Covid-19 : L'Etat donne un coup de pouce aux compagnies aériennes françaises
Fabrice Gliszczynski

Photo d'illustration
Philippe Wojazer
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Philippe Wojazer
C'est une première étape qui soulagera les compagnies aériennes françaises au moment de la reprise. Mais qui restera insuffisant pour les sauver dans la durée. Ce mercredi, le gouvernement a décidé un moratoire sur certaines taxes et redevances spécifiques au transport aérien. La mesure s'ajoute aux mesures générales dont peuvent bénéficer toutes les entreprises frappées par la crise du coronavirus comme la prise en charge du chômage partiel par l'Etat, ou l'obtention d'un prêt garanti par l'Etat à hauteur de 25% du chiffre d'affaires 2019.
Dans le détail, "le paiement de certaines taxes et redevances exigibles entre mars et décembre 2020" sera reporté sur les années 2021 et 2022", explique le secrétariat d'Etat aux transports. La mesure concerne la taxe de l'aviation civile (qui finance le budget de l'aviation civile), la taxe de Solidarité sur les billets d'avion (ou taxe "Chirac", qui sert à financer les programmes de santé dans les pays en voie de développement), et les redevances sur les services terminaux de la circulation aérienne que recouvre Eurocontrol. Le report des taxes n'est valable que pour les seules compagnies disposant d'une licence française. En revanche, celui des redevances Eurocontrol profitera à toutes les compagnies.
Cette mesure n'a pas beaucoup d'intérêt aujourd'hui dans la mesure où, en l'absence de trafic passagers, les taxes ne sont payées. Elle aura tout son sens en revanche au moment de la reprise.
Du côté des compagnies aériennes françaises, on se félicite de cette mesure, même si on la juge insuffisante.
Le secrétariat d'Etat aux transports a précisé que d'autres mesures restaient à préciser, "comme l'adaptation des modalités de mise en œuvre du droit des passagers, tel le remboursement des billets". Frappées de plein fouet par la crise, les compagnies aériennes du monde entier (à part quelques rares exceptions) se disent incapables de rembourser les billets émis et qui ne seront pas utilisés au cours des prochains mois en raison de l'annulation des vols. Plutôt que de rembourser les billets, elles proposent aux passagers des reports de vols ou des "avoirs", contrairement aux règles européennes. Reste à voir si la France va accorder aux compagnies aériennes ce qu'elle a accepté pour les
tour-opérateurs et les agences de voyage. A savoir proposer des reports des voyages à forfait ou des "avoirs" afin d'éviter des remboursements.ême s'
il s'interroge sur la capacité des compagnies à assumer à nouveau ces paiements en fin d'année,
Thomas Juin, le président de l'Union des aéroports français (UAF), salue évidemment ces premières mesures qui permettront "de soulager la trésorerie des compagnies françaises au moment de la reprise",Mais il regrette l'absence de mesures de réduction des "coûts de touchée" sur les aéroports français (redevances et taxes qui pèsent sur le passager), qui sera un élément déterminant à ses yeux pour maintenir la connectivité aérienne des aéroports tricolores.
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Si ces mesures devaient en rester-là ,"ce ne sera clairement pas à la hauteur de l'enjeu", a-t-il ajouté.
D'autant plus que la demande des aéroports à l'Etat de prendre à sa charge le financement des missions régaliennes de sûreté-sécurité est restée lettre morte, alors que les aéroports ont indiqué qu'ils n'étaient plus en mesure de la payer à court terme en raison de l'absence de trafic.
au Budget annexe de l'aviation civile", selon son président, Jean-Pierre Sauvage.
"Nous ne comprenons pas cette différenciation de traitement", explique-t-il à La Tribune.Cette différence de traitement, extrêmement rare dans le transport aérien mondial (dans les pays du Golfe par exemple, l'absence de taxes s'appliquent à toutes les compagnies), a été validé par la Commission européenne. Elle traduit le changement d'approche de Bruxelles en matière d'aides d'Etat en raison de la crise du coronavirus.
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"La Commission a apprécié la mesure de la France au regard de l'
article 107
du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE), qui permet à la Commission d'autoriser les aides d'État accordées par les États membres pour compenser les dommages causés directement à certaines sociétés ou à certains secteurs (sous la forme de régimes d'aides) par des événements extraordinaires", précise Bruxelles. La pandémie de Covid-19 étant évidemment considérée comme tel, "la
Commission
a donc conclu que ce régime était conforme aux règles de l'UE en matière d'aides d'État, notamment à l'article 107, paragraphe 2, point b), du TFUE, étant donné qu'il contribuera à atténuer les effets négatifs du coronavirus sur le secteur aérien en France, sans fausser indûment la concurrence au sein du marché intérieur".Reste à voir comment les autres Etats réagiront. Il serait dommageable en effet qu'Air France se retrouve pénalisée sur les marchés internationaux.
Fabrice Gliszczynski