Gilets jaunes : l'impact catastrophique pour les commerces de proximité (2/2)

En attendant le plan d'action du gouvernement, les villes et les régions s'organisent pour sauver les commerces les plus fragilisés par les dégradations et la baisse d'activité. Par les journalistes des rédactions nationale et régionales de La Tribune.
(Crédits : Reuters/Piroschka Van De Wouw)

Toulouse, Marseille, Rennes, Nantes, Lille, Tours, Bordeaux, Montpellier, Lyon, Strasbourg, Paris... aucune métropole n'a été épargnée par la crise des "Gilets jaunes". Dépôt de bilan, travail intérimaire, coût du nettoyage, plan de sauvegarde, les communes et les conseils régionaux s'organisent pour faire face.
Par les journalistes des rédactions nationale et régionales de La Tribune.

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Toulouse, la ville la plus impactée

« À vendre ». Des centaines de pancartes portant cette inscription sont apparues le 16 janvier sur les devantures de commerces du centre-ville toulousain, accompagné du numéro de la préfecture de région. L'objectif ? Interpeler les pouvoirs publics sur leur situation économique catastrophique engendrée par le mouvement des « gilets jaunes », dans « une période où ils réalisent 40 % de leur chiffre d'affaires annuel », précise Christian Bastide, président du tribunal de commerce de Toulouse. Pour preuve, la CCI de Haute-Garonne a mené une enquête entre le 11 et 21 décembre auprès des acteurs économiques locaux et le résultat est sans appel. Sur 247 répondants, ils sont 97 % à constater « une baisse de fréquentation de leur clientèle ». Pire encore, 22 % des sondés évoquent une perte de chiffre d'affaires de plus de 50 %, et encore 25 % d'entre eux jugent avoir perdu « de 40 à 50 % ».

Dans ces conditions, les affiches « À vendre » pourraient-elles acter prochainement de vraies cessions d'activité ? Si une telle évolution n'a pas encore été constatée, la situation continue de se dégrader. La secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie, Agnès Pannier-Runacher, qui a rencontré des commerçants locaux le 14 février, a indiqué que 28,6 % des demandes de chômage partiel au niveau national enregistrées depuis le début du mouvement provenait d'Occitanie, particulièrement de Toulouse. Enfin, le Journal du dimanche, dans son édition du 17 février, précisait que cette démarche concerne précisément 300 entreprises dans la région et 6 544 emplois. Des emplois en sursis, tout comme l'activité commerciale toulousaine.

Par Pierrick Merlet

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A Marseille, les premières procédures de sauvegarde ouvertes

« Nous avons ouvert quelques procédures de sauvegarde. » À Marseille, Colette Wiseman, juge au tribunal de commerce, dit commencer à ressentir les conséquences des manifestations des « gilets jaunes » après 14 samedis d'affilée. Un passage par la case juridique qui confirme les craintes énoncées depuis plusieurs mois par les acteurs économiques, conscients de l'effet domino engendré. Dans les Bouches-du-Rhône, la zone commerciale Plan-de-Campagne, très active, notamment durant les fêtes de fin d'année, a enregistré une baisse de chiffre d'affaires global de 70 %. De son côté, l'hôtellerie-restauration a accusé le coup en décembre, avec une chute de 20 % de chiffre d'affaires sur l'ensemble du département. Dans les Alpes-Maritimes, 28 % des entreprises indiquent avoir enregistré un recul du chiffre d'affaires compris entre 10 % et 20 %. Mais c'est du côté du commerce que les données sont les plus pessimistes : plus de 15 % des commerçants déplorent une perte de 50 % de leur activité. À tel point qu'un phénomène significatif apparaît, celui du « retour au fauteuil ». Cette expression désigne le fait qu'un dirigeant revient mettre les mains dans le cambouis technique pour sauver son entreprise ou parce qu'il ne peut conserver l'emploi. 50 % des commerçants des Bouches-du-Rhône sont dans ce cas, selon Audrey Lucchinacci, présidente de Fédération Commerce en 13. Pour les TPE et PME, notamment industrielles, c'est la question de l'approvisionnement qui demeure critique. 49 % d'entre elles ont constaté un niveau en baisse de 10 % dans les Alpes-Maritimes. « Nous avons enregistré 1 400 demandes de délai de paiement, indique Dominique Clément, directeur régional de l'Urssaf, et pour le moment nous n'avons vu que l'écume de la vague ».

