Darty, Fnac, Conforama : retour sur une conquête mouvementée

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L'acquisition de Darty par Conforama ou la Fnac implique des choix stratégiques en matière d'emplacements géographiques, mais aussi une définition claire des ventes omnicanal et des gammes de produits sur lesquels s'exercera la concurrence.
L'acquisition de Darty par Conforama ou la Fnac implique des choix stratégiques en matière d'emplacements géographiques, mais aussi une définition claire des ventes "omnicanal" et des gammes de produits sur lesquels s'exercera la concurrence. (Crédits : © Eric Gaillard / Reuters)
La Fnac a remporté la bataille contre Conforama en s'assurant le contrôle direct et indirect de plus de la moitié du capital de Darty. Une victoire acquise de haute lutte au bout de sept mois d'efforts.

La promise Darty est acquise à la Fnac. Alexandre Bompard, à la Fnac, et Alexandre Nodale, chez Conforama, auront bataillé dur pendant plusieurs semaines pour tenter d'emporter le morceau. Mais c'est finalement le premier qui a gagné la partie, ce mardi, après une série d'enchères qui ont tenu en haleine les places boursières de Londres, Paris et Francfort pendant près d'une semaine. Mais si les choses se sont précipitées en cette fin avril, sa tentative de conquête du distributeur d'électroménager, jusqu'alors détenu en majorité par des fonds britanniques, a officiellement démarré quelques mois plus tôt. Rappel des événements.

La proposition

En septembre 2015, la Fnac lance les hostilités et annonce son projet d'acquérir Darty pour l'équivalent de 101 pence par action, soit une valorisation de 719,4 millions d'euros, via un échange d'actions. Objectif: tenter de mieux contrer les "pure players" de la vente en ligne, comme Amazon. Ce, en mettant notamment en commun les achats de produits bruns, blancs et le petit électronique, distribués par les deux enseignes.

     >Lire: Fnac et Darty peuvent-il faire bon ménage dans le numérique ?

Les hésitations

Mais le montant de l'offre est jugé faible par certains analystes. Darty, de son côté, joue la montre. Et en octobre, le conseil d'administration de Darty demande une offre en cash ainsi qu'un délai de réflexion. La date de dépôt de l'offre est reportée à nouveau le 11 novembre. Elle est officiellement déposée dix jours plus tard et valorise l'enseigne 797 millions d'euros. Un échange de 1 action Fnac contre 37 Darty est prévu, avec une alternative partielle en numéraire pouvant aller jusqu'à 95 millions d'euros.

Sur le fond, la fusion entre les deux réseaux de distribution pose des questions pratiques concernant d'éventuelles fermetures de magasins et laisse en suspens le sort de certains effectifs aux sièges.

     >Lire: Fnac-Darty: quels enjeux commerciaux après la signature du contrat de fiançailles ?

Début 2016, les autorités de la concurrence belge et française doivent encore donner leur aval (la première l'a fait le 17 mars). Et les actionnaires n'ont pas encore voté. Mais Alexandre Bompard compte conclure l'affaire "avant l'été".

Conforama rebat les cartes

Sauf que, le 2 mars, coup de théâtre : Conforama entre en lice avec une offre à 125 pence l'action Darty, uniquement en numéraire, qui booste la valorisation du groupe d'électroménager à 850 millions d'euros. La direction de Darty indique, deux semaines plus tard, préférer la proposition de la filiale du géant sud-africain Steinhoff à celle du groupe français. Mais pas question pour ce dernier de lâcher le morceau. Après s'être mis en quête d'investisseurs, la Fnac accueille le 11 avril le groupe Vivendi dans son capital.

L'acquisition de Darty par Conforama ou la Fnac implique des choix stratégiques en matière d'emplacements géographiques, mais aussi une définition claire des ventes "omnicanal" et des gammes de produits sur lesquels s'exercera la concurrence.

     >Lire: La saga Darty-Fnac-Conforama, un jeu de concurrence complexe

Les surenchères

Les choses s'accélèrent à partir du 20 avril ; Conforama offre alors 138 pence par action, ce qui valorise Darty 742 millions de livres (942 millions d'euros).

