Air France, pas de licenciements si les syndicats signent des accords (rapidement)

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(Crédits : © Gonzalo Fuentes / Reuters)
Après l'agression de deux dirigeants d'Air France en marge du CCE annonçant 2.900 suppressions de postes, la direction maintient son plan de restructuration. Elle précise néanmoins qu'il n'y aura pas licenciements avec les catégories de personnels qui négocieront des accords de productivité mais des départs sur la base du volontariat.

«Je ne veux pas que l'on jette l'opprobre sur les salariés et les syndicats d'Air France. Ce n'est pas le vrai visage d'Air France. Nous nous battrons tous, tous les jours, pour qu'Air France reprenne le chemin d'une croissance qui soit durable et qui bénéficie à tous. Je sais qu'il sera possible de continuer le dialogue social avec responsabilité comme nous l'avons toujours fait à un moment particulièrement important de l'histoire de notre compagnie. La violence et l'intimidation n'entameront en rien cette détermination. Nous devons jouer collectif et pour ma part j'y suis prêt », c'est avec ces mots remplis d'émotion que Xavier Broseta, le directeur des ressources humaines d'Air France agressé par des salariés ce lundi matin en marge du comité central d'entreprise (CCE) s'est exprimé devant la presse lundi en fin de journée, en ayant au préalable exprimé ses pensées «pour l'agent de sécurité qui a été blessé et hospitalisé et le directeur des ressources humaines de l'activité long-courrier", Pierre Plissonnier.

"La croissance se mérite"

Des agressions qualifiées « d'indécentes » par Frédéric Gagey, le PDG de la compagnie, «en contradiction avec les valeurs d'Air France ». La compagnie va déposer plainte pour violences aggravées.

Pour autant, a-t-il déclaré, « le plan de restructuration va être lancé », en rappelant que si les négociations avaient réussi, c'est un plan de croissance et de compétitivité qui aurait été mis en place.

"La croissance n'est pas un droit, elle se mérite", a-t-il déclaré.

A l'inverse, ce plan validé par le conseil d'administration d'Air France-KLM et confirmé dans ses grandes lignes au CCE ce matin avant son interruption, prévoit une baisse de capacité de 10% sur le réseau long-courrier en 2016 et 2017, la suppression de 2.900 postes, et le lancement du processus d'annulation des livraisons de Boeing B787.

Echec des négociations avec les navigants

Ce plan a été actionné après l'échec des négociations avec les syndicats de pilotes sur des mesures à mettre en place pour réduire de 170 millions d'euros les coûts des pilotes. Mais aussi avec les syndicats des hôtesses et stewards qui, à l'exception de l'Unac, ont refusé de s'assoir autour de la table.

Cette baisse de capacité prendra plusieurs formes : des suppressions de lignes, principalement « vers l'Est de l'Europe », des réductions du nombre de vols sur certaines lignes et une adaptation de l'offre selon la saisonnalité.

En 2016, la restructuration passera par des réductions des fréquences de vol et « la saisonalisation de l'activité ». Les fermetures de lignes se feront plutôt en 2017.

Cette réduction de voilure se fera donc en deux temps. Une première baisse de capacités de 3% à partir du programme été du fait du retrait de la flotte de 5 avions, puis de 7% en 2017 avec le retrait de 9 avions supplémentaires. La flotte long-courrier d'Air France passera ainsi de 107 avions aujourd'hui à 93 à l'été 2017. Cette réduction de la flotte de 14 appareils passe par la sortie d'A330 et d'A340 qui ne seront pas remplacés par des Boeing 787. Les cinq Dreamliner qui devaient arriver à Air France au cours des deux prochaines années seront annulés.

Pas de licenciements n cas de négociation

Sur le plan social, cette baisse de voilure entraînera la suppression de postes de 2.900 postes, 300 chez les pilotes, 900 chez les personnels navigants commerciaux (PNC) et 1.900 chez les personnels au sol. La baisse des effectifs suivra celle des capacités. Autrement dit, elle sera de 3% au cours de la première phase et de 7% au cours de la seconde.

Si la direction assure qu'elle privilégiera les départs volontaires, elle n'exclut pas les licenciements secs. Tout dépendra en fait d'une éventuelle reprise ou pas des négociations. En effet, dans tous les secteurs de l'entreprise où, selon Frédéric Gagey, "la concertation permettra d'approcher les coûts à ceux du marché", les sureffectifs seront traités par des plans de départs volontaires. A défaut de négociation, les départs contraints ne sont pas exclus.