Par Laurence Bottero

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A Rennes, les dépôts de bilan de commerçants et d'artisans en hausse de 10 % en janvier

Des soldes décevantes, des chiffres d'affaires en baisse et des interruptions d'activité : à Rennes, comme dans d'autres villes de Bretagne, telles que Lorient ou Pontivy lors de l'acte XIV, le mouvement des « gilets jaunes » pousse les ­commerçants à tirer la sonnette d'alarme. Tandis que l'opposition municipale de droite réclamait début février l'instauration d'un « état de catastrophe économique », le tribunal de commerce de Rennes observait pour sa part une augmentation de 10 % des dépôts de bilan en janvier. Une partie serait directement liée aux manifestations répétées du samedi. Le 8 février, un communiqué commun de la CCI d'Ille-et-Vilaine, de l'association des commerçants du centre-ville Carré Rennais et de l'Union du commerce de Rennes, qui associe des ­commerçants de la périphérie, soulignait une baisse de 20 % du chiffre d'affaires sur la fin 2018 pour 38 % des commerçants et jusqu'à 40 % pour 34 % d'entre eux. « En mars et avril, il y a beaucoup de charges à payer, nous nous attendons à des dépôts de bilan à la chaîne », redoute Véronique Carabin Schneider, co-présidente de l'UCR, estimant que la morosité ambiante affecte aussi les commerces de périphérie.

Après l'annonce par Édouard Philippe du déblocage d'une enveloppe de 3 millions d'euros pour chaque ville, dont Rennes, impactée par le mouvement de protestation, les commerçants rennais appellent à un vrai plan de relance et à une série de mesures qui pourraient être prises en charge par la ville et le conseil régional. L'exonération des droits de terrasse pendant quatre mois, la gratuité des transports en commun un samedi par mois pendant un an et des mesures pour compenser les actes de dégradation enregistrés plusieurs samedis de suite sont mises sur la table. Depuis janvier, l'Urssaf de Rennes propose aux commerçants et artisans un étalement du paiement des charges sociales.

Par Pascale Paoli-Lebailly

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À Nantes, le coût du nettoyage plus important que celui des dégâts

La situation actuelle n'a rien à voir avec les dégâts engendrés par les manifestations contre la loi Travail au printemps 2016 ou plus récemment par les opposants au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Sur la ville de Nantes, les chiffrages n'ont pas encore été vraiment établis. « Nous n'avons pas eu de gros dégâts. Ce sera surtout du temps de nettoyage passé par les services d'entretien pour rendre la ville présentable le dimanche matin. Ça se chiffrera en masse salariale, en heures supplémentaires et gratifications pour les agents », explique Pascal Bolo, adjoint au maire de Nantes et vice-président de Nantes Métropole, de retour de Bercy, où il veillait à ce que les frais imputables au nettoyage, et donc à l'État, ne soient pas pris en compte dans la trajectoire des frais de fonctionnement des villes et métropoles en cours de contractualisation (2018-2021) avec l'État. « Un sujet que Bruno Le Maire a clairement renvoyé à Matignon, dit-il. Les assureurs ne rembourseront pas du temps de nettoyage. Face à la recrudescence des risques, les assureurs sont de moins en moins nombreux à vouloir assurer les villes. C'est d'ailleurs un des gros enjeux. On a de plus en plus de mal à se faire assurer... » À la CCI, où les estimations sont en cours, on a recensé 20 locaux commerciaux ayant subi des dégradations importantes, dont certaines vitrines ont été brisées quatre fois. En période de fêtes de fin d'année et de soldes, les baisses de chiffre d'affaires sont estimées entre - 40 % et - 60 %. « Sans exonération de charges, on risque des dépôts de bilan », craint Pascal Bolo, pour qui « l'autre enjeu va être de faire revenir des Nantais en centre-ville. Des changements d'habitude qui auront aussi un coût pour la ville... »

