EADS : "Notre plan n'a pas un objectif de rentabilité mais de compétitivité"

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Depuis l'échec de la fusion avec BAE Systems, EADS a fait le deuil d'un rééquilibrage entre les activités civiles et de défense.
Depuis l'échec de la fusion avec BAE Systems, EADS a fait le deuil d'un rééquilibrage entre les activités civiles et de défense. (Crédits : reuters.com)
Le groupe qui va supprimer 5,800 postes veut négocier de accords de compétitivité avec les syndicats pour éviter les licenciements secs. La direction justifie ces mesures pour améliorer sa compétitivité et gagner des contrats à l'export. Arnaud Montebourg demande à ce qu'il n'y ait pas de licenciements.

Alors que les syndicats s'insurgent contre la suppression de 5.800 postes dans les activités Défense et Espace d' EADS, qu'Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif demande "de façon solennelle" à ce qu'il n'y ait aucun licenciement forcé, la direction du groupe européen d'aéronautique et de défense reste inflexible face aux critiques.

"Je suis très détendu face aux réactions politiques", a déclaré le président d'EADS, Tom Enders, expliquant que les gouvernements espagnol, français, britannique et allemand (dont les pays forment la base industrielle du groupe) avaient été prévenus des réductions de postes. "Ne rien faire serait irresponsable et entraînerait une situation beaucoup plus grave pour nos employés et pour la performance du groupe d'ici deux ans", a-t-il ajouté.

Pour l'heure, après les mesures de reclassement au sein du groupe, les retraites anticipées et les départs volontaires, entre 1.000 et 1.450 licenciements secs sont envisagés.

 Accords de compétitivité

La direction entend ouvrir des négociations avec les organisations salariales pour voir dans quelles mesures une diminution du coût du travail des personnes restant dans le groupe permettrait de réduire le nombre de personnes licenciées.

"La voie que nous n'avons pas encore explorée, c'est celle des accords de compétitivité. Si d'ici la mi-2014, nous n'avons pas d'accord, nous serons obligés de procéder à des licenciements", a expliqué le directeur de la stratégie et du marketing d'EADS, Marwan Lahoud.

Un problème de compétitivité partout en Europe

 Ce dernier réfute l'idée d'une restructuration destinée à améliorer la rentabilité (dont l'objectif est d'atteindre les 10% en 2015, hors coûts liés à l'A350 et à l'effet dollars).

"Ce n'est pas un sujet de rentabilité mais de compétitivité. Pour compenser la baisse des budgets en Europe et gagner des contrats à l'export, il faut être compétitif et être en mesure de faire des offres que le client achètera", explique-t-il. "Nous avons un problème de compétitivité partout en Europe, au Royaume Uni comme en France comme en Allemagne. Quand on fixe un prix sur produit construit à la fois en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, voire aussi en Espagne, nous avons un problème", ajoute Marwan Lahoud.

Pour lui, le groupe n'est pas compétitif dans l'activité des satellites de communication. "Nous perdons les affaires ou les gagnons à perte", a-t-il souligné. "Ce plan, il faut le faire".

 Gagner un ou deux contrats Eurofighter d'ici fin 2016

Marwan Lahoud ne veut pas chiffrer le gain de compétitivité espéré par la restructuration : "c'est un secret commercial". Et de préciser que le montant des réductions de coûts donnerait une indication aux concurrents sur la baisse des prix que le groupe pourrait être en mesure de faire. Dans les hypothèses de contrats à décrocher, l'avion de combat Eurofighter, le ravitailleur MRTT ou encore l'avion de transport militaire A400 sont notamment cités.

Sur les cinq campagnes en cours dans lesquelles l'Eurofighter est en compétition (une en Europe, deux aux Moyen-Orient, et deux autres en Asie), EADS a fait l'hypothèse d'en gagner une ou deux d'ici à l'issue du plan, fin 2016. En revanche il n'est pas prévu de chiffre d'affaires supplémentaire aux contrats domestiques  avec A400M d'ici à 2018-2020.

 Les Etats-Unis ne sont plus prioritaires

En termes de zone géographique, les contrats visés se situent en "Asie-Pacifique, au Moyen-Orient, et à un degré moindre en Amérique latine". Plus gros marché de la défense, les Etats-Unis ne sont plus la cible prioritaire d'EADS.

