Comment Hidalgo et Brossat veulent faire revenir les classes moyennes à Paris

Priorité affichée par la maire (PS) de Paris et son adjoint (PCF) au Logement, le logement des classes moyennes se heurte à une résistance locale à la densité. La Ville n'en a cure et entend accélérer la transformation de bureaux en logements et la construction d'habitats neufs. D'autant que la foncière pour offrir des locations à des prix abordables, promise pendant la campagne, prend du retard. La Mairie veut aussi durcir le contrôle de l'encadrement des loyers.
César Armand
La maire de Paris Anne Hidalgo et son adjoint au Logement Ian Brossat.
La maire de Paris Anne Hidalgo et son adjoint au Logement Ian Brossat. (Crédits : Reuters)

C'est une statistique connue: Paris a perdu 53.000 habitants entre 2012 et 2017. La municipalité n'a jamais nié ces chiffres et la justifie par la diminution du taux de naissances, l'augmentation du nombre de décès, la multiplication des meublés touristiques type Airbnb et la vacance des résidences secondaires. Mais c'est aussi un fait : même si c'est l'une des priorités affichée par Anne Hidalgo pour son second mandat, le logement des classes moyennes et des familles nombreuses est le souci numéro 1 des Parisiens.

Signe de ces difficultés, dans une ville déjà très dense, le foncier disponible est une ressource rare. Et même lorsque des opérations sont envisagées par la Mairie, la densification se heurte au refus des habitants déjà installés. Dernier exemple en date : l'annulation le 8 janvier d'un permis de construire dans le 16ème arrondissement. Au 56-58 rue Erlanger sur 9.300 mètres carrés et neuf étages, le bailleur social de la Ville, Paris Habitat, veut rénover une école pour ériger une crèche associative, 55 logements sociaux, une résidence sociale, un commerce et un parking. Le tribunal administratif de Paris considère que « même si l'intention de développer une mixite sociale dans le quartier et de répondre aux besoins en crèche, en école et commerce de ses habitants est louable, la maire de Paris en autorisant ce projet, tant par sa conception, son architecture et sa densité, méconnaît les particularités du secteur ».

Accélération de la transformation des bureaux

Dans ses vœux 2021 du 13 janvier, la maire (PS) Anne Hidalgo a pourtant annoncé son intention d'accélérer la cadence pour offrir des logements aux classes moyennes. Elle a ainsi promis que la capitale « transformer[ait] des espaces de bureau en logements accessibles pour les Parisiennes et les Parisiens, parce que c'est leur première préoccupation, c'est là que naissent les difficultés ». Son premier adjoint Emmanuel Grégoire l'a d'ailleurs représentée au lancement d'une initiative en ce sens portée par des assureurs et le capital-investisseur Novaxia.

« Nous ne partons pas de rien », déclare l'adjoint (PCF) au Logement, Ian Brossat . « Entre 2014 et 2020, nous avons transformé 350.000 mètres carrés, dont un tiers pour les bailleurs sociaux, au lieu des 200.000 m² prévus. Tous les acteurs ont joué le jeu », poursuit Ian Brossat.

La Ville a notamment été aidée par l'Etat qui lui a cédé, moyennant décote, des biens immobiliers comme le siège historique du ministère de la Défense dans le très chic 7ème arrondissement, celui de l'Institut national de la propriété industrielle (INPI) ou celui de l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). La crise de la Covid-19 devrait renforcer cette tendance. « Nous sommes convaincus que cette filière peut être productive dans un contexte de raréfaction du foncier et d'une tolérance à la construction neuve qui diminue », dit encore le maire-adjoint au logement.

La foncière promise par Hidalgo prend du retard

A l'inverse d'autres grandes villes comme Bordeaux, Paris « continuera à construire », promettait l'équipe d'Anne Hidalgo début 2020. « Il y a encore des potentiels de développement : Bercy-Charenton, Ordener-Poissonniers, la gare des Mines... Il ne s'agit ni de densifier à outrance ni de renoncer à construire du logement neuf, alors que les besoins sont croissants d'année en année. On ne peut pas applaudir les soignants et leur interdire d'habiter à Paris. Tout cela suppose du logement abordable et du logement social », explique Ian Brossat.

Lors de sa campagne de réélection, la maire-candidate avait en outre promis la création d'une société foncière mixte publique-privée proposant de la location à des prix abordables. Dotée d'1 milliard d'euros de la Ville, de 2 milliards d'une institution publique type Caisse des Dépôts et de 3 milliards d'acteurs privés, à l'image de Nexity, cette foncière serait en théorie en mesure en lever de 20 milliards d'euros pour « reconquérir 30.000 logements » sur le parc privé d'ici à 2026.

Sa naissance prend du retard : « nous y travaillons », assure Ian Brossat. « Anne Hidalgo en présentera les contours dans les mois à venir. La période plaide plus que jamais pour ce type de solutions. La période est rude pour les classes moyennes », continue le maire-adjoint.

