Crise de l'élevage : Bruxelles reporte les décisions sur un nouveau plan d'aide éventuel

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Le prix moyen du lait à la vente est passé sous la barre des 300 euros les mille litres, alors qu'il coûte entre 350 et 400 euros à produire. s
Le prix moyen du lait à la vente est passé sous la barre des 300 euros les mille litres, alors qu'il coûte entre 350 et 400 euros à produire. s (Crédits : © Marcelo del Pozo / Reuters)
Très attendue en France, la réunion du conseil des ministres européens de l'Agriculture n'a débouché que sur la promesse du Commissaire européen de venir en France pour discuter de la crise avec le gouvernement et des propositions avancées par Paris.

Douche froide. Ils conviennent que "la situation est grave", mais aucune mesure concrète n'a encore été décidée. Au cours de la réunion des ministres de l'Agriculture réunis ce lundi à Bruxelles, les membres n'ont pas décidé d'un nouveau plan pour soutenir les éleveurs porcins ou laitiers. La Commission renvoie à une prochaine réunion au mois de mars pour trouver un "consensus" entres les membres qui devra tenir compte de son "cadre budgétaire" .

En revanche, Phil Hogan, le commissaire européen se rendra à Paris le 25 février pour discuter de la crise agricole avec le gouvernement. Il a dit prendre en compte les propositions françaises tout en ajoutant que les autres pays membres sont également invités à proposer leurs propres mesures. Concernant le porc en particulier, le commissaire a dit souhaiter "donner une chance" au précédent plan européen.

"Les lignes ont bougé", s'est pourtant félicité Stéphane Le Foll dans un tweet. A l'issue de la réunion avec ses homologues européens ce lundi, le ministre français de l'Agriculture a indiqué que le "memorandum français" avait été "salué et soutenu par 10 pays". Une conférence de presse des responsables de la commission européenne sur les conclusions de cette réunion doit se tenir à 18h15.

Ce conseil était particulièrement attendu à Paris, l'exécutif français ayant plusieurs fois fait entendre qu'il entendait demander une série de mesures pour venir en aide aux éleveurs. "Le 15 février, ça va bouger. Parce qu'on ne peut pas rester comme ça", avait ainsi affirmé le chef d'Etat lors de son allocution télévisée du 11 février. Du côté des éleveurs, certains ont maintenu la pression dans la journée, en bloquant partiellement des voies routières autour de Vannes, en Bretagne.

Relèvement du "prix d'intervention"

Au cœur du problème: les prix du marché du porc et du lait en particulier se situent une fois de plus en dessous du prix de revient pour les éleveurs. La carcasse de porc s'affiche environ 1,11 euro sur le marché de Plérin, alors que son coût de production avoisine plutôt 1,40 euros. Dans le lait, l'écart atteint entre 5 et 10 centimes le litre.

Paris demande donc de relever de quelques centimes le "prix d'intervention": celui en deçà duquel l'Etat est autorisé à acheter une partie de la production. Cependant, cela ne remet pas pour autant en cause la volatilité des prix. Dans le lait par exemple, même les systèmes de contractualisation entre les éleveurs et les collecteurs ne permettent que de réaliser des prévisions de quelques pas, et n'empêchent pas qu'une part de la production soit soumise en permanence à des baisses de prix.

     > Lire: Pourquoi une nouvelle crise s'annonce pour les éleveurs laitiers

Le stockage ne serait qu'une mesure de court terme

L'autre mesure attendue consisterait, comme cela a déjà été fait, à proposer des aides pour stocker les produits en surplus. Toutefois, ce type de mesures ne peut avoir d'effet qu'à court terme.

Nouvel exemple avec le lait: seul les produits en poudre peuvent être stockés, et seulement pendant un temps limité. Lorsque les stocks se retrouveront à nouveau sur le marché, des tensions sur les prix peuvent réapparaître.

Levée d'embargo attendue, mais effets difficiles à prévoir

Une autre solution, particulièrement attendue à la FNSEA notamment, consiste à (re)trouver des débouchés à l'export. A commencer par la Russie et l'embargo alimentaire  décidé en 2014 pour répondre aux sanctions européennes consécutives à la crise ukrainienne. Lors d'une visite à Moscou au mois de janvier, le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a indiqué que la France visait la levée "l'été prochain" des sanctions imposées par les Occidentaux à la Russie.

     > Lire: Les sanctions commerciales contre la Russie seront-elles bientôt levées?

