Banques : les actionnaires disent "stop" aux salaires indécents des patrons

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Bob Diamond, le directeur général de Barclays contraint de renoncer à la moitié de son bonus. Copyright Reuters
Bob Diamond, le directeur général de Barclays contraint de renoncer à la moitié de son bonus. Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Après le vote négatif des actionnaires de la banque Citigroup contre la rémunération de son directeur général, c'est au tour du patron de Barclays, Bob Diamond, de devoir renoncer à la moitié de son bonus.

Les actionnaires des banques ont décidé de dire "stop" aux super-bonus et aux salaires exhorbitants des patrons. Tout a démarré en début de semaine aux Etats-Unis à l'Assemblée générale de Citigroup puis le mouvement s'est propagé au Royaume-Uni chez Barclays.  Lors de l'assemblée générale annuelle de Citigroup mardi 17 avril, quelque 55% des actionnaires ont en effet voté contre le plan de rémunération du directeur général  Vikram Pandit.  Car depuis l'adoption en 2010 de la loi de réforme financière dite Dodd-Frank, les actionnaires de la plupart des sociétés cotées ont la possibilité de se prononcer à titre consultatif sur les rémunérations des dirigeants .

Une plainte contre les administrateurs

Mais l'affaire ne s'est pas arrêtée là. Un actionnaire de Citigroup a décidé deux jours plus tard, jeudi 19 avril,  de poursuivre en justice les administrateurs du groupe, les accusant d'avoir octroyé aux dirigeants de la banque américaine des rémunérations disproportionnées ! D'après cette plainte, enregistrée jeudi auprès d'un tribunal fédéral de Manhattan, les administrateurs ont violé leurs obligations fiduciaires en octroyant plus de 54 millions de dollars (40,85 millions d'euros) de rémunération en 2011 aux dirigeants de Citigroup, don't près de 15 millions de dollars au directeur général Vikram Pandit, alors que la performance de la banque ne le justifiait pas forcément.

Une porte-parole de Citigroup a fait savoir que le groupe demanderait le classement sans suite de cette plainte.

Barclays se sent menacée à son tour, son patron renonce à la moitié de son bonus

Sensible à ce qui venait de se passer pour son homologue américaine, la banque britannique Barclays a annoncé, dès jeudi 19 avril, des concessions sur la question épineuse des gratifications exceptionnelles autrement dit des bonus. Elle s'attend en effet à une assemblée générale houleuse la semaine prochaine.

Le patron de Barclays, l'Américain Bob Diamond, a accepté de renoncer pour l'instant à la moitié de son bonus annuel de 2,7 millions de livres (3,3 millions d'euros), qu'il ne recevra que si l'entreprise atteint certains objectifs fnciers. Une telle clause s'applique également au directeur financier. Barclays a aussi signalé son intention de verser des dividendes plus substantiels à l'avenir, se disant "entièrement engagée à ce qu'une plus grande proportion des revenus et des bénéfices soit transférée aux actionnaires".

Le rapport de force entre les actionnaires et les dirigeants des banques a pris un tournant décisif

Ces concessions ne sont cependant pas spontanées. D''influents investisseurs comme l'Association des assureurs britanniques (ABI) ou Standard Life Investments ayant auparavant manifesté leur colère contre les rémunérations astronomiques de Bob Diamond, qui symbolise dans l'opinion britannique les dérives de la finance. L'assemblée générale du 27 avril promettait ainsi d'être agitée, avec des questions embarrassantes voire des votes négatifs pour la direction de l'entreprise.

Standard Life, l'un des dix premiers actionnaires de Barclays, a salué les concessions obtenues. "Nous sommes satisfaits de voir que nos principales inquiétudes concernant les bonus versés aux dirigeants ont été prises en compte", a déclaré Guy Jubb, directeur de la gouvernance chez Standard Life. Même si d'autres questions restent en suspens concernant Bob Diamond, notamment la "compensation fiscale" de près de 7 millions d'euros qui lui a été accordée après sa nomination à la tête de la banque en 2010. Barclays va sans doute s'épargner l'embarras causée aux dirigeants de sa concurrente américaine Citigroup.

Quelle que soit la décision finale de la direction de Citigroup et le résultat de l'assemblée générale de Barclays, un tournant a été pris dans le rapport de force entre dirigeants et actionnaires, qui font désormais entendre leur voix, estiment les observateurs. "Cette question très émotionnelle (des salaires) semble être passée d'un tollé dans l'opinion publique à une pression de la part des actionnaires, et ce des deux côtés de l'Atlantique", observe Richard Hunter, analyste du courtier Hargreaves Lansdown. Et d'ajouter que les banques commencent aussi à "reconnaître que la rémunération doit être plus directement liée à la rentabilité du groupe". Le fait que ce soit des actionnaires institutionnels comme les fonds de pension américains ou encore les assureurs britanniques, pourtant eux aussi parties prenantes du monde de la finance, qui rappellent ces évidences, en dit quand même long sur l'éloignement des réalités auquel sont arrivés certains dirigeants de banques, malgré le contexte de crise financière et économique qui s'est installé depuis trois ans.

 

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a écrit le 25/04/2012 à 14:32 :
Oui, enfin, n'oublions pas que 50 millions de dollars en bonus ou en salaires, c'est 50 millions de dollars en moins à distribuer aux actionnaires. Sous couvert de décence, les vampires commencent à s'écharper entre eux. Très bien.
a écrit le 23/04/2012 à 23:51 :
Enfin un peu de moralisation chez les banquiers ! En espéant que le mouvement va s'emplifier en Europe et en France en particulier !
a écrit le 23/04/2012 à 12:00 :
Il est en effet plus que temps de faire cesser ces abus de biens sociaux (il n'y a pas d'autre mot)
a écrit le 22/04/2012 à 12:33 :
alors que les actionnaires boivent la tasse ! actions décotées, absence de dividendes ! les patrons devraient être sobres même soutenus par leur conseil d'administration qui leur octroie des rémunérations qui ne reflètent pas la réalité !! c'est indécent de se réserver des bonus alors que l'ensemble des actionnaires se serrent la ceinture sans avoir rien à dire ?
a écrit le 22/04/2012 à 11:45 :
On est bien dans un débat de l'ordre du symbole, c'est-à-dire sans intérêt. Ce débat sur les salaires qui agite tant les marxistes et les collectivistes à la recherche de boucs émissaires faciles représente un ou deux milliards. Le problème de la France est de lever 240 milliards sur les marchés, chaque année.
Réponse de le 22/04/2012 à 14:02 :
Boucs émissaires : symbole de 2 milliards ok , moi je suis preneur d'un million d'euros ce qui est encore moins :vous me le donnez !Idem lorsque l'on dit que nos parlementaires devraient réduire leurs salaires et indemnités non imposables :encore des symboles !mais , les 0,5 euros sur les boites de médicaments cela aussi c'est du symbole qui coute aux plus démunis !et , c'est bien appliqué .
Réponse de le 22/04/2012 à 18:00 :
Il y a une différence essentielle : une fois taxés ou interdits, ces deux milliards de salaires s'évaporent (on ne peut pas taxer ce qui n'est plus versé), tandis que les 50 centimes de moins remboursés sur les boites de médoc, ils restent. Mais vous avez raison sur un point : c'est scandaleux de dérembourser quand il y a monopole de la sécu. Les plus pauvres sont alors piégés dans un système où ils sont obligés de cotiser tandis que les plus riches peuvent se payer les soins qu'ils veulent hors sécu. Il est donc impératif de privatiser la sécu. Quant au million que vous voulez, ne vous gênez surtout pas pour le gagner en travaillant, si c'est votre but dans la vie, mais ne comptez pas qu'on vous le donne. Et puis quoi encore ? Donner, donner : vous n'avez donc que ce mot à la bouche ? Il vous suffit de suivre l'exemple de ceux qui y sont parvenus : ce n'est pas très compliqué.
a écrit le 22/04/2012 à 9:10 :
La richesse est bénéfique pour la société...
- quand elle récompense le travail et l'intelligence... la prise de risque...
- quand elle se fait partageuse ( les miettes suffisent ....)
- quand elle se fait discrète...

Aujourd'hui, le haro quasi général à l'encontre de la richesse ( que ce soit la justesse des propos de Melanchon ou la révolution d'actionnaires jusqu'à présent toujours bien gavés de dividendes) provient d'une rupture avec ces règles élémentaires...
En partageant, même sous la contrainte, les riches resteront toujours bien plus riche que les manants...
a écrit le 22/04/2012 à 7:52 :
mélanchon arrive !!!!!
a écrit le 22/04/2012 à 7:30 :

La trouille voilà ce qui anime les grands actionnaires , elle est encore minime mais elle va rapidement s'amplifier
a écrit le 21/04/2012 à 19:44 :
Au lieu de légiférer à tour de bras, il suffirait que les salaires des dirigeants soient votés directement en AG des actionnaires, et non par les conseils d'administrations, où les dirigeants siègent entre eux.. ! non ?
Réponse de le 22/04/2012 à 16:50 :
Sauf que très souvent, les actionnaires principaux, donc majoritaires dans l'ensemble, sont des banquiers, assureurs et fonds de pension... pour qui ces rémunérations n'ont rien de choquant. Sauf si le frémissement évoqué par l'article se propage, mais je n'y crois que moyennement...
a écrit le 21/04/2012 à 18:45 :
Je pense pas qu'il faut imposer une limite de salaire mais plutôt forcer les dirigeants à investir leur propre argent. En Grèce antique, l'architecte d'un pont devait loger avec sa famille en dessous (ce qui responsabilisait son action). Je pense qu'un dirigeant doit avoir une grande partie de son patrimoine investi dans l'entreprise qu'il dirige. Cela indexera vraiment sa rémunération sur les performances de l'entreprise qu'elles soient positives ou négatives.