Car, si le plan B est enclenché, il reste encore un espoir pour que sa deuxième phase soit annulée ou atténuée. Pour cela, des accords avec les navigants doivent être trouvés, à la fois avec les pilotes mais aussi avec les PNC. Et ce rapidement, d'ici trois mois environ avant que des décisions irréversibles ne soient prises.

Le temps est compté. Toute négociation doit être achevé avant que le lancement des plan de départs volontaires ou (et) de sauvegarde pour l'emploi, mais aussi avant  la finalisation des annulations de prises de livraison des Boeing 787.

«Une fois que ces deux processus seront lancés, il sera impossible de faire marche arrière», explique un proche du dossier.

Ce qui donne grosso modo trois mois environ.

«Entre l'information consultation sur la stratégie et la gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences (GPEC), la possibilité du CCE d'être assisté par un expert mais aussi de s'adresser au conseil d'administration qui a obligation de lui répondre, les modalités des départs ne seront pas présentées avant mi-décembre », fait remarquer la même source.

Reprise des négociations?

Pour autant, si un accord avec les PNC n'est pas "inenvisageable" selon un membre de la direction, il reste plus aléatoire avec les syndicats de pilotes. Encore faut-il que les négociations reprennent. Sur ce point, la direction est claire.

«La porte est ouverte pour reprendre les négociations mais sur la base de sujets sérieux et à condition qu'il y a ait une volonté partager du SNPL d'aboutir », explique Frédéric Gagey.

Or, jusqu'ici ce dernier ne partageait pas le constat sur la nécessité de réduire les coûts. Et refuse une hausse des cadences à rémunération constante comme le demande la direction.

Une chose est sûre. Les accords qui régissent les conditions de rémunération des pilotes ne seront pas dénoncés.

«Ce n'est pas une option car sur le plan juridique, même si l'accord sur le système salarial des pilotes, qui veut qu'une augmentation des heures de vol entraîne une hausse de rémunération, était dénoncé, les avantages individuels acquis survivraient à l'accord et donc le système de rémunération des pilotes aussi », explique un spécialiste du droit du travail. Et d'ajouter : « s'il n'y a pas de négociation, il n'y a pas de possibilité de baisser les coûts à l'heure de vol ».

Accords de périmètre

La direction dispose de moyens de pression sur le SNPL. A défaut de négociation sur la manière de réduire les coûts des pilotes, la direction ne négociera pas les accords de périmètre qui s'achèvent fin mars 2016. Ces accords sont cruciaux pour les pilotes car ils définissent la part d'activité qui revient aux pilotes d'Air France lorsque la compagnie exploite des vols en code-share ou en joint-venture avec des compagnies partenaires.

Autre moyen de pression, à défaut d'accord, la répartition de l'activité d'Air France et de KLM au sein d'Air France-KLM ne pourrait être respectée selon un proche du dossier. Elle est aujourd'hui de 2/3-1/3 en faveur d'Air France, conformément au poids de chacune des deux compagnies.

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Commentaires
a écrit le 06/10/2015 à 12:20 :
Airfrance a vite compris la stratégie justement ....réformer la productivité des pilotes qui pensent qu'air france leur appartient !!! le PS et PNC ont accepté les éfforts ...
La compagnie doit tenir bon mais peut etre ferait elle mieux de donner aussi l' exemple par des efforts des haut cadres et dirigeants ?
Et ce cher Manuel Valls qui se prend pour un futur Président ( mdr) ferait mieux de lire ou d'apprendre à lire le rapport Leroux .... quel mascarade
a écrit le 06/10/2015 à 10:48 :
ALCATEL LUCENT a été sauvé parcequ'elle était stratégique et portait des espoirs, pour bonne preuve elle s'est mariée avec NOKIA et pour une dot énorme. AIRFRANCE vaut moins de deux milliards en bourse et elle sera absorbée moins le prix des avions pour l'euro symbolique car elle n'est plus stratégique.
a écrit le 06/10/2015 à 10:14 :
Le mieux serait de mettre Air France en faillite et de créer une nouvelle compagnie "France Envol ". Ce qui permettrait de tout remettre à plat : les contrats, avantages et obligations des uns et des autres pour repartir sur de bonnes bases, des bases plus saines.
Depuis de trop longues années, Air France n'est plus performante. Que ce soit à titre personnel comme professionnel, nous ne prenons plus Air France : pas assez fiable et trop onéreuse pour des services pas au niveaux du prix.
Réponse de le 06/10/2015 à 11:41 :
Aucun politicien n osera

