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Etihad Airways va sauver Alitalia et défie Bruxelles

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 02 juin 2014 à 05:59 - Mis à jour le 02 juin 2014 à 06:24

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La compagnie d’Abu Dhabi (Emirats Arabes Unis) a annoncé ce dimanche avoir défini les conditions d'un investissement dans la compagnie italienne.

Après quatre mois de négociations, Etihad Airways va sauver Alitalia. La compagnie d'Abu Dhabi (Emirats Arabes Unis) a annoncé ce dimanche avoir défini les conditions d'un investissement dans la compagnie italienne.

"Nous nous félicitons de pouvoir aller de l'avant et nous réjouissons par avance de la conclusion de cette transaction envisagée avec Alitalia", a déclaré le directeur général d'Etihad, James Hogan, dans un communiqué commun avec Alitalia, dans lequel il est ajouté que Rome est favorable à une telle alliance.

500 millions d'euros d'investissement?

"Une fois que le conseil d'administration et les actionnaires d'Alitalia auront confirmé qu'ils acceptent ces conditions, les compagnies aériennes procèderont à la documentation finale afin de réaliser la transaction projetée", ont déclaré les deux compagnies aériennes sans préciser les conditions ni l'ampleur de l'investissement. Selon plusieurs sources, Etihad pourrait investir plus de 500 millions d'euros en échange d'une participation de 49% dans Alitalia. Selon Reuters, un arrangement a été passé prévoyant 2.800 à 2.900 suppressions d'emplois, dont une partie au moins pourrait faire l'objet d'un plan social couvert par l'Etat.

Près d'un milliard d'euros de dette

Surtout, la décision d'Etihad suppose que la compagnie d'Abu Dhabi a gagné son bras de fer avec les banques italiennes au sujet de l'abandon par celles-ci de tout ou partie de leurs créances sur Alitalia, endettée hauteur d'environ un milliard d'euros. Jusqu'ici les banques avaient toujours refusé de participer à la restructuration de la compagnie transalpine. C'est la raison pour laquelle Air France-KLM n'a pas participé à l'augmentation de capital d'Alitalia fin 2013. Aujourd'hui, le camp italien a visiblement accepté à Abu Dhabi ce qu'elle avait refusé à Air France-KLM. Il n'avait plus le choix sauf à se résigner à voir disparaître Alitalia, incapable de se redresser. En pertes depuis une quinzaine d'années, Alitalia sauve une nouvelle sa peau.

Comment va réagir Air France-KLM?

Reste à voir ce que va faire Air France-KLM, actionnaire à hauteur de 7% d'Alitalia et partenaire commercial d'Etihad sur la route Paris-Abu Dhabi et quelques destinations en correspondances. "Si Etihad investit dans Alitalia, nous regarderons s'il y a un intérêt pour nous d'augmenter notre participation dans le capital d'Alitalia. Nos conditions n'ont pas bougé. Alitalia doit se restructurer tant sur le plan industriel que financier", déclarait en début d'année à la Tribune le PDG d'Air France-KLM, Alexandre de Juniac.

Delta hostile aux compagnies du Golfe

Alitalia est un partenaire stratégique pour Air France-KLM qui lui permet d'être présent en Italie, un marché dominé par Lufthansa et les compagnies low-cost. Air France-KLM et Alitalia collaborent sur les routes reliant Paris et Amsterdam à l'Italie. En outre, Alitalia fait partie également d'une coentreprise transatlantique avec Air France-KLM et Delta. Vu l'hostilité de la compagnie américaine à l'égard des compagnies du Golfe, le maintien d'Alitalia sous influence d'Etihad dans l'alliance transatlantique semble compliqué.

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Pas évident en effet que Delta accepte de partager toutes ses données. En outre, un éventuel développement du long-courrier d'Alitalia vers l'Est (Amérique du Nord et du Sud), poserait un sérieux problème pour l'alliance.

Enquête de Bruxelles

Si la prise de 49% du capital d'Alitalia par Etihad se confirme, il s'agit d'un véritable défi que lance la compagnie d'Abu Dhabi à Bruxelles. Rafler la participation maximale que peut prétendre une compagnie non communautaire dans le capital d'un transporteur européen sonne en effet comme une provocation au moment même où la Commission vient d'ouvrir une enquête sur la conformité avec le droit européen des prises de participation d'Etihad dans certaines compagnies aériennes, comme Air Berlin.

Poussée par l'Allemagne (et par Lufthansa), Bruxelles cherche savoir si Etihad, (et les autres compagnies visées par cette enquête, Delta et Hainan, qui ont pris 49% respectivement de Virgin Atlantic et Aigle Azur, mais aussi Korean Air, actionnaire de CSA) intervient ou pas dans la gestion opérationnelle des compagnies dans lesquelles elle investit. Pour beaucoup de professionnels du secteur, la compagnie du Golfe semble bel et bien aux manettes d'Air Berlin. Ce n'est pas l'exemple suisse, où Darwin Airlines a été rebaptisée Etihad Regional, pourtant actionnaire à seulement 33%, qui rassurera Bruxelles. Concernant Alitalia, difficile d'imaginer en effet qu'Etihad vienne sauver l'un des plus gros boulets de l'Europe sans demander de contrôler la compagnie italienne.

Investisseur avisé

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Le sauvetage d'Alitalia fait également apparaître des contradictions sur la notion d'aides d'Etat en vigueur en Europe. Alors que Bruxelles interdit les aides d'Etat (sauf cas bien précis), elle autorise une compagnie détenue par l'émirat d'Abu Dhabi à le faire, en le considérant comme un investisseur avisé.

Fabrice Gliszczynski

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