Une autre solution serait de payer la part variable du salaire 5 ans après et d'y soustraire une partie si les résultats entre temps étaient négatifs.
Réponse de le 22/04/2012 à 10:23 :
Certains appliquent la règle que vous préconisez et subissent quand même les critiques... Comme quoi, on est dans le symbole et non dans la recherche d'une solution.
a écrit le 21/04/2012 à 18:32 :
le jour ou les salaires seront 1à20X ils feront vraiment la tronche pour l'instant c'est une rigolade....
a écrit le 21/04/2012 à 17:57 :
Il suffit d voir sa tête, et on a tout de suite compris...c'est comme Blair qui s'est dit qu'il était temps qu'il fasse de la thune.
a écrit le 21/04/2012 à 17:48 :
enfin une idée quelle est bonne, sera elle suivi d'effets cela est moins sur ?
a écrit le 21/04/2012 à 17:13 :
Maintenant qu'ils voient arriver la tempete,ils veulent nous faire croire qu'ils sont devenu "raisonnable" et limite "humaniste".Tout ca ce n'est que de la poudre aux yeux.
a écrit le 21/04/2012 à 17:08 :
C'est très simple, un grand patron de banque d'affaire, un grand patron de banque commerciale etc... un grand patron de groupe industriel, de grande société informatique ou de produits de luxe ou aéronautique etc... ça ne doit pas pouvoir gagner tout compris plus de 200 fois le salaire minimum hors prise en charge par l'employeur des frais professionnels, réception (dans une certaine limite quand m^me)...donc ça fait quand m^me 3.600.000?/an. Et bien sûr tout ça soumis à l'approbation des actionnaires dont les actionnaires salariés.
Réponse de le 21/04/2012 à 17:39 :
Donc en net en admettant que la fiscalité ne soit pas confiscatoire, le petit gars grand patron touchera quand même autour de 1.500.000 ?/an soit 125.000?/mois, comme il bénéficie d'un appartement de fonctions (fiscalisé en partie seulement) ça lui laisse de quoi payer les études de ses enfants (même à Harvard ou Standford), ses vacances (dans les meilleurs hôtels club de la Planète), ses dépenses courantes de de mettre de côté plus de 50.000 ? par mois donc ça va., par rapport à un SMICARD qui lui ne va rien pouvoir économiser du tout.
Réponse de le 21/04/2012 à 17:55 :
Donc ça fait 50.000 fois plus d'économies qu'un SMICARD, imaginez avec les rémunérations et autres libéralités actuelles (stocks options actions gratuites ...), là on arrive à 500.000 voire 1.000.000 de fois de plus d'économies si ce n'est pas 5.000.000 fois de plus (avant évasion fiscale et autres montages défiscalisant) qu'un SMICARD. C'est tout simplement anti constitutionnel, quelque soit le régime et quelque soit le pays, si ce pays se dit démocratique. Donc on peut en déduire que les démocraties libérales sont devenues des pays totalitaires depuis déjà un petit moment.... mettons depuis l'aire Regan -Thatcher...mais dans les faits depuis bien avant dans des pays comme...
Réponse de le 22/04/2012 à 7:42 :
Continuons encore plus loin les calculs. Pour rétribuer ces patrons avec ce genre de salaire, il faut que pion en bas d?échelle travaille (trime)plus en mettant sa sante a rude épreuve, il tombe malade et c'est encore au smicard de payer en ayant moins de remboursement de santé. une société normale = salaire de banquier< salaire d'ingénieur
a écrit le 21/04/2012 à 17:06 :
Tout à fait d'accord avec Eiffel ! pour cela , le surplus devrait être imposable à 100% comme le propose Melenchon . Cela peut paraître excessif mais c'est le seul moyen de calmer ces pognonmaniaques !
a écrit le 21/04/2012 à 16:34 :
Aucun manager ne devrait gagner plus de 30 000 euros par mois. FL/ingénieur, diplômé en management d'entreprises
Réponse de le 22/04/2012 à 7:44 :
tiens, ça me rappelle un programme politique...
a écrit le 21/04/2012 à 16:32 :
Cette décision est tout à fait saine..Et j'espère qu'elle sera suivie par les actionnaires d'autres établissements financiers...Halte à l'indécence!!!!
a écrit le 21/04/2012 à 16:17 :
Quand les petits actionnaires auront compris comme moi qu'ils se font avoir par leur banque et qu'ils ne peuvent plus retirer leurs actions ...
Réponse de le 22/04/2012 à 7:48 :
Et oui quand on est un mouton , il faut pas s?étonner d'être tondu.
a écrit le 21/04/2012 à 16:11 :
Si les résultats d´une entreprise sont bons il me paraitrait plus sain de répartir ces "Bonus" à l´ensemble des employés et de forme égale puisque les salaires sont là pour faire la différence!
a écrit le 21/04/2012 à 15:40 :
Et en France ? Rien ? Il est vrai que si le salaire des dirigeants de certaines entreprises Françaises devaint être calculé en fonction des résultats beaucoup devraient rendre de l'argent
Réponse de le 21/04/2012 à 16:37 :
@briseboules: en France, les "grands" patrons sont en palce parce qu'ils sont les copains des copains. C'est leur récompense pour bons et loyaux services au parti :-)

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