C'est pourtant la seule solution pour se battre dans la mondialisation

Réponse de le 06/10/2015 à 15:09 :
C'est facile de dire ça caché derrière son écran. Si tu es si intelligente que ça pourquoi tu ne profites pas de l'opportunité de créer une compagnie aérienne ? Tu paierai tout le monde au SMIC et jusqu'à leur retraite. Tu t'en mettre plein les fouilles c'est si simple que ça. Bien sur les conseilleurs ne sont pas les payeurs
Réponse de le 06/10/2015 à 18:24 :
Cela m'arrive de choisir des vols Air France (version low cost) pour l'Italie pour leurs horaires en milieu de journée.
a écrit le 06/10/2015 à 9:32 :
L' état pourrait compenser le déficit . Cela ne coûte rien, c'est l'état qui paye!
Réponse de le 06/10/2015 à 13:38 :
Je vous donnerai pas mes sous à compter !!
a écrit le 06/10/2015 à 9:31 :
Qu'en pense notre ministre des transports?
Au fait, on a un ministre des transports ?????
a écrit le 06/10/2015 à 9:29 :
La dernière fois nous les avons sauvés avec nos impôts, cette fois ci ils devront s'en sortir seul.
Pour moi , vivement que les autres compagnies puissent prendre leurs créneaux et avoir enfin un service de qualité et d'aimabilité.
a écrit le 06/10/2015 à 9:15 :
Marcel et Sergio s'est exactement ça !!!! mais faut pas oublier que cette crise est juste à cause des pilotes qui ne veulent pas faire d'effort ...
il sont pret à couler la boite et seront tenu responsable des licenciements !!!
Et je rejoins Dom, c'est la tete des pilotes qui devra etre sur les piquets .
a écrit le 06/10/2015 à 8:47 :
Et si on créait un impôt supplémentaire pérenne pour payer le déficit chronique d'air France ? Voilà une bonne solution bien socialiste: faire payer à tous les avantages sociaux de quelques uns. On le fait pour la S'CF, pour EDF , alors?
Réponse de le 06/10/2015 à 9:49 :
Une taxe , indolore comme toutes les nouvelles taxes.....
a écrit le 06/10/2015 à 8:47 :
Chantage minable de cadres incompétents et dépasses par la situation. Tous ca est à l'image de notre pays.
Pour le reste je partage l'avis de DOM.....
a écrit le 06/10/2015 à 8:41 :
Alexandre de Juniac, manager de l'année 2012, déclarait alors:
Retour à l'équilibre en 2014
Retour à la profitabilité en 2015 avec une reprise des embauches.
Il a échoué, il doit donc en tirer les conséquences.
Réponse de le 06/10/2015 à 14:31 :
Heuh... 3 semaines de grève des... pilotes; 300MEUR... ça ne vous rappelle rien ???
a écrit le 06/10/2015 à 8:35 :
Quelle honte ces agressions. Et regardez bien qui les a commises...des membres de syndicats qui ne font rien de la journée et qui prétendent chaque année des augmentations de salaires. Solidarité au DRH...désolé
a écrit le 06/10/2015 à 8:29 :
La situation d'AF est difficile, tout le monde doit faire des efforts pour payer les erreurs stratégiques de la direction précédente.
Mais pourquoi seul le personnel doit il fournir ces efforts ?
Que deviennent les préconisations du rapport Leroux ?
J'ai commencé à travailler dans cette belle entreprise en 1976. La seule catégorie de personnel qui a vu ses revenus exploser est celle des cadres dirigeants. Malgré la crise, leurs revenus ne cessent d'augmenter dans des proportions indécentes.
La direction a oublié un principe de base du management. Pour être suivi, il faut donner l'exemple.
Réponse de le 06/10/2015 à 9:22 :
Pourriez-vous nous rappeler quelles étaient les conclusions du rapport Leroux ?
a écrit le 06/10/2015 à 8:27 :
la politique de réduction des couts a montré ses limites.l'histoire a prouvé qu'une augmentation des tarifs était la meilleure des solutions(EDF,GDF,BOUYGUES,DASSAULT,SNCF,ORANGE,BNP etc...)
Réponse de le 06/10/2015 à 10:17 :
Vas y augmente les prix... Ils iront tous chez Etihad ou Qatar Airways !!
J ai une 208 à 76000 euros si tu veux !!

Un actionnaire...
a écrit le 06/10/2015 à 6:10 :
Cela a du bon les stages commandos à la mode chez les cadres (belles escalades).

