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Les cryptomonnaies: l’argent des criminels?

Élodie Messéant (*)

Publié le 17 novembre 2020 à 06:01

Bitcoin

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OPINION. Accusées notamment par Bruno Le Maire de favoriser la criminalité sur le Web, les transactions illicites réalisées via le protocole blockchain utilisé par ces monnaies ne représenteraient qu'entre 0,4% et 1,1% des transactions totales entre 2017 et 2019, selon un rapport. De même, les plus grosses failles actuelles se trouvent en réalité dans le secteur bancaire. (*) Par Élodie Messéant, coordinatrice régionale de Students for Liberty France.

La méfiance à l'égard des cryptomonnaies, et la croyance selon laquelle les transactions sont de nature majoritairement criminelle, persistent encore aujourd'hui. Chaque nouvelle affaire criminelle entache l'image de cet écosystème florissant. Dernier en date : le démantèlement, en 2020, d'un réseau terroriste syrien qui utilisait des coupons de bitcoins vendus dans des bureaux de tabac.

Pour le grand public, la conclusion semble claire : les cryptomonnaies sont un vecteur d'activités criminelles et les encouragent largement. À ce sujet, il est d'usage d'entendre que leur utilisation est anonyme et intraçable.

Mais quel rôle peuvent-elle jouer dans le démantèlement de ces réseaux, comme l'un des plus grands réseaux pédophiles sur Internet utilisant bitcoin, ou encore la plus grande saisie de comptes de financement du terrorisme en cryptomonnaies ?

Une utilisation anonyme et intraçable ?

Les cryptomonnaies reposent sur le protocole informatique blockchain : il s'agit d'une base de données infalsifiable, transparente et décentralisée qui stocke un ensemble d'informations sur un registre. De nature publique, le registre est ouvert à tout utilisateur en termes d'utilisation (transactions en pair-à-pair), d'accès (identification des transactions), et de participation au fonctionnement du réseau selon les règles dites de consensus.

Les échanges en cryptomonnaies laissent donc une trace indélébile sur la blockchain : chaque transaction est enregistrée dans un grand livre public, et il est toujours possible de reconstituer l'ensemble des mouvements antérieurs.

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Ainsi, l'usage des cryptomonnaies n'est pas anonyme, mais pseudonyme : il s'agit d'une nuance importante car les transactions peuvent être retracées jusqu'à l'adresse IP, laquelle contient des informations facilitant l'identification des individus (fournisseur d'accès Internet, localisation géographique). Il est donc difficile d'utiliser des cryptomonnaies "sans aucune trace", contrairement à ce qu'affirme le ministre de l'économie Bruno le Maire. À moins de recourir à des techniques cryptographiques complexes.

Le problème se pose surtout lorsque les fonds en cryptomonnaies sont réinjectés dans les circuits économiques traditionnels. Selon le dernier rapport de ChainAnalysis, les échanges « ​crypto-fiat »​ soulèvent des risques plus élevés que les échanges « ​crypto-crypto »​ : la surveillance des activités illégales réalisées avec de l'argent liquide est beaucoup plus difficile.

La criminalité sous-représentée

Le même rapport relève qu'à l'heure actuelle, la part des transactions illicites sur la blockchain oscille entre 0,4% et 1,1% des transactions totales sur la période 2017-2019, et que le dollar représente le moyen d'échange le plus utilisé par les organisations terroristes - plus d'un milliard de dollars cumulés en 2014 - contre quelques milliers de dollars en cryptomonnaies récoltés par le groupe djihadiste Ibn Taymiyya Media Center (ITMC) entre 2016 et 2018. En 2019, la plus grosse campagne de financement du terrorisme - menée par le groupe terroriste Izz ad-Din al-Qassam Brigades (AQB) - n'a récolté que des dizaines de milliers de dollars en cryptomonnaies.

Les plus grosses failles... dans le secteur bancaire

En réalité, les plus grosses failles actuelles se trouvent dans le secteur bancaire : le scandale des FinCEN Files révèle la complaisance des grandes banques sur les mouvements d'argent sale. De 1999 à 2017, près de deux milliards de dollars ont transité à travers des comptes bancaires malgré le risque avéré d'activités illégales signalées au FinCEN (Financial Crimes Enforcement Network), l'autorité de lutte antiblanchiment américaine.

De telles négligences peuvent s'expliquer - en partie - par la nature trop peu dissuasive des sanctions financières : le paiement d'une condamnation étant préférable au blocage pur et simple d'une transaction particulièrement rémunératrice.

La mobilisation des acteurs« ​crypto»​dans la lutte contre la criminalité

Conscientes des risques liés au financement du terrorisme, les acteurs « ​crypto »​ redoublent d'efforts pour les limiter, et développent de plus en plus d'outils : des entreprises ont mis en œuvre des outils d'analyse des transactions sur les blockchains en temps réel afin d'attribuer des notes de suspicion, à l'instar de la procédure KYT (Know Your Transaction) ; des plateformes d'échanges de cryptomonnaies interdisent d'ors-et-déjà l'encaissements de coupons depuis certaines zones géographiques comme la Syrie, etc.

À ce titre, les régulateurs nationaux remarquent l'implication grandissante de ces acteurs dans le dispositif LCB-FT : il s'agit d'un constat du Tracfin dans son rapport en 2019, suite à la croissance des déclarations de soupçon. Aujourd'hui, la menace du blanchiment et du financement du terrorisme avec des cryptomonnaies est «​ ​encore peu matérialisée », ​et est évaluée comme « ​modérée » ​par le Comité d'orientation de la direction générale du Trésor.

Si les cryptomonnaies suscitent encore de la méfiance en raison, notamment, des affaires judiciaires qui entachent sa réputation - dont la célèbre affaire Silk Road -, elles reposent sur une technologie dont le fonctionnement intrinsèque constitue un frein à une adoption massive par les criminels.

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Une chose est sûre : le secteur s'oriente chaque jour vers plus de sécurité, de transparence, et veille à une meilleure compréhension des enjeux politiques, économiques et sociétaux qu'incarnent les cryptomonnaies.

Élodie Messéant (*)

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