réexpédiéer aux Etats-Unis sous le régime des droits imposé aux exportations vietnamiennes, plus avantageux que celui gouvernant les livraisons chinoises.

Les sidérurgistes américains, qui ne l'entendent pas de cette oreille, ont donc saisi le département du Commerce, afin qu'il enquête sur cette affaire et suspende les importations d'acier résistant à la corrosion et d'acier laminé à froid en provenance du Vietnam.

"Ce comportement devient de plus en plus fréquent et il est donc important que le gouvernement des Etats-Unis envoie un message fort, à savoir que contourner notre droit commercial ne saurait être toléré", énonce le cabinet d'avocats des sidérurgistes américains.

     >Lire: Les États-Unis menacent la Chine de sanctions si elle ne réduit pas ses capacités de production

(Avec agences)

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Commentaires
a écrit le 11/10/2016 à 0:28 :
Ah oui c'est assez hypocrite en Europe et aux USA, on hurle et on casse tout quand les autres pays font du protectionnisme, mais quand on le fait, c'est normal...Faudrait savoir ? Faites ce que je dis, pas ce que je fais.
a écrit le 10/10/2016 à 14:09 :
"Ces mesures concernent les tôles fortes, qui se voient désormais imposer des droits de douane de 65,1% à 73,7%, et l'acier laminé à chaud, dont les droits de douane atteignent 13,2% à 22,6%"

ça s'appelle du protectionnisme, le mot tabou que nos décideurs économiques et politiques ne veulent surtout pas prononcer.

Pas de panique les américains ont fait de même aussi, tout en utilisant pas le mot approprié bien entendu.

Quand une économie a autant peur du langage que cela c'est qu'elle ne se sent pas bien légitime quand même hein.

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