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Quelles sont les conditions de la France pour livrer les Mistral à la Russie

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 04 septembre 2014 à 14:56 - Mis à jour le 04 septembre 2014 à 16:28

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Paris souhaite un cessez-le-feu appliqué et un accord mettant fin aux conflit entre Ukrainiens et Russes. "La France veut forcer à l'accord de paix" en Ukraine, selon un membre du gouvernement français.

Quelles sont les conditions pour une livraison par la France à la Russie du Bâtiment de projection et de commandement (BPC) de la classe Mistral à la Russie ? Paris souhaite un cessez-le-feu appliqué et un accord mettant fin aux conflit entre Ukrainiens et Russes, a expliqué ce jeudi le ministère français des Affaires étrangères. La présidence française a annoncé mercredi la suspension de la livraison du premier de deux porte-hélicoptères  vendus par le groupe naval DCNS à la marine russe, au motif que les "conditions" pour qu'elle se réalise n'étaient pas remplies. "La France veut forcer à l'accord de paix" en Ukraine, a expliqué sur Radio France Internationale le secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, chargé de la Réforme de l'Etat et de la Simplification, Thierry Mandon.

Interrogé lors d'un point-presse pour savoir quelles étaient ces conditions, le porte-parole du Quai d'Orsay, Romain Nadal, a répondu : "Il faut que le cessez-le-feu qui peut-être s'esquisse - la France y est naturellement très favorable - s'applique". Et puis, a-t-il ajouté, citant le chef de la diplomatie Laurent Fabius, il faut "que l'on trouve un accord politique pour qu'il n'y ait pas d'affrontements entre l'Ukraine et la Russie, soit directement, soit par personnes interposées". "Ces conditions ne sont pas réunies à l'heure actuelle, et nous souhaitons qu'elles puissent l'être à l'avenir", a précisé le porte-parole.

Pas une annulation

"Ce contrat n'est pas suspendu ni rompu mais la livraison du bateau sera fonction de ce qui va se passer dans les prochaines semaines. Il est important d'envoyer ce message clair parce que nous voulons qu'il y ait une issue", a expliqué ce jeudi François Hollande lors du sommet de l'Otan à Newport, au Pays de Galles, en présence du président ukrainien Petro Porochenko. "Il ne s'agit pas d'une décision définitive puisque la livraison est prévue le 1er novembre, quatre ans jour pour jour après la signature", a précisé une source diplomatique. Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, espère que les conditions pour une livraison soient réunies à l'avenir si Moscou s'engage dans une désescalade en Ukraine.

Le président français a par ailleurs déclaré que l'Union européenne prendrait sa décision sur la mise en œuvre de nouvelles sanctions contre Moscou au regard de l'évolution sur le terrain "dans les prochaines heures". "On va demain, au Conseil européen réuni au niveau des ambassadeurs, annoncer des sanctions et les mettre en œuvre s'il n'y avait pas de progrès. Mais tout va dépendre de ces prochaines heures", a-t-il dit.

La Russie critique l'alignement de la France sur les États-Unis

La Russie est convaincue que la France honorera le contrat concernant la livraison de portes-hélicoptères, a déclaré le ministre de l'Industrie, Denis Mantourov, cité jeudi par l'agence de presse Interfax. "La Russie suppose que le contrat sera rempli conformément aux accords", a-t-il estimé.

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Cette décision a été toutefois critiquée par des responsables russes, qui y ont vu un alignement de la politique de Paris sur celle de Washington. "Où est passée l'époque où la France ne cédait pas à la pression des États-Unis, sur l'Irak par exemple ?", a écrit la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, sur sa page Facebook. "La réputation de la France en tant que partenaire fiable qui respecte ses obligations contractuelles a été sacrifiée sur l'autel des ambitions politiques américaines", a-t-elle précisé.

Moscou a dans le même temps cherché à minimiser l'impact de la décision du président François Hollande, en faisant valoir que le France en subirait davantage les conséquences économiques que la Russie. "Si le contrat est rompu unilatéralement, l'argent devra être rendu à la Russie et des amendes et pénalités devront être payées", a déclaré Oleg Botchkariov, vice-président de la commission militaro-industrielle du gouvernement, cité par Interfax. Paris aurait du mal à trouver un autre acheteur car le Mistral a été construit en fonction des demandes russes et avec un équipement russe, a-t-il précisé. "Si le contrat est rompu, ce sera plus un casse-tête pour les Français que pour nous", a-t-il insisté. Ce qui n'est pas faux...

Le travail continue à Saint-Nazaire

La suspension de la livraison du premier des deux navires Mistral construits aux chantiers STX de Saint-Nazaire pour la Russie n'affecte pas la vie des chantiers navals, a affirmé jeudi le maire de la ville, tandis que se poursuivait l'assemblage du deuxième bâtiment. "Les contrats sont toujours en cours, le président me l'a confirmé", a déclaré à la presse le maire PS de Saint-Nazaire, David Samzun, qui a eu François Hollande au téléphone mercredi soir.

"La vie des contrats va se poursuivre, les essais en mer dans quelques jours" pour le premier navire, le Vladivostok, "et la poursuite de la construction du second navire qui est cours", a--t-il expliqué. La construction du premier BPC est achevée pour STX France. Le navire est prêt à être livré à DCNS. Le deuxième BPC, le "Sébastopol", a été assemblé cet été : le tronçon arrière, fabriqué à Saint-Pétersbourg, a été rattaché au tronçon avant, réalisé à Saint-Nazaire. Selon la CFDT, "il reste environ un an de travail pour achever le montage et l'armement de ce navire. Environ 300 à 400 personnes, dont beaucoup de sous-traitants de STX, sont concernées".

Et les marins russes se forment

Selon l'AFP, les marins russes, arrivés depuis quelques semaines à Saint-Nazaire,  continuaient jeudi leur formation chez STX sur le premier BPC. D'ici à la livraison du Vladivostok , 400 marins russes, qui représentent les équipages des deux navires, se  forment à leurs maniement. Le Sébastopol est réalisé à plus de 50 % et doit être livré un an plus tard. Le montant du contrat, signé en 2011 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, s'élève à 1,2 milliard d'euros.

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"Si malheureusement la situation internationale continuait à se dégrader, bien évidemment la livraison de ces navires ne serait plus envisageable" et "dans ce cas, la solidarité nationale et même européenne devrait intervenir pour que notre bassin d'emploi ne souffre en aucune manière sur le plan économique et donc social", a précisé le maire de Saint-Nazaire, David Samzun.

Michel Cabirol

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