Avant l'embargo, quelque 264.000 tonnes de viande porcine étaient exportées d'Europe en Russie d'après l'agence Agritel. Cette agence experte en cotations agricoles ne donne cependant pas d'évaluation précise de l'impact d'une levée de l'embargo russe sur l'élevage français.

"Quoi qu'il en soit, cela soulagerait le marché. Des pays comme la Pologne ou l'Allemagne étaient d'importants fournisseurs pour la Russie. Or, ce qu'ils n'arrivent pas à exporter se retrouve à bas prix chez nous", constate Michel Portier, directeur général d'Agritel.

Cependant, Moscou n'a évidemment pas attendu qu'une crise agricole secoue l'Europe pour chercher d'autres sources d'approvisionnement. Elle se rapproche par exemple de l'Iran pour négocier l'importation de céréales, de volaille, de boeuf et de sucre, rapportait au mois de janvier l'agence Tass.

En Chine, bientôt une ferme aux... 100.000 vaches !

Par ailleurs, en matière d'exportations, les regards se tournent également vers la Chine, notamment pour le lait. Le ralentissement de la demande en provenance du pays participe en effet aux chutes de prix observées depuis plusieurs mois.

Mais là encore, même si la croissance de la demande chinoise s'accélère, la production intérieure tend à y répondre avec la création de nouveaux outils industriels de très grande taille. Une exploitation de quelque 40.000 vaches a déjà commencé sa production. Un consortium russo-chinois a même entrepris l'an dernier la construction d'une autre exploitation gigantesque, qui elle, devrait compter... 100.000 vaches!

L'étiquetage pour garantir l'origine - et la qualité - des produits ?

Bien loin de ce type d'élevages industriels controversés sur le plan environnemental (tout du moins en France), une autre solution souvent évoquée en Europe concerne la mise en avant de la qualité des produits du Vieux Continent. Celle-ci commencerait par un étiquetage de leur provenance qui devrait également être évoqué à Bruxelles.

Sur ce point, le chemin semble encore long. En France, l'association de consommateurs UFC Que Choisir  a observé que, sur 245 aliments de consommation courante à base de boeuf, porc et poulet, la mention de l'origine n'était présente que dans un cas sur deux. Pour le poulet, la proportion de produits sans provenance atteint même les 74%.

Les difficiles négociations entre agriculteurs et distributeurs

Quelles que soient les mesures finalement prises lors de ce conseil des ministres, d'autres éléments "locaux" entrent en jeu, notamment le poids des négociations commerciales entre distributeurs et industriels de l'agroalimentaire. Bercy a réuni les représentants de ces derniers le 12 février pour un nouveau rappel à l'ordre le 12 février.

"Il n'est pas acceptable que les négociations commerciales conduisent en 2016 à des baisses de prix pour les filières en difficulté", a  par exemple déclaré Emmanuel Macron.

Ce dernier a en outre annoncé le renforcement des contrôles effectués par la DGCCRF. Cette dernière avait indiqué le 9 février avoir procédé à des perquisitions dans une enseigne. L'intéressée, Carrefour, a confirmé cinq jours plus tard en avoir fait l'objet dans ses locaux de Massy "au sujet de certaines négociations commerciales en cours".

Les solutions explorées par certaines enseignes pour sortir de l'impasse

Sur cette question sensible des négociations, certaines enseignes tentent de se démarquer. Auchan a par exemple annoncé vendredi la mise en place d'un contrat tripartite, associant des producteurs de porc du Nord/Pas-de-Calais aux discussions avec les industriels pour fixer les prix de la viande fraîche (une partie seulement de la viande commercialisée puisque le reste l'est sous forme transformée).

De son côté, Serge Papin, Pdg de Système U interrogé sur Europe 1 ce 15 février, s'est dit favorable à de tels accords associant les agriculteurs. Tandis que Michel-Edouard Leclerc, dans une note sur son blog, défendait plutôt la signature d'une "Charte sur les valeurs laitière" ainsi que l'option du fonds d'aide pour le porc.

Un fonds de soutien... et ses problèmes de concurrence

Car, dernier point en suspens, la création d'un fonds de soutien à la filière porcine de 100 millions d'euros reste à l'ordre du jour. Mais il risque de soulever des problèmes juridiques en matière de concurrence.