Par Frédéric Thual

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Hauts-de-France : un impact qui se répercute sur le marché du travail intérimaire

Dans les Hauts-de-France, la CCI a mesuré une baisse de 25 % en moyenne des chiffres d'affaires des entreprises, suite aux manifestations des « gilets jaunes ». « 63 % des dirigeants interrogés indiquent avoir subi un impact dû la fréquentation, les retards de livraison ou des problèmes d'approvisionnement », indique la chambre consulaire. Les secteurs les plus touchés sont le commerce de détail (78 % déclarent un impact), l'hôtellerie-restauration (75 %), le transport-logistique (72 %). D'après la préfecture, 70 établissements des Hauts-de-France ont fait une demande d'activité partielle, représentant près de 5 500 salariés, soit 20 000 heures indemnisées à hauteur de 150 000 euros. Les dégâts sur les routes atteignent 750 000 euros.

Du côté du travail intérimaire, une baisse de 10,4 % dans la région a été enregistrée pour décembre, 2e derrière la Franche-Comté (baisse généralisée à toutes les régions sauf Provence-Alpes-Côte d'Azur avec + 0,1 %). « Les secteurs sensibles à la consommation des ménages, en premier lieu le commerce et, dans une moindre mesure, les transports, enregistrent une dégradation passant de + 1,4 % à - 2,8 % pour le commerce et de - 7,9 % à - 12,8 % dans les transports », indique l'observatoire Prism'Emploi. Cette crise pourrait constituer un facteur d'explication de la dégradation dans ces secteurs.

Par Gaëtane Deljurie

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Centre-Val de Loire, la région la plus touchée par le mouvement

« Encore quelques samedis et certains commerces vont mettre leurs employés en chômage technique, voire fermer. » Nadia Malbec, présidente des Vitrines de Tours, ne cache pas son pessimisme. « Les restaurants et les salons de coiffure sont les plus impactés, mais ce sont tous les commerces indépendants qui sont touchés par les manifestations des "gilets jaunes". Ils prétendent défendre le pouvoir d'achat mais nous appauvrissent en faisant fuir nos clients vers les zones commerciales. » Depuis mi-novembre, chaque samedi, CRS et manifestants se font face sur la place Jean-Jaurès. L'ambiance, électrique, ne pousse guère au shopping en famille dans la rue Nationale voisine, principale artère commerciale de la ville. « 90 % des commerces du centre interrogés dans le cadre d'une récente enquête des CCI font état de perte sensible de chiffre d'affaires, de 10 à 40 %, assure Mauro Cuzzoni, adjoint au maire de Tours chargé du commerce. Un pourcentage qui fait de notre région la première en termes d'impact négatif des "gilets jaunes" sur le commerce. » En cause, la géographie commerciale particulière d'Orléans et de Tours. Les centres-villes des deux métropoles concentrent plus de 80 % des commerces au total. Face au mouvement qui pourrait perdurer jusqu'aux élections européennes, les représentants des commerçants tourangeaux et de la mairie doivent désormais rencontrer la préfète d'Indre-et-Loire Corinne Orzechowski d'ici à fin février. À la clé, le déblocage des aides décidées par l'État, notamment le report de la TVA et certaines exonérations de charges. Une goutte d'eau face au manque à gagner depuis plus de deux mois.

Par Guillaume Fischer

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Trois millions d'euros pour les commerçants à Bordeaux

La baisse de chiffre d'affaires du samedi, journée cruciale pour les ­commerces du centre-ville de Bordeaux, oscille entre -25 % et -80 % depuis le début de la mobilisation des « gilets jaunes » le 17 novembre, selon la Ronde des quartiers, l'association qui fédère les commerçants et les restaurateurs. Une situation qui assèche irrémédiablement leur trésorerie. « Les restaurateurs touchés ont besoin d'une aide d'urgence et pas seulement de délais de paiement ou de prêts à taux zéro. À défaut, de petites structures risquent de disparaître », alerte Laurent Tournier, le président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie de Gironde. Un appel entendu par la Région Nouvelle-Aquitaine qui a débloqué une enveloppe de 2 millions d'euros pour les commerçants et artisans des centres-villes et des zones commerciales de périphérie, à raison de 2 000 à 10 000 euros par commerce ayant subi une baisse d'activité supérieure à 30 %.