Le lendemain, les compteurs s'affolent: une nouvelle proposition du groupe Fnac valorise Darty 779 millions de livres (989 millions d'euros), avec en option une alternative d'échange de 4 actions Fnac contre 125 actions Darty. Puis Conforama réplique avec une offre à 150 pence (1,022 milliard d'euros). La Fnac répond à son tour avec une proposition à 153 pence (1,04 milliard). Puis, le 21 avril, Conforama propose 160 pence, et la valorisation de Darty atteint 1,09 milliard d'euros.

     >Lire: Darty, Fnac, Conforama: des surenchères excessives?

Le coup de poker

Un week-end s'écoule, et la Fnac revient le lundi suivant avec une proposition à 170 pence, annoncée comme la "dernière". Parallèlement, chacun des deux prétendants est parvenu à convaincre des actionnaires de leur céder des actions. Chacun s'octroie ainsi plus de 20% du capital émis de Darty.

La Fnac finit par s'en octroyer plus de 29% le 26 avril. Certes, la proposition de Conforama avait eu la faveur les représentants syndicaux de Darty. Mais "l'agitateur culturel" peut compter sur les voix acquises d'actionnaires représentants plus de 22% du capital. Il détient donc, en théorie, le contrôle sur la majorité des voix de Darty. Mais l'affaire n'est pas tout à fait conclue. A l'ensemble des actionnaires et sages de la rue de l'Echelle désormais de se prononcer sur ce projet de mariage.

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Commentaires
a écrit le 27/04/2016 à 11:54 :
Voici quelques chiffres tirés des documents de références officiels qu'on peut avoir sur le site du groupe FNAC concernant les effectifs inscrits, et cela laisse songeur....
2011 : 17948
2012 : 16708
2013 : 15257
2014 : 14478
2015 : 14084

On peut imaginer les futures hum "synergies" entre FNAC et DARTY que ce soit dans la logistique ou les bureaux.....
a écrit le 27/04/2016 à 10:45 :
Maintenant que l'affaire semble conclue, il serait bon d'évaluer effectivement combien va couter ce rachat. La FNAC achète à crédit, et à un moment il va falloir rembourser. Donc avant de toucher les premier bénéfices de ces soit disant synergies tant vantées, tout cela va couter certainement beaucoup d'argent en cabinet de conseil rachat, en restructuration, intérêts, et j'en oublie certainement. Avant de rapporter de l'argent, tout ceci va certainement peser lourd dans les comptes de la future entité. Et ensuite il faudra investir encore et encore dans ces deux entreprises qui rapportent encore peu, peu rentables. Et effectivement pour pouvoir rapidement gagner de l'argent, j'ai bien l'impression que la méthode préférée de monsieur Bompard soit la réduction des effectifs
a écrit le 27/04/2016 à 10:45 :
une offre finale plus elevee que l'initiale de 61%, c du rarement vu! ou qd l'expression la bourse ou la vie prend tout son sens.
avec une aussi mauvaise evaluation initiale, il y a une perte de credibilite.
un changement de business model profond s'impose pour tenir les nouveaux objectifs! bon courage pour que ce ne soit pas un effet de massue.
a écrit le 26/04/2016 à 19:47 :
Il va y avoir un max de licenciements pour que la FNAC s'y retrouve avec ses sous .
Réponse de le 27/04/2016 à 0:32 :
Normal, faut bien éliminer les postes doublons!
Réponse de le 27/04/2016 à 10:32 :
Mais non pas de licenciements ......des non renouvellement suite aux départs en retraire et si cela ne suffit pas "quelques" départs "volontaires" aidés par des ruptures conventionnelles qui donnent droit au chômage !!!!
Et pour ceux qui resteront il leur faudra troquer leurs postes de vendeurs contre des emplois de manutentionnaires au service expéditions comme chez Amazone .
Ce n'est pas une critique mais du réalisme en attendant mieux.

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