Début janvier déjà, il était question d'une enquête de la Commission européenne sur des "des comportements anti-concurrentiels" au cours de tables rondes organisées en France en 2015.

(Article créé le 15/02/2016 14:29, dernière mise à jour à 18h30)

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Commentaires
a écrit le 20/02/2016 à 12:55 :
On est gouverné par des naïfs et des lâches ,on ne devrait pas avoir des trouillards comme ministre mais des hussards . Ils ont acceptés la fin des quotas de la pac , sans prévoir la modernisation de notre agriculture , les fonds du cice vont à la grande distribution et pas aux agriculteurs ,on croit rêver . Maintenant il faut augmenter la production fortement pour compenser la baisse des prix ,il faut que nos paysans double leur production pour s'en sortir ,nos concurrents essaient et son entrain de nous piquer la part de marche qui nous reste . Regarder ce que font l’Allemagne ,l’Espagne ,l’Irlande ...RÉVEILLEZ VOUS !
a écrit le 17/02/2016 à 17:43 :
Il est évident que le traité transatlantique coiffe les problèmes agricoles européens. Aucune décision tendant à les régler ne verra le jour tant qu'une orientation de l'Europe ne sera prise; A commencer par le référendum de la GB. Le choix d'une nouvelle Europe s'impose en urgence.
a écrit le 17/02/2016 à 9:01 :
La surproduction , c'est bien la faute des agriculteurs eux-mêmes, alors pourquoi s'en prennent-ils aux malheureux consommateurs ? ?
a écrit le 16/02/2016 à 20:22 :
Grosso-modo, nos grands stratèges de l'ena ont voulu "punir" la Russie et s'étonnent
que celle-ci y ait , au bout d'un an, répondu .
Croient-ils rattraper le marché comme cela ?
Essayez un "essai" de divorce ...et revenez-y ans après .
Pauvre ena .
a écrit le 16/02/2016 à 14:43 :
Les agriculteurs doivent assumer le résultat de leurs stratégies de court terme : de l'argent de "Bruxelles", toujours plus d'argent pour ne pas bouger, ne pas évoluer, rester les deux pieds dans le même sabot. Encore une fois les bretons et d'autres ont voté socialiste parce qu'ils croyaient qu'ils allaient leur donner de l'argent comme ils votaient avant Chirac parce qu'il leur donnait de l'argent lorsque l'arnaque en cours le permettait. Bien entendu ils disent à qui veut l"entendre depuis des décades qu'ils ne veulent pas d'argent servant comme discours toute une théorie qui revient au même, plus ou moins marxiste qui voudrait "qu'ils puissent vivre de leur travail", etc. Du Bové tout craché. On ne peut les plaindre. L'on sait que les métiers évoluent, l'agriculture française doit évoluer. Les agriculteurs doivent être plus matures, on fait des affaires pas la charité. Sur le porc un rapport gouvernemental est paru exactement il y a dix ans, rien n'a bougé depuis, les gars sont avec leur petit train train de production minimaliste sous faux prétexte de qualité et entendent que l'on la leur achète. Non, on ne plaindra pas les agriculteurs, il n'y a aucune raison pour cela.
Réponse de le 16/02/2016 à 15:10 :
C'est vrai, en investissant dans une machine outil qui va leur coûter 10000 euros, grâce à cela ils pourront vendre encore moins cher...

Vous rendez-vous compte de la bêtise d'une telle "logique" je vous prie au moins .?

Comment vont ils faire pour rembourser leurs coûteux investissements productivistes avec des marges encore plus réduites sur leurs ventes !?!?

