La Bretagne veut monter en puissance sur l'hydrogène

Les projets de tous types attirent les investisseurs : un navire à hydrogène décarboné, des générateurs électro-hydrogène, des stations mobiles flottantes de production et de distribution d'hydrogène vert... Dans la Région, EDF se positionne pour promouvoir la transition énergétique.

5 mn

La station mobile flottante (STSH2) de production et distribution d'hydrogène fait partie des trois types de solutions développées par EODev. Le générateur compact GEH2 est pour sa part équipé de la dernière génération de pile à combustible (PAC) Toyota.
La station mobile flottante (STSH2) de production et distribution d'hydrogène fait partie des trois types de solutions développées par EODev. Le générateur compact GEH2 est pour sa part équipé de la dernière génération de pile à combustible (PAC) Toyota. (Crédits : C EODev/Romain Jallon/Eneria)

La Bretagne, nouvel eldorado de l'hydrogène vert ? Ces derniers jours plusieurs partenariats ont été dévoilés, portés par une idée commune : accélérer l'industrialisation et la commercialisation des solutions à hydrogène "Made in Bretagne".

C'est par exemple l'ambition d'EODev, filiale à 100 % d'Energy Observer, le premier navire à hydrogène décarboné mis au point à Saint-Malo et embarqué depuis 2017 dans un tour du monde. La jeune pousse créée en 2019 à partir des travaux de recherche et développement effectués à bord d'Energy Observer, développe des produits et solutions fondées sur l'utilisation intelligente de mix énergétiques alliant différentes sources d'énergies renouvelables (photovoltaïque, éolien) avec l'hydrogène comme moyen de stockage.

Après un premier tour d'amorçage réalisé en 2019 et la signature de plusieurs partenariats industriels (Engie, Chereau véhicules frigorifiques, CMA CGM, CNES, Toyota) pour concevoir des prototypes, EODev vient d'annoncer une première levée de fonds de 20 millions d'euros. Le financement provient des partenaires historiques d'Energy Observer tels que les groupes Accor et Thélem Assurances et de nouveaux acteurs industriels comme le groupe Monnoyeur. Celui-ci s'est impliqué début septembre dans le projet au travers de sa filiale Eneria, spécialiste dans la conception, l'installation et la maintenance de solutions de production d'énergie clé en main. Eneria apporte à EODev son savoir-faire dans l'industrialisation, le déploiement et la gestion du service après-vente d'un générateur électro-hydrogène nommé GEH2.

Technologies sur l'ensemble de la chaîne énergétique

« Cette levée de fonds va permettre d'accélérer l'industrialisation et la commercialisation de solutions énergétiques durables, accessibles et qui répondent directement à la demande pour une utilisation de l'hydrogène efficace avec une empreinte environnementale faible » précise le navigateur Jérémie Lagarrigue, directeur général d'EODev. La startup (10 millions d'euros de CA en 2020), qui prévoit une centaine d'embauches d'ici à 2024, affiche en parallèle son objectif de contribuer à la transition énergétique alors que le plan de relance du gouvernement vient d'allouer à la filière hydrogène une enveloppe de 7 milliards d'euros sur 10 ans, 2 milliards en 2021 et 2022.

Lire aussi : Hydrogène vert: la France met 7 milliards sur la table pour rivaliser avec l'Allemagne

« Nos technologies adressent l'ensemble de la chaîne énergétique avec des générateurs électro-hydrogène de moyenne puissance, des systèmes énergétiques hydrogène embarqués pour une utilisation maritime et fluviale (propulsion et vie à bord) et des stations mobiles flottantes (STSH2) de production et de distribution d'hydrogène vert. »

La semaine dernière, EODev a présenté pour la première fois à des professionnels, sur le site d'Eneria à Montlhéry, le générateur électro-hydrogène, ou GEH2, en fonctionnement opérationnel. Selon les deux partenaires, « le GEH2 permet de proposer une solution sans émissions de CO2 ni particules fines et sans bruit, pour une puissance allant de 100kVA à 2MVA (voltampère) » et « offre de nombreux atouts en comparaison de groupes diesel équivalents ». Opérable sous presque toutes les latitudes, le GEH2 peut être piloté à distance et sa durée de vie est bien supérieure aux groupes équivalents diesel. Eco-conçu, le générateur inclut une structure en aluminium recyclable et un capotage en fibre de bambou issu de production durable. « Le GEH2 est adapté à tous les sites en recherche ou en besoin d'autonomie énergétique, comme solution de secours pour des sites sensibles comme des hôpitaux, des aéroports ou les datacenters ou comme source première dans des sites isolés (îles, refuges, antennes relais...) ou confinés (tunnels, mines...) » détaille Jérémie Lagarrigue.

H2x Ecosystems s'associe avec Anleg GmbH ; la Région signe avec EDF

EODev fait partie des 190 acteurs bretons engagés dans des projets de production et d'usage de l'hydrogène vert. Une autre entreprise de Saint-Malo, H2x Ecosystems (ex H2x Systems) finalise une très prochaine levée de fonds. L'entreprise, fondée en 2018, produit l'hydrogène vert à partir des ENR et de l'eau. Elle s'est alliée au spécialiste allemand de l'hydrogène Anleg GmbH, pour industrialiser la production d'électrolyseurs, de piles à combustibles et de stations de recharge pour les véhicules fonctionnant à l'hydrogène. A Redon, H2x travaille main dans la main avec l'agglomération autour d'un projet visant à produire localement 100 véhicules à hydrogène par an à horizon 2023. La levée de fonds viendra notamment appuyer la construction en 2021 d'un électrolyseur alimenté par l'énergie solaire et capable de fournir 150 kilogrammes d'hydrogène. Le coût du projet s'élève à 2 millions d'euros.

En matière de transition énergétique, la Région Bretagne se voit en « région leader » à horizon 2040, avec EDF comme partenaire de référence. Les deux parties ont signé le 17 septembre une convention visant à soutenir l'économie par la préservation du mix énergétique régional bas carbone et le développement de projets d'énergies renouvelables valorisant les ressources du territoire. Parmi les cinq axes de coopération mis en avant, EDF entend contribuer au développement des ENR et de l'éolien flottant afin de favoriser l'émergence d'une filière industrielle. Concernant l'hydrogène, EDF travaille avec le syndicat départemental d'énergies du Morbihan sur des aspects de production, et à Molène sur le projet Molène Stockage H2. Ce dernier vise à coupler un dispositif de stockage par batteries chimiques à un système par hydrogène. En 2023, 50 % de l'électricité de l'île pourrait être d'origine renouvelable, 100 % en 2030.

5 mn