Cela avait de allures de révolution. Mais, on est devenu civilisés. Dans le temps, c'était les têtes sur des piques et pas des chemises déchirées.
En plus, Hollande a une bonne tête de Louis XVI.
a écrit le 06/10/2015 à 4:43 :
Dans quelques jours la SNCM va disparaître. Dans quelques mois ce sera le tour d'Air France. Les Modèles de ces deux entreprises c'est le modèle Français. C'est donc un modèle voué à l'échec.
a écrit le 06/10/2015 à 4:32 :
Je pense qu'il faut savoir remettre en cause certains avantages acquis lorsque les déplacements par avion étaient réservés à une certaine élite financière. Maintenant les vols sont dédiés à tout le monde, la concurrence fait rage, et chaque passager recherche "le prix". Moi je suis en Asie, et beaucoup de passagers français maintenant arrivent soit par les compagnies du golfe, soit par les compagnies locales qui ont soit des coûts moindres (compagnies locales) soit reçoivent des subventions (compagnies du Golfe).
Il faut donc amener Air France à affronter ces règles et s'adapter avant que le compagnie ne sombre, ce qui ferait alors plus de dégats
a écrit le 06/10/2015 à 0:34 :
La France est ridiculisée par cette affaire. Du Louis de Funès tragique. Syndicalisme, corporatisme, gauchisme, haine sociale et finalement ruine garantie. Le monde rigole bien de ce spectacle pitoyable. C'est la France "enchantée" des socialistes?
a écrit le 05/10/2015 à 23:05 :
Le problème posé par Air France ; notamment par le syndicat des pilotes, dépasse largement le cadre d'activité de la compagnie. Le syndicat doit positionner ses vues avec la globalité des activités du monde de l'aéronautique. Le questionnement porte ainsi sur le développement d'Airbus, si nous ne facilitons pas l'expansion et la multiplication des compagnies. Cette réflexion conduit directement aux sacrifices, qui correspondent autant au coût de l'heure de vol, qu'à l'impact d'une progression des passagers qui ne s'affirme pas aussi forte que souhaitée. Ainsi l'aspect de compétitivité prend une autre dimension.
a écrit le 05/10/2015 à 21:42 :
Il y a encore des citoyens qui se croient au XIX eme siècle, qui les conditionne ainsi?
Les Air France doivent attérirent, dans leur métier on sait ce que cela veut dire, une phase délicate...
a écrit le 05/10/2015 à 20:47 :
le personnel au sol devrait se concentré davantage sur le vrai problème !!! à savoir les pilotes (pas tous biensur)qui ne veulent pas faire des efforts alors que le PS et PNC ont faient les efforts demandés par TRANSFORM 2015 ....
les syndicats signataires de TranForm 2015 ont évité les licenciements fermes grace au PDV qui ont pérennisé les emplois restant ( qu'on fait les autres ?)
c'est clair qu'il ne faut pas dire amène à toute les réformes, mais le combat n'a pas lieu d'etre car c'est aux pilotes de faire des efforts ... en signant un accord il sauve les emplois ça me parrait assez clair comme sortie de conflit et ceux qu'y ne veulent pas ben la porte est ouverte .....quittez la boite pour voir ( au lieu de cracher dans la soupe)
a écrit le 05/10/2015 à 20:44 :
Même une fois frappés, ils utilisent la langue de bois.
Ils sont tous soumis : les geôliers comme leurs prisonniers.

C'était le tour d'Air France, après les taxis, les agriculteurs....

À qui le tour demain ? Les électriciens ? Un peu de cheminots non ?

Entre partenaires associaux, il ne faut pas hésiter à mouiller la chemise les gars.
a écrit le 05/10/2015 à 20:01 :
les syndicats sont prets a signer un accord sur une augmentation de saliare de 10% avec une baisse du temps de travail de 20%, la retraite a 35 ans pour tous, et l'embauche de futurs membres pour compenser les departs
je vois juste?
proposons leur de vendre leurs chateaux pour financer un maintien de l'emploi chez air france, hsitoire de rigoler...
si ca suffit pas on peut leur proposer de reprendre le personnel, vu qu'ils en ont les moyens ( comme on dit!!!)
a écrit le 05/10/2015 à 19:47 :
@ BONSOIR : A part la C.F.D.T. je en vois pas un autre syndicat signer un pseudo accord sous la menace..... TRAVAILLEURS voila le véritable visage du socialisme à la HOLLANDE la discussion ne set à rien qu'à vous endormir agissez !

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