Mobilité : "Aujourd'hui, on n'a plus une voiture mais cinq" (Stéphane Savouré, Koolicar)

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Consciente d'un décalage entre la propriété et l'usage de la voiture, dès 2013, la Maif entre au capital de Koolicar. Et lui apporte, au total, un soutien financier de 5 millions d'euros.
Consciente d'un décalage entre la propriété et l'usage de la voiture, dès 2013, la Maif entre au capital de Koolicar. Et lui apporte, au total, un soutien financier de 5 millions d'euros. (Crédits : Koolicar)
Le fondateur de la plateforme de location de voitures entre particuliers évoque l'astronomique potentiel de l'économie numérique ainsi que la révolution des usages en matière de mobilité.

Pour une fois, ce ne sont pas les Américains. Pourtant, Stéphane Savouré, le fondateur de la jeune pousse Koolicar (location de voitures entre particuliers), était persuadé que l'autopartage allait émerger et prospérer en Amérique du Nord. Mais c'était sans compter sur une faille réglementaire en matière assurantielle, que n'avaient pas les Européens. "Aux Etats-Unis, il est compliqué d'avoir deux assureurs sur un même véhicule", explique l'entrepreneur franco-canadien. Or ce frein, les Européens ne l'ont pas. Stéphane Savouré crée ainsi son entreprise en 2011, grâce à une love money qui lui permet de récolter 500.000 euros. De quoi se lancer, et réaliser le projet dont il a discuté avec la mutuelle assurance des instituteurs de France après avoir posé le pied sur le Vieux Continent en 2010.

Le rôle des assureurs

Ayant compris les enjeux de l'économie collaborative et le potentiel astronomique de ce marché, les assureurs ont en effet plutôt fait montre d'innovation à l'ère de la digitalisation de l'économie. Ils n'hésitent pas à nouer des partenariats avec les jeunes pousses qui bouleversent les codes, aussi bien dans les mobilités, que dans la distribution ou la consommation. A l'instar de la Maif, pionnière dans les services d'assurances adaptés à l'échange et au partage. Le groupe se veut à la pointe. Et a lancé un fonds d'investissement dédié dès 2015. L'assureur, qui a investi dans plusieurs startups, avait très tôt affiché la couleur. Pascal Demurger, son directeur général, annonçait vouloir devenir "le partenaire de l'économie collaborative".

Consciente d'un décalage entre la propriété et l'usage de la voiture, dès 2013, le quatrième assureur automobile entre au capital de Koolicar, lui apportant un soutien financier de 5 millions d'euros en deux tours. Le constructeur automobile PSA a également investi dans l'entreprise de Stéphane Savouré, lors d'un second tour de table début 2016, qui lui a permis de lever 18 millions d'euros. Ce dont il se réjouit:

"Ils apportent plus que des moyens financiers. Ils apportent des moyens technologiques ainsi qu'un accès à une communauté : leur base clients. Il est en effet difficile de réussir seul dans cet écosystème trop grand. C'est pour cela que depuis le tout début, nous avons la conviction qu'il faut s'associer avec des gros acteurs plutôt que des fonds d'investissements et des banques, qui sont dans des démarches spéculatives. La Maif, elle, est dans un projet industriel, voire de société".

Comme les fondateurs de ses concurrents Drivy et de Ouicar, l'entrepreneur a eu le nez creux en pariant sur ce marché. Il analyse ainsi:

"Nous assistons à une révolution des usages. Demain, la voiture sera partagée. Elle sera une commodité. Mais la révolution est aussi technologique puisque nous nous dirigeons vers des voitures autonomes. Il y aura des innovations dans les business modèles. Peut-on imaginer un service gratuit car financé par la publicité ? C'est un enjeu énorme... Qui aurait imaginé qu'on aurait de l'information gratuite grâce à Google ? Ce sont les Gafa qui se positionnent sur ce marché ainsi que les constructeurs, les loueurs et les startups. Reste à savoir comment cela va se terminer".

Démocratiser l'autopartage à l'échelle nationale

Pour l'heure, le but de Koolicar n'est pas d'être Autolib, précise-t-il. En revanche, Stéphane Savouré ambitionne d'étendre un service de ce type partout en France:

"Notre mission est de promouvoir de nouvelles formes de mobilités qui ne doivent pas être réservées à une élite citadine. On emprunte la voiture de son voisin".

C'est pourquoi il mise sur la qualité de la communauté, qui compte à ce jour 200.000 membres, dont 40.000 propriétaires inscrits et 160.000 locataires. "On choisit des voitures récentes, propres, etc.", poursuit le chef d'entreprise de 56 salariés dont la moitié est basée à Montréal et l'autre à Paris. Avant de conclure, sourire aux lèvres:

"C'est amusant, au bout du compte, les gens louent très souvent la même voiture. Finalement, aujourd'hui on n'a plus une voiture mais cinq : celles des voisins."

Lire aussi : Quelles alternatives à l'autosolisme ?

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Commentaires
a écrit le 15/03/2017 à 18:54 :
"Qui aurait imaginé qu'on aurait de l'information gratuite grâce à Google "
Google ne produit aucune information gratuite, ils ne font que vendre l'information produite par d'autres sociétés et personnes.

Quand aux voitures autonomes et partagées la faille principale est la relation particulière qu'ont un grand nombre de personnes avec leur véhicule et la conduite, et qui se retrouve dans tous les pays et les classes sociales.
Cela condamne ce genre de service à exister sans jamais prendre le dessus sur le marché. D'ailleurs le chef de cette entreprise a remarqué ce problème sans le voir : "C'est amusant, au bout du compte, les gens louent très souvent la même voiture."

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