N'importe quoi...
a écrit le 16/02/2016 à 13:35 :
On s'en doutait fortement, l'union européenne est là uniquement pour aider les plus riches, pas les plus pauvres.
a écrit le 15/02/2016 à 18:20 :
La levée des sanctions contre la Russie cet été permettra t elle la levé des sanctions russes contre l'union européenne ? C'est possible ,mais le mal est fait .Quand les produits européens arriveront sur les marchés russes ,la place serra deja prise par des concurents qui n'ont pas de SMIC et qui ne produisent pas en €.De plus les russes échaudés produiront tout ce qui leur est possible de produire, ils le ferront en rouble et là impossible de s'aligner .Faudra trouver d'autres debouchés mais ou si les surplus sont mondiaux .......
Réponse de le 16/02/2016 à 5:44 :
On peut ajouter qu'il n'y aura pas de levées de sanctions car les Américains sont dans une stratégie de confrontation avec la Russie et donc ne le voudront pas. Comme l'Europe n'a plus de politique étrangère propre et ne fait que suivre les Américains en bons vassaux ....
Réponse de le 16/02/2016 à 14:55 :
Il faut comprendre, @sez, que les russes achètent nos produits parce qu'ils nous vendent( .daient) du pétrole. Or il ne s'agit pas uniquement de l'embargo direct mais des propagandes agressives mises en place auparavant pour ne plus le leur acheter. Tout naturellement ils ne veulent plus de nos produits puisque le commerce est un échange. Ici on comprend que plus le pétrole a monté, plus ils ont acheté de nos produits agricoles sans que les agriculteurs ne fassent rien. L'embargo actuel les aides donc dans la démarche brutale qui se serait faite progressivement de toute manière. De même, ils n'ont plus voulu acheter nos navires et nous avons retourné ce camouflet en disant ne plus vouloir les leur vendre... Beaucoup de stupidité donc, mais... nous avons voulu ces gouvernements et cette pratique européïste folle, ne nous plaignons donc pas.
a écrit le 15/02/2016 à 18:01 :
Ils produisent trop cher les agriculteurs français. Quand ils disent que le prix de revient est de 1.30, combien de cette somme est due aux paiement des intérêts bancaires ? Que les banques fassent l'effort. D'où viennent toutes ces aides pour soutenir la hausse des prix alors qu'on est en déflation ? Nos chers agriculteurs doivent s'adapter et arreter de nous mettre à contribution car incapables de gérer leurs exploitations.
Réponse de le 15/02/2016 à 18:50 :
C'est vous qui n'achetez pas assez chez, donc des produits importés moins contrôlés, et moins sécurisés et respectueux de l'environnement.
Exemple, nos voisins espagnols et italiens n'hésitent à utiliser des produits interdit par la législation françaises tout en utilisant massivement de la main d'œuvre nord africaine peu chère, limite esclavage moderne.
Et dépensez moins dans vos smartphones, vos jeux vidéos, votre berline, vos drogues, et vous nourrirez mieux votre famille et vos amis.
a écrit le 15/02/2016 à 17:22 :
Ce qui se joue pour l'agroalimentaire ce joue dans bien des secteurs d'activité économique.
La mondialisation que l'on avance comme solution d'une compétitivité tendant à faire baisser le coup de la vie, ne remplit pas sa fonction. Effectivement les prix baisses, mais la paupérisation des pays en voie de développement fait qu'ils sont encore moins aptes à pouvoir accéder aux produits que les pays occidentaux proposent. En conséquence cette mondialisation ne crée qu'une masse prolétarienne au détriment d'une production locale qui aurait pour avantage de fixer aussi bien les populations que des économies appropriées aux différents pays. Naturellement les grandes industries ne l'entendent pas de cette oreille, mais si l'on prend en compte tous les déboires économiques engendrés par ces états de faits on devrait rentabiliser une nouvelle économie. Il s'agirait en faite d'une redistribution généralisée, qui serait beaucoup plus efficace que tous les Nobel de la paix. Cela permettrait aussi de faire prendre conscience en responsabilisant les gouvernements, des limites d'une progression équilibrée. Tant que les pays occidentaux ne prendront pas ce virage économique, ils auront à souffrir des crises aussi bien spéculatives que de l'emploi. Voilà ce qui se joue en réalité en dehors de tout soutien ; une expansion régulée.
a écrit le 15/02/2016 à 16:38 :
On arrive dans l'impasse de la pensée productiviste. Les agriculteurs bossent comme des forcenés pour finir chaque année plus endettée que l'année d'avant c'est du grand n’importe quoi.

Du coup ces gens n'arrivent non seulement pas à vivre de leur travail alors que pourtant travaillant 12h par jour, dans n'importe quelle entreprise ou autres ils auraient des salaires de ministres mais ici non seulement ils n'arrivent pas à gagner correctement leur vie en travaillant avec pourtant une somme de travail considérable consacré à leurs exploitations mais en plus ils sont ultra dépendants des subventions et autres aides françaises et européennes pour survivre.

Merci pour ce bon article au travers duquel on voit bien que la pensée économique à court et très court terme ne mène nulle part.
a écrit le 15/02/2016 à 16:12 :
a la recherche d un responsable....? la politique actuelle de la part d un ministre effacé et trop éloigné des paysans

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