"Nous avons renoncé à une approche systémique des Etats-Unis, dans la mesure où le marché de la défense est décroissance et que les industriels américains vont défendre bec et ongles leur marché", explique Marwan Lahoud, en précisant qu'une "réorganisation du groupe aux Etats-Unis allait être annoncée".

Le deuil d'un rééquilibrage entre les activités civiles et de défense.

Interrogé sur la stratégie d'EADS, Marwan Lahoud explique que le groupe a l'ambition "d'être le numéro un mondial dans l'aviation commerciale, un secteur qui sera en croissance jusqu'en 2025, et d'avoir une activité de Défense et spatiales en consolidation, qui n'est pas en croissance et dans laquelle on vise un retour sur le capital employé". Depuis l'échec de la fusion avec BAE Systems, EADS a fait le deuil d'un rééquilibrage entre les activités civiles et de défense.

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a écrit le 11/12/2013 à 15:29 :
Avec l'objectif de fusionner (ou de se regrouper) avec BAE puis d'intégrer des groupes suédois d'aéronautique et d'électronique puis enfin de scinder l'ensemble en deux avec une partie allemande (le Military) et une partie française (le Civil) EADS-Airbus doit être crédible et gagner de l'argent. En effet, devenant une (deux en fait) entreprise comme les autres la négociation sur les contrats d'état sera plus dure et les actionnaires "ordinaires" réclameront un dividende et une rentabilité. L'adossement à d'éventuels groupes privés des pays respectifs ne se fera lui aussi que si la structure est normalisée.
A tout cela il faudra intégrer le démontage probable et les pertes qui en résulteront des constructeurs suédois et anglais. Un gros chantier servant à éviter la casse brutale venant d'une remise en question de la capacité "européenne" à produire des fournitures d'états ou qui leurs seraient fortement liées. Comme un pare-feu que l'on allumerait sous contrôle pour éteindre l'incendie réel à venir. Une maîtrise indéniable de la restructuration de grande ampleur accordée à la France. Sans nul doute également une anticipation de grande intelligence car au delà des groupes de marine et d'aérospace et de leur solidité potentielle risque de se profiler la question de celle de toutes les autres entreprises importantes européennes dont plus de 30 françaises classées dans le Fortune Global 500.
a écrit le 11/12/2013 à 15:26 :
Avec l'objectif de fusionner (ou de se regrouper) avec BAE puis d'intégrer des groupes suédois d'aéronautique et d'électronique puis enfin de scinder l'ensemble en deux avec une partie allemande (le Military) et une partie française (le Civil) EADS-Airbus doit être crédible et gagner de l'argent. En effet, devenant une (deux en fait) entreprise comme les autres la négociation sur les contrats d'état sera plus dure et les actionnaires "ordinaires" réclameront un dividende et une rentabilité. L'adossement à d'éventuels groupes privés des pays respectifs ne se fera lui aussi que si la structure est normalisée.
A tout cela il faudra intégrer le démontage probable et les pertes qui en résulteront des constructeurs suédois et anglais. Un gros chantier servant à éviter la casse brutale venant d'une remise en question de la capacité "européenne" à produire des fournitures d'états ou qui leurs seraient fortement liées. Comme un pare-feu que l'on allumerait sous contrôle pour éteindre l'incendie réel à venir. Une maîtrise indéniable de la restructuration de grande ampleur accordée à la France. Sans nul doute également une anticipation de grande intelligence car au delà des groupes de marine et d'aérospace et de leur solidité potentielle risque de se profiler la question de celle de toutes les autres entreprises importantes européennes dont plus de 30 françaises classées dans le Fortune Global 500.
Réponse de le 29/01/2014 à 21:18 :
Arrétez l'industrie fiction. Une branche aéronautique militaire isolée n'est absolument pas viable en dehors d'un système protégé par un ou des états. Voir Dassault...
a écrit le 10/12/2013 à 20:04 :
la compétitivité c'est un objectif de part de marché minimale donc on casse les prix et on fait une pub monstre jusqu'à ce qu'on y arrive, la rentabilité c'est un pourcentage minimal de marge. Quand on vise la compétitivité, les finances peuvent être mises à rude épreuve et beaucoup de choses reposent sur la stratégie, et les ouvriers vont faire aïe, car ce sera encore pire pour eux.

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