Renforcement des contrôles sur l'encadrement des loyers

En attendant, conformément aux déclarations de campagne de la locataire de l'Hôtel de Ville, l'élu communiste veut renforcer le contrôle sur le respect de l'encadrement des loyers. Mis en place en 2015, annulé par la justice en 2017, avant d'être rétabli mi-2019 pour cinq ans, et depuis imité par les autres grandes villes, ce dispositif est censé contenir les sommes demandées par les propriétaires aux locataires.

En théorie, tout bailleur doit respecter trois critères - année de construction/adresse/surface - qui lui indiquent un prix par mètre carré. Il peut y déroger, à condition de spécifier les compléments, comme l'étage élevé, l'ensoleillement, la qualité architecturale... Dans la pratique, les propriétaires ne citent pas toujours ces raisons voire en inventent pour rehausser leur loyer.

Ian Brossat a donc demandé au bureau parisien de la direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) de procéder à des contrôles aléatoires sur les annonces immobilières. D'ici à juin, les réseaux d'agences et les trois plateformes Particulier à particulier, Le Bon Coin et Se Loger se sont ainsi engagés à élaborer, avec la Mairie de Paris et l'Etat, un outil qui permettrait d'envoyer un message automatique au bailleur qui ne respecterait pas ces règles.

Sans attendre la fin du premier semestre, la Ville publiera un baromètre pour vérifier si les réseaux d'agences et les plateformes jouent bel et bien le jeu. Du name and shame ? « Un système qui vise à créer une saine émulation », temporise l'adjoint au Logement. D'autant que depuis la loi Elan, un propriétaire qui refuse de mettre son loyer au niveau légal risque une amende pouvant aller jusqu'à 5.000 euros. Cinq ont déjà été sanctionnés par le préfet d'Ile-de-France en un peu plus de deux ans.

César Armand

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Commentaires 34
à écrit le 05/02/2021 à 12:31
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De nouveau un marché de dupe de la gauche. Ils ont fait fuir les classes moyennes par des impôts, taxes diverses, et j'en passe. Maintenant il faut faire revenir les classes moyennes pour après encore mieux leur piquer leur richesse. Une ville, un...

à écrit le 01/02/2021 à 18:30
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Le logement des classes moyennes et celui des familles nombreuses seraient le souci N° 1 d'Anne Hidalgo et de Ian Brossat? Ils pourraient commencer par agir auprès de leurs amis "de gauche" pour faire supprimer l'IFI au moyen duquel l'état reprend au...

à écrit le 25/01/2021 à 15:47
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Les classes moyennes auront beaucoup de difficultés à revenir dans Paris compte tenu de la fiscalité foncière, du prix des stationnements et de l’endettement élevé de la ville qui génère un niveau élevé de taxes et impôts pour rembourser !!

le 01/02/2021 à 19:22
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Ozarmes, vous avez tout à fait raison. N'oubliez pas l'IFI que doivent payer les familles nombreuses qui ont pu, en d'autres temps, accéder à la propriété, IFI qui est comme une super-taxe foncière dont n'ont pas à s'acquitter les autres citoyens.

à écrit le 25/01/2021 à 3:02
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On peut quand même s'interroger sur le processus démocratique qui a permis que Paris soit dirigée par Hidalgo et Brossat .. Paris perd de son aura chaque jours avec ces trublions qui la dirigent et par ruissellement, c'est l'image de la France q...

à écrit le 24/01/2021 à 21:04
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Par définition, un problème qui n'existe pas, ne peut pas être résolu. Paris est une des villes les plus densément peuplées, donc le fait que la population baisse, n'est aucunement un problème. En revanche, un mauvais diagnostic peut entrainer de nou...

à écrit le 24/01/2021 à 20:38
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Paris est un musée ceint par un périphérique qui coupe l hyper centre de ce qui fut jadis le département de Seine...la départementalisation des années 1960 a fait de Paris ville un nain européen où les richesses dont concentrées sur 105 km2 et il ne ...

à écrit le 24/01/2021 à 17:20
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L'attractivité de la ville de Paris commence à prendre de l'aile... Les riches s'en vont, les migrants affluent, la circulation automobile est exécrable avec de plus en plus de contraintes, depuis la covid beaucoup de cadres veulent partir, les inciv...

à écrit le 24/01/2021 à 11:45
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Bétonnage un maximum, hausse des loyers et des prix du neufs, sans aucuns contrôles sérieux, que de l'enfumage, les plus pauvres éjectés sciemment vers la banlieue, notamment fréquemment au nord, gares commerciales SNCF produits made in China, assass...

le 24/01/2021 à 14:05
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Toujours les mêmes critiques, les mêmes jalousies, pas beaucoup d'idées dans vos propos, Positivez en ce début d année.

à écrit le 23/01/2021 à 14:08
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Deja regler le probleme d'insécurité dans la ville de Paris , ensuite supprimer la salletee des rues et du métro parisien ... Mettre de l'ordre dans lés attribution des HLM .. Permettre la circulation dans les rue de Paris sans que çela devienne...

