Memo Bank, cette fintech qui chasse les PME

La néobanque, qui dispose d’un agrément bancaire, vient de boucler une nouvelle levée de fonds, ce qui porte à 40 millions d’euros son capital. Elle se distingue des autres fintechs en visant les PME qui réalisent plus de deux millions d’euros de chiffre d’affaires. Elle mise sur la technologie et la confiance pour convaincre au moins 4.000 grosses PME d’ici à quatre ans à l’échelle européenne.

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Cofondateur et dirigeant de Memo Bank, Jean-Danuel Guyot vise 4.000 clients PME d'ici quatre ans à l'échelle européenne.
Cofondateur et dirigeant de Memo Bank, Jean-Danuel Guyot vise 4.000 clients PME d'ici quatre ans à l'échelle européenne. (Crédits : DR)

Memo Bank revendique une place à part dans l'univers de la fintech en France. Tout d'abord, elle dispose de son agrément bancaire, obtenu l'an dernier, et peut donc se prévaloir de son statut de néobanque. Ensuite, elle se lance sur le segment des PME réalisant plus de deux millions d'euros de chiffre d'affaires, avec une offre commerciale bancaire complète, moyens de paiement, crédit et conseil. Un terrain encore vierge pour les nouveaux acteurs qui se concentrent sur les TPE et les professionnels, selon Jean-Daniel Guyot, cofondateur et dirigeant de Memo Bank.

Un an après une levée de 20 millions d'euros, cette nouvelle banque vient de boucler un nouveau tour de table de 13 millions d'euros auprès de Serena Capital afin de renforcer ses fonds propres et poursuivre son déploiement commercial en France, mais également en Europe. Pour la petite histoire, Serena Capital a tout d'abord été client de Memo Bank, et convaincu de la qualité de ses outils, a finalement décidé de mettre un (gros) ticket dans le projet.

4.000 clients PME d'ici à quatre ans

La néobanque complète ainsi son tour de table initial (BlackFin, Xavier Niel, Didier Le Menestrel...) et porte son capital à 40 millions d'euros. Objectif : convaincre 4.000 clients PME, y compris donc pour les accompagner à l'étranger, d'ici quatre ans. Une base client suffisante pour atteindre, selon le fondateur, son seuil de rentabilité.

Lancée en 2017, Memo Bank (ex Margo Bank) souhaite devenir une banque de référence pour les PME en Europe. Pour l'heure elle s'est déployée à Paris et à Lyon où six chargés d'affaires peuvent accompagner des PME dans leur développement, y compris donc dans le financement d'équipements ou dans des projets d'acquisition ou de LBO. Autant d'activités en principe réservées aux banques traditionnelles.

Une vraie banque mais... moderne

« Nous voulons créer une vraie banque, mais une banque plus moderne, plus proactive, capable de régler les problèmes quotidiens des PME avec des outils plus efficaces. Notre modèle est à la croisée de la banque traditionnelle, avec des chargés d'affaires sur le terrain, et de la technologie, avec un système créé à partir de zéro», explique Jean-Daniel Guyot. Ce dernier souligne d'ailleurs que ces premiers clients basculent peu à peu d'une utilisation de banque secondaire à celle d'une banque principale.

Pour faire la différence, elle mise tout d'abord sur la confiance. A cet égard, son agrément bancaire est un atout clé. C'est même la seule fintech française à disposer de ce précieux sésame bancaire. Toujours pour rassurer, son conseil de surveillance est présidé par un banquier chevronné, Ronan Le Moal, ex-directeur général de Crédit mutuel Arkéa.

Du coup, elle entend délivrer des « vrais » services bancaires. Mais, elle propose surtout des solutions pleines d'agilité. « Les PME vivent dans un monde qui va très vite et elles ont besoin de prendre des décisions rapidement, ce qui nécessite d'être équipés des bons outils », souligne le cofondateur. Au menu, entre autres, une réponse à 72 heures à une demande de crédit en ligne, ou, dans la vie quotidienne de l'entreprise, la possibilité ajouter un collaborateur au compte bancaire en ligne, ou ouvrir plusieurs comptes en quelques clics via l'interface ou une solution d'IBAN virtuel unique pour mieux sécuriser les transferts d'argent.

Un marché en pleine ébullition

Depuis plusieurs années, les fintechs attaquent, avec un certain succès, le segment des professionnels, TPE et PME, essentiellement sur le terrain des moyens de paiement. C'est le cas notamment de la startup Qonto, qui a levé 104 millions d'euros l'an dernier, notamment auprès du géant chinois Tencent.

La startup s'est récemment alliée à PayFit pour proposer un service d'automatisation de la gestion de paie et des notes de frais. Elle vient d'annoncer un renforcement de son développement international en Italie, en Espagne et en Allemagne. Selon la fintech, sa base de clients a triplé en un an dans ces pays pour un chiffre d'affaires multiplié par sept. Son objectif est d'atteindre 500.000 clients en Europe d'ici 2023, dont la moitié hors de France, et de multiplier ses effectifs par cinq à 300 collaborateurs.

Pour muscler leur business model, nombre de fintech ou de banques digitales, ciblées sur les particuliers, développent également des offres pour les professionnels ou les TPE, autour de cartes bancaires premium, comme N26. Même Orange Bank, par essence une banque de particuliers, a opté pour ce virage stratégique avec l'acquisition en janvier dernier d'Anytime, une des premières fintechs en France à s'intéresser aux TPE/PME. Pour Orange Bank, l'intérêt est clair : prendre des parts de marché sur un segment à plus forte valeur ajoutée, générateur de commissions plus élevées.

L'option du partenariat

Ces nouveaux entrants ont forcé les banques à réseau à réagir. Le segment des TPE/PME a longtemps été une chasse gardée mais aussi une clientèle quelque peu négligée par les agences bancaires, surtout les indépendants et les TPE. Si certaines banques tentent de monter leur propre plateforme en ligne, comme le Crédit Agricole, d'autres jouent la carte du partenariat avec des fintechs. C'est notamment le cas de Société Générale.

L'été dernier, elle rachète Shine, qui propose toute une palette de services pratiques aux TPE pour les aider dans leurs tâches administratives, y compris dans le recouvrement et la gestion des factures, voire la création d'entreprise. Son adossement au groupe bancaire lui permet désormais de distribuer des prêts, grâce à un accord avec Franfinance, filiale de la Société Générale, spécialisée dans le crédit à la consommation. Avantage de l'offre : parcours fluide, rapide et 100% en ligne.

La banque vient de compléter son dispositif avec un partenariat noué avec la fintech Kyriba qui a développé une application de gestion de trésorerie en temps réel. Là encore, de quoi éviter des développements informatiques coûteux (et potentiellement à risque compte tenu du mille-feuille informatique des groupes bancaires) et ajouter au catalogue des solutions « natives digitales » déjà existantes sur le marché.

Ces rachats de fintechs par des banques peuvent d'ailleurs être perçus comme un échec du modèle fintech, incapable de trouver un équilibre financier. Avec un risque : tuer dans l'œuf l'esprit d'innovation et de disruption. L'exemple de Société Générale aura d'ailleurs valeur de test : comment la banque va-t-elle réussir à intégrer l'offre de Shine ou de Kyriba dans son catalogue, avec toutes les contraintes, notamment en termes de conformité et de pratiques commerciales, sans brider la capacité d'innovation des équipes de ces startup ?

De son côté, à ce jour, Memo Bank compte bien voler de ses propres ailes.

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