De son côté, la mairie de Bordeaux exonérera les commerçants touchés de deux mois de droits de terrasse et de la taxe pour occupation du domaine public tandis qu'un fonds de soutien d'1 million d'euros devrait être acté au niveau métropolitain dont 500 000 euros de Bordeaux Métropole et 300 000 euros de l'État, comme l'a confirmé Édouard Philippe en visite à Bordeaux le 1er février. Enfin, à l'Urssaf, des étalements de paiement sur quatre mois, sans pénalité, sont prévus pour les cotisations sociales mais aucune exonération. « 353 entreprises nous ont sollicités en lien avec les "gilets jaunes" en Aquitaine, dont 211 en Gironde et 128 à Bordeaux Métropole. Ce sont principalement des commerces et des cafés-restaurants de moins de neuf salariés », indique Henri Lourde Rocheblave, le directeur régional.

Par Pierre Cheminade

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Montpellier : les patrons prennent l'initiative d'un Grand débat

Exaspérée, la CCI Hérault montre ses muscles. Alors que les commerces montpelliérains affichent de 40 % à 50 % de perte d'activité lors de chaque « acte » de la mobilisation, elle a négocié avec la préfecture le placement de 130 vigiles en pas-de-porte pour les protéger lors de la journée du 16 février. Dans la foulée, la CCI 34 a coorganisé avec les autres chambres consulaires de l'Hérault (agriculture et artisanat) et les syndicats patronaux le premier Grand débat ouvert aux PME. Selon le sondage réalisé sur la fiscalité, 44 % exigent une simplification, 80 % veulent réduire le déficit en diminuant les dépenses de fonctionnement de l'État, surtout dans la défense et le social. « 6,7 milliards d'euros de versements transport sont payés en taxes par les entreprises. Elles pourraient en reverser elles-mêmes une partie à leurs collaborateurs qui ont des pratiques de transport », propose Samuel Hervé, président du Medef Montpellier. Sur le volet de la complexité administrative, Laurent Renault, président de la chambre des métiers, dénonce une « pression à la dématérialisation des procédures et la multiplication des normes, qui sont autant de freins à la croissance et l'emploi ». Quand la chambre d'agriculture, qui représente un tiers de la production régionale demande que cette dynamique soit préservée, André Sautet, directeur territorial de GRDF, évoque un autre relais de croissance : le regroupement d'agriculteurs pour produire du biogaz par méthanisation. « L'agriculteur investit sur quinze ans, il bénéficie d'un tarif de rachat et évite l'usage d'engrais », cite-t-il. La Région Occitanie a déjà débloqué un fonds d'urgence de 3 millions d'euros pour les commerces impactés, et d'autres annonces, aux côtés des consulaires, devaient suivre l'organisation de ce débat.

Par Pauline Compan et Anthony Rey

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La région aura débloque 8 millions d'euros en faveur des commerces

Saint-Étienne, Le Puy-en-Velay, Lyon... le mouvement social pèse sur le budget de nombreuses villes régionales. À Saint-Étienne, qui a systématiquement été le théâtre d'affrontements depuis le début des événements, le coût des réparations pour la collectivité est estimé à 1 million d'euros, autant pour ses commerces. D'une manière générale, 30 % des TPE-PME, interrogées lors du panel de conjoncture semestriel de la CCI Auvergne-Rhône-Alpes, « signalent que leur chiffre d'affaires a été impacté à la baisse ». Au centre-ville de Lyon, la rue Victor-Hugo a perdu près de 87 % de fréquentation. « Certains commerces affichent un recul de 70 % de chiffre d'affaires. Et d'autres ont déjà licencié des employés », avance Pascale Jouvanceau, la présidente de l'union des entreprises de proximité (U2P) Auvergne Rhône-Alpes. Une situation qui ne se limite pas aux entreprises de l'arrondissement. « L'impact est total : d'une façon générale, les clients ne se baladent plus. Les métros et les bus fonctionnent mal et l'hélicoptère qui surveille la place est dissuasif. Ce type de clientèle est perdu, il y a peu de reports sur le reste de la semaine », poursuit-elle. « D'ici fin mars, une quinzaine de magasins auront fermé », avance Tiffany Fayolle, la présidente de Sainté Shopping à nos confrères du Progrès. Et ce, malgré un plan de soutien de 8 millions d'euros voté par la commission permanente du Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes le 15 février. « Pour le moment, il est encore trop tôt pour évaluer cette bonne mesure, les dossiers sont en cours, modère Pascal Jouvanceau. Ce qui compte, c'est que les manifestations soient cadrées pour que les casseurs cessent. »

