Wall Street : le gendarme boursier resserre l'étau autour de Robinhood

Gary Gensler, le patron du gendarme de Wall Street, s’en prend à la plateforme de trading Robinhood. Il s’attaque non seulement à la gamification du courtage en ligne mais également à la pratique de la vente des flux d’ordres, qui représente 80% de ses revenus. Pour autant, Robinhood semble suffisamment puissant pour trouver rapidement des alternatives à une réglementation plus stricte de ses activités.

4 mn

Les cryptomonnaies représentent désormais plus d'un tiers des revenus totaux de la plateforme de courtage en ligne.
Les cryptomonnaies représentent désormais plus d'un tiers des revenus totaux de la plateforme de courtage en ligne. (Crédits : Reuters)

Le puissant patron de la Securities Exchange Commission (SEC), Gary Gensler, n'aime décidément pas la plateforme de trading Robinhood, récemment introduite en Bourse. Dans un entretien accordé au magazine Barron's, il a indiqué que l'interdiction du payment for order flow - une pratique controversée qui consiste à vendre à des teneurs de marché, souvent des sociétés de trading à haute fréquence (THF) comme Citadel Securities, des gros paquets d'ordres - « était sur la table ».

Problème, Robinhood tire environ 80% de ses revenus de cette pratique, ce qui lui permet d'assurer à ses clients la gratuité des ordres de négociation (actions, options et cryptomonnaies), une gratuité qui lui a permis de rencontrer un succès foudroyant auprès des boursicoteurs américains.

La pratique de la vente de flux d'ordres est parfois jugée comme étant contraire aux principes de transparence des marchés et suspectée de favoriser des conflits d'intérêts en défaveur de l'investisseur individuel. La gratuité même des ordres n'est pas perçue d'un bon œil car elle favoriserait les comportements spéculatifs en Bourse, comme en témoigne la bulle autour des valeurs « mèmes », comme GameStop.

En ligne de mire depuis plusieurs mois

Gary Gensler n'a jamais caché sa grande réserve sur cette pratique, qui est d'ailleurs dans la ligne de mire des régulateurs depuis la saga GameStop de janvier dernier. Mais cette sortie intervient quelques heures à peine après l'annonce de la SEC du lancement d'une consultation sur la gamification des services de courtage, qui serait également un puissant levier pour favoriser, auprès d'investisseurs non avertis, des comportements spéculatifs sur les marchés.

Or, l'aspect ludique de l'application de Robinhood explique aussi une partie de sa popularité. Déjà, en décembre dernier, les autorités de réglementation des valeurs mobilières du Massachusetts avaient déposé une plainte contre la plateforme, l'accusant, entre autres, d'utiliser la gamification pour inciter à une utilisation continue de son service. L'application de trading a, par la suite, retiré ses fameux « confettis numériques » qui arrosaient traditionnellement les écrans de ses utilisateurs.

Les attaques du régulateur contre Robinhood a certes pesé sur le titre de la plateforme, sans provoquer pour autant un « sauve qui peut ». Le cours de l'action reste toujours supérieur de 15 % à son cours d'introduction en Bourse de 38 dollars, fin juillet. Après un démarrage difficile, l'action a bénéficié d'un courant acheteur qui a propulsé le cours à un plus haut de 85 dollars, avant que le soufflé ne retombe autour de 45 dollars.

Une menace pas si menaçante

L'interdiction éventuelle de la vente de flux d'ordres par la SEC - qui est loin d'être acquise - ne signifie pas pour autant la fin de la gratuité du service, ni la disparition à terme de Robinhood. Pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, compte tenu de son poids sur le marché du courtage, Robinhood pourrait très bien devenir lui-même teneur de marché ou et assurer, en interne, les échanges de titres entre ses clients et empocher, au passage, une partie de la différence entre le prix d'achat et le prix de vente. Ce sont des fractions de centimes mais qui multiplié par des millions de transactions peuvent représenter des revenus conséquents. C'est d'ailleurs ce que Robinhood a clairement laissé entendre lors de ses road-shows avant son introduction en Bourse.

Ensuite, certains néo-courtiers proposent la gratuité du service dans des pays où la vente de flux d'ordres est interdite. C'est le cas notamment du courtier eToro, qui envisage une introduction en Bourse. Enfin, Robinhood tire de plus en plus de revenus de son activité de courtage sur les cryptomonnaies. Ainsi, sur le deuxième trimestre, 40% du chiffre d'affaires de la plateforme provient de la vente de flux d'ordres de cryptomonnaies (contre 38% des actions et des options).

Or, l'univers des cryptomonnaies est loin d'être encore régulé... même si Gary Gensler affirme qu'il le sera forcément dans les prochaines années compte tenu de son importance aujourd'hui (2.000 milliards de dollars de valeur de marché).

4 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 3
à écrit le 02/09/2021 à 18:49
Signaler
"Gratuité des ordres de négociation" quand Robinhood envoie les ordres de ses clients chez des sociétés de trading à haute fréquence pour qu’ils se fassent tondre ? Et se fait payer pour ça par les mêmes sociétés ! Cela fait des années que la SEC ...

à écrit le 01/09/2021 à 22:23
Signaler
Comme le disait son acolyte, "la finance c'est la confiance". Et quand on tombe sur un mouton qui refuse de se faire tondre, c'est un scandale.... Comme un casino qui expulse le joueur "chanceux". Wall street, un bouge mal famé.

à écrit le 01/09/2021 à 18:42
Signaler
GAFA, Robinhood, Bitcoin du rififi chez les momies qui n'avait rien vu de vivant depuis des décennies. Scandaleux !

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.