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Entreprises & FinanceBanques / Finance

Coronavirus : quels traitements pour les banques, touchées de plein fouet ?

Juliette Raynal

Publié le 10 mars 2020 à 10:38 - Mis à jour le 10 mars 2020 à 10:38

Pour aider les établissements bancaires à traverser la crise du coronavirus, Bercy appelle les régulateurs européens à faire preuve de plus de souplesse.

Pour aider les établissements bancaires à traverser la crise du coronavirus, Bercy appelle les régulateurs européens à faire preuve de plus de souplesse.

Charles Platiau

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En première ligne de la crise du coronavirus, les banques pourraient bénéficier d'une adaptation des règles prudentielles. En attendant ce potentiel traitement de choc, défendu par Bercy, les établissements bancaires prennent leurs dispositions pour assurer la continuité de leurs activités et limiter les impacts négatifs à plus ou moins long terme.

La tempête qui secoue les marchés boursiers depuis deux semaines n'épargne pas les banques. Hier, alors que le CAC 40 a connu sa pire séance depuis la crise financière de 2008, s'écroulant de 8,39%, toutes les valeurs bancaires ont plongé. Société Générale s'est effondrée de 17,65%, Crédit Agricole de 16,86% et BNP Paribas de 12,28%.

Cette dégringolade ne concerne pas uniquement les établissements français. La même journée, l'Euro stoxx Banks, l'indice des banques cotées de la zone euro, s'est replié de 12,79%, alors qu'il avait déjà perdu plus de 17 % les cinq séances précédentes.

Rentabilité sous pression

Si les marchés ont si fortement sanctionné les banques c'est parce qu'elles se retrouvent en première ligne de la crise du coronavirus, dont le dernier bilan fait état de plus 114.000 personnes contaminées et plus de 4.000 morts dans le monde. Les établissements bancaires sont en effet pénalisés par l'écrasement des taux sur les marchés obligataires, qui met à mal leur rentabilité. Un phénomène qui pourrait s'aggraver si la Banque centrale européenne, décide, ce jeudi 12 mars, de baisser à son tour ses taux d'intérêt à l'image de la Fed la semaine dernière.

Dans un futur proche, les banques pourraient aussi voir leur coût du risque augmenter si les entreprises à qui elles ont accordé des crédits ne peuvent pas faire face à leurs échéances. Par ailleurs, dans un contexte de ralentissement économique, les projets d'investissement, de financement ou encore de fusion et acquisition, auxquels participent les banques, se feront plus rares.

Assouplissement des règles prudentielles

Pour aider les établissements bancaires à traverser cette tempête, Bercy appelle les régulateurs européens à faire preuve de plus de souplesse.

"Si nous voulons que lesbanquesrépondent présent, qu'elles puissent étaler les échéances de crédit des PME qui rencontrent des difficultés de trésorerie, il faut que, au niveau européen, on ne les oblige pas à passer dans leur bilan un certain nombre d'engagements qui, du coup, dégraderont les conditions dans les marchés", a déclaré le ministre des Finances Bruno Le Maire, à l'issue d'une conférence de presse organisée ce lundi 9 mars, après une rencontre avec les différentes entreprises touchées par cette crise sanitaire.

Concrètement, l'idée est de rallonger le délai avant qu'un prêt non remboursé par une entreprise ne soit considéré comme une créance douteuse dans le bilan des banques. Actuellement, ces dernières sont dans l'obligation de couvrir les créances des entreprises qui accusent des retards de paiement de plus de 90 jours. En prolongeant ce délai, le stock de créances douteuses gonflera moins vite. Or, ce niveau de crédits non performants intervient directement dans le calcul du ratio de solvabilité des établissements, suivi de près par les marchés.

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Une autre piste envisagée consisterait à repousser les tests de résistance organisés par l'Autorité bancaire européenne (EBA).

"Les tests prévus par les régulateurs bancaires européens pour mesurer la solidité des établissements financiers sont basés sur des scénarios macroéconomiques rendus caducs par la crise du coronavirus", a indiqué à l'agence Reuters une source au ministère des Finances.

Plans de secours et revues de portefeuilles

En attendant la validation, ou non, de ce traitement de choc, les banques prennent leurs dispositions. D'un point de vue purement opérationnel d'abord, plusieurs établissements ont mis en place leur plan de secours pour pouvoir assurer la continuité de leurs activités, notamment celles des salles de marchés, où la mise en oeuvre du télétravail reste délicate.

"Les sites de repli prévus par les banques sont souvent situés en région parisienne et pourraient, eux aussi, être touchés par la propagation de l'épidémie.C'est pourquoi les banques travaillent à plusieurs scénarios logistiques et opérationnels (division des équipes, travail à distance ...)", indique Gwenhaël Le Boulay, directeur associé senior chez BCG.

Les institutions financières se sont ensuite engagées à accompagner leurs entreprises clientes dont l'activité pourrait être impactée temporairement par le coronavirus. Elles mènent actuellement des revues de portefeuille pour identifier quelles entreprises présentent des risques de trésorerie, afin de leur proposer de prolonger leurs échéances de paiement. Crédit Agricole a ainsi indiqué qu'il permettra, au cas par cas, de reporter jusqu'à six mois les remboursements des crédits et de mettre en place une procédure accélérée d'accord de crédit en moins de cinq jours pour les situations les plus urgentes.

Des stress tests maison mis à jour en permanence

Selon Gwenhaël Le Boulay, d'autres mesures préventives peuvent être prises. Concernant les tests de résistance maison, "les banques doivent adopter une démarche agile et réactive", recommande-t-il. "D'habitude, ces stress tests sont sporadiques et assez unitaires. Dans ce contexte de crise, les batteries de tests doivent être mises à jour en permanence", estime-il. Gwenhaël Le Boulay encourage des tests de résistance moins sophistiqués, mais prenant en compte davantage de scénarios.

Selon le spécialiste, les banques doivent également anticiper l'impact du coronavirus sur leur réseau physique. "A Hong Kong, par exemple, certains réseaux ont dû fermer entre 25% et 50% de leurs agences", pointe-t-il. En France, les agences restent pour le moment ouvertes mais le taux de fréquentation des clients particuliers et entreprises pourrait sensiblement baisser, d'où l'importance du bon fonctionnement de tous les autres canaux de communication, notamment digitaux.

Capturer les opportunités de consolidation

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Selon lui, cette crise sanitaire pourrait même impacter durablement la fréquentation des agences. Après avoir adopté de nouveaux usages en ligne pendant la crise, les clients pourraient ne pas revenir à leurs habitudes initiales.

"En cas de conjoncture économique dégradée, les banques devront sans attendre accélérer leur digitalisation,travailler sur leur structure de coûts et, dansun plus long terme, capturer des opportunités de consolidation", prévient Gwenhaël Le Boulay.

(Avec Reuters)

Juliette Raynal

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