à écrit le 23/01/2021 à 11:28
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Et si on commençait par supprimer les logements de fonction des toutes nos autorités (sauf le président)..

à écrit le 23/01/2021 à 9:45
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C'est Paris ou Hidalgo que les parisiens veulent fuir ?

à écrit le 23/01/2021 à 9:37
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Tellement facile de trouver des causes autres que ses propres responsabilités :! La lacheté a assumer ses fautes est une constante chez tous les politiques !

à écrit le 22/01/2021 à 19:09
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Les riches quittent Paris, donc réquisition des grands appartements vides, pour y loger plusieurs familles nécessiteuses. Il ne manque plus qu'à désigner le commissaire du peuple du parti chargé de (bien) gérer la vie de ce petit monde. ça me rap...

à écrit le 22/01/2021 à 17:07
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Ce serait plutôt Hidalgo et Brossat essaye de redorer leur image tant la physiologie de Paris est devenue caricaturale.

le 23/01/2021 à 9:39
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Saleté , mixité , violence , prix , bashing auto ......! Qu'y a-t-il d'attractif là dedans ,

à écrit le 22/01/2021 à 17:04
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On loge souvent des familles dans les HLM. Lorsque les enfants partent, les parents gardent leur logement jusqu'à leur mort; de nombreux appartements de 2 ou 3 chambres sont donc occupés par une ou deux personnes; qui ont parfois une maison de campag...

à écrit le 22/01/2021 à 15:01
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On ne peut pas dire que l'ère Hidalgo ait profité à Paris. Plus soucieuse de l'idéologie que de Paris. Rien de neuf depuis longtemps pour l'image de Paris. Tristesse. Socialiste passée et absorbée par un coup de peinture verte, pas beaucoup de person...

à écrit le 22/01/2021 à 13:16
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Cela coûte très cher de transformer des bureaux en logement. Bon courage....

le 22/01/2021 à 16:59
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C’est sur mais c’est pas leur pognon donc du courage....

à écrit le 22/01/2021 à 13:10
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L'interventionnisme fanatique et brouillon de ces individus, menés par leur seule idéologie, (marxisme, lutte des classes) a, logiquement mené Paris à la catastrophe. Il suffit d'y être et d'ouvrir les yeux pour le comprendre. Fuite des entreprises, ...

le 24/01/2021 à 10:59
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@lda1960. Ne pas oublier que cette bande de bras casses a ete elue par les bobos. Qu'ils assument.

à écrit le 22/01/2021 à 12:47
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Équation simple pour un élu local. Vaut-il mieux avoir 4% de droits de mutation sur un appartement à 500 000 euros que sur un à 300 000 euros ? Des larmes de crocodile tout ça tant les droits de mutation sont un énorme socle des budgets des munici...

à écrit le 22/01/2021 à 11:52
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Et les classes populaires ??? Elles n'ont pas droit à Paris ??..

le 22/01/2021 à 13:12
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Non, juste la petite couronne qui va être ensuite englobé dans le grand Paris ,ils devront donc partir plus loin suite à l'explosion prévisible des loyers et du prix du M2..

à écrit le 22/01/2021 à 11:10
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Il n'y a pas que les loyers ,mendiants tous les cent metres , mineur isoles, vols agressions , culture islamiste de plus en plus presente ,crasse ,rats, punaises de lit ....

à écrit le 22/01/2021 à 10:11
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Assez logique que les habitants actuels refusent de nouveaux logements : ca va faire baisser le prix de leur logement (plus d offre = baisse des prix). Apres il faut peut etre aussi se demander s il est bien utile d entasser les gens sur un petit es...

à écrit le 22/01/2021 à 10:08
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Une ville de riches c'est pas bien ? "veulent faire revenir les classes moyennes à Paris" il va y en avoir de moins en moins, des classes moyennes, riche ou pauvre, la 'bataille' est perdue. Quand j'ai vendu mon 2 pièces au Kremlin-Bicêtre, les ach...

le 22/01/2021 à 12:58
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Paris n'est pas une ville de riches, mais une ville avec que des pauvres et des riches, pas d'habitants entre les deux mondes, c'est ça qui est gênant.

à écrit le 22/01/2021 à 9:41
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paris veut devenir vert apres les fermetures des voies sur berges le rejet des voitures dans Paris fermeture de place de stationnements les gens sont pas trop bete et s'eloignent un peu pour avoir plus de calme et de verdure et les loyers ou achat de...

à écrit le 22/01/2021 à 8:46
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Paris, un seul mot : beurk.

à écrit le 22/01/2021 à 8:27
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Ben les gars avec 56 m2 à 600000 euros, bon courage hein !

à écrit le 22/01/2021 à 8:26
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Les métropoles sont bourgeoises, les métropoles sont socialistes depuis des années ,-) Quoi de plus bourgeois et egocentré qu’un socialiste (génération 68) ?

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