Par Stéphanie Borg

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A Strasbourg, le centre-ville souffre de la désaffection des clients

Les commerçants du centre de Strasbourg ont été épargnés par les manifestations des « gilets jaunes » et n'ont pas eu à subir les dégradations observées ailleurs en marge de ces défilés. En novembre et décembre, les premiers « actes » du mouvement n'ont pas accédé au centre-ville, occupé par le marché de Noël : tous les ponts y menant étaient contrôlés par les forces de l'ordre, et les manifestants n'ont pas provoqué le contact. « L'attentat du 11 décembre a eu d'autres conséquences dramatiques, mais il a incité les "gilets jaunes" à la retenue », estime Robert Herrmann, président (PS) de l'Eurométropole.

Depuis le début de l'année, les manifestations se sont approchées du centre-ville et de ses rues commerçantes, sans dégénérer dans la violence. Toutefois, un homme a été grièvement blessé au visage et quelques manifestants ont été arrêtés suite à des jets de projectiles. « Strasbourg, capitale européenne, a une grande pratique du maintien de l'ordre. La coordination de la police avec la videoprotection fonctionne bien », note Robert Herrmann. Mais la présence des manifestants, annoncée par la presse locale, a eu un impact négatif sur la clientèle dans le centre. Les tramways bloqués par une quarantaine de « gilets jaunes », délogés par les gaz lacrymogènes, ont pesé sur l'attractivité. « Les clients se sont reportés vers les magasins en périphérie et l'Allemagne », a observé Robert Herrmann. « Les grandes enseignes en centre-ville ont perdu entre 15 % et 25 % de chiffre d'affaires », confirme Jean-Luc Heimburger, président de la chambre de commerce et d'industrie.

Par Olivier Mirguet

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Paris : 15 millions d'euros de dépenses supplémentaires

Le conseil régional francilien va mettre 1 million d'euros sur la table et a demandé à la Chambre de commerce et d'industrie Paris Île-de-France de flécher cette somme vers des entreprises de dimension réduite. « Nous sommes en train de définir les critères » confirme son président Didier Kling qui estime à 50% le pourcentage de sociétés couvertes contre la perte d'exploitation. « Pour que l'assurance fonctionne, il faut qu'il y ait un fait générateur (incendie...). S'il ferme le samedi ou qu'il embauche un vigile, cela ne marche pas », avance le patron de la CCI IDF. La filière des salons et congrès, où sa filiale Viparis est leader, a en revanche peu souffert de ces quatorze samedis de mobilisation. La perte est certes de 20 millions d'euros (hôtellerie, restauration, cadeaux et sorties, taxis...) mais elle représente seulement 0,5% des retombées annuelles.

A l'échelle de Paris intra-muros, le premier adjoint (PS) aux Finances évalue à 15 millions d'euros les dépenses pour la capitale. Dans le détail, Emmanuel Grégoire estime à 4-5 millions d'euros les dégâts voire les destructions de mobilier urbain, de même à 4-5 millions d'euros les frais de voirie (réfections de chaussées...), sans oublier encore 4-5 millions de dépenses de fonctionnement imprévues (remise en état en urgence de signalisations, heures supplémentaires de fonctionnaires et de prestataires en matière de propreté...). L'élu aurait donc aimé des « annonces un peu plus charpentées en termes de propositions concrètes » de la part du gouvernement. Il note toutefois que « sur le fond, ça paraissait logique » au ministre Bruno Le Maire de neutraliser ces coûts dans la part du budget municipal contractualisée entre l'Etat et les villes.

Par César Armand

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