B737 MAX : ces informations "préoccupantes" que Boeing a cachées

 |   |  1014  mots
(Crédits : Joshua Roberts)
La direction générale de l'aviation civile américaine, la FAA, accuse Boeing de lui avoir caché des documents importants concernant le B737 MAX, cloué au sol depuis sept mois. Notamment un échange entre des pilotes de Boeing révélant que le système anti-décrochage de l'avion, le MCAS, rendait l'appareil diifficile à piloter.

On aurait pu croire que plus le temps passait et plus les chances de voir le B737 MAX revoler se rapprochaient. C'est en fait l'inverse qui se produit. Plus le temps passe et plus la crise que traverse Boeing avec cet avion cloué au sol depuis six mois s'aggrave. Vendredi, la Federal Aviation Administration (FAA), la direction générale de l'aviation civile américaine a accusé Boeing de lui avoir caché des documents importants que le groupe avait en sa possession depuis des mois, notamment un échange qualifié de "préoccupant" entre le chef des pilotes techniques du MAX, Mark Forkner, et un autre pilote, Patrik Gustavsson., révélant que le système automatique, le MCAS, qui devait empêcher le B737 MAX de partir en piqué, le rendait au contraire difficile à piloter en simulateur.

Le MCAS mis en cause

Pour rappel, mis en cause dans les accidents de Lion Air fin 2018 et d'Ethiopian Airlines cinq mois plus tard qui ont fait plus de 346 morts, le MCAS est un logiciel permettant d'optimiser le profil de vol et (...) de maintenir l'avion dans une assiette" appropriée, c'est-à-dire une trajectoire sûre. Il s'active lorsque l'angle d'attaque (ou degré d'inclinaison) de l'appareil- est un peu élevé et que le pilotage automatique est désactivé comme lors du décollage ou de l'atterrissage. A l'inverse, il se désactive quand l'angle d'attaque est suffisamment retombé ou si le pilote le déconnecte. Ce système est nouveau sur la famille des moyen-courriers 737 MAX, version remotorisée du B737 NG. Pour faire évoluer ce dernier, l'avionneur américain a installé des moteurs plus puissants donc plus lourds, qui aurait pu engendrer un risque plus élevé de décrochages. D'où la mise en place du MCAS.

Boeing a transmis ce jeudi à la FAA des messages (que l'avionneur aurait découvert il y a quelques mois) échangés en novembre 2016, entre le chef des pilotes techniques du MAX, Mark Forkner, et un autre pilote, Patrik Gustavsson., semblant indiquer que l'autorité de régulation a été induite en erreur concernant le système anti-décrochage du 737 MAX. Ces échanges ont eu lieu quelques mois avant la certification de l'avion en mai 2017.

Jugés "préoccupants" par la FAA, ces échanges concernent "certaines communications entre Boeing et la FAA durant la procédure initiale d'homologation du 737 MAX en 2016". Dans le système de délégation américain, la FAA, avait confié à Boeing l'inspection du MCAS lors du processus de certification selon des sources proches du dossier citées par l'AFP. Dans leurs échanges, les deux pilotes soulevaient des questions sur la performance du système anti-décrochage observée sur les simulateurs de vols.

"Il déraille dans le simulateur"

Dans un échange sur messagerie instantanée, Mark Forkner disait à son collègue, Patrick Gustavsson, à propos du MCAS : il "déraille dans le sim (le simulateur, ndlr)"."Bon je t'accorde que je suis nul en pilotage mais ça c'était scandaleux".

 Patrick Gustavsson lui répond qu'il allait falloir actualiser les instructions dans le manuel de vol.

"En gros, ça veut dire que j'ai menti aux régulateurs (sans le savoir)", répond alors  Forkner. Son interlocuteur lui répond: "Ce n'était pas un mensonge, personne ne nous avait dit qu'il s'agissait de l'affaire" d'un problème avec le MCAS.

De fait, huit mois avant la tenue de ces échanges, Mark Forkner avait demandé à la FAA s'il pouvait ne pas faire mention du MCAS dans le manuel de vol et le régulateur, convaincu que le dispositif informatique n'était ni dangereux ni amené à intervenir souvent, avait donné son feu vert. Un porte-parole de la FAA a précisé que l'autorisation du régulateur n'était pas requise.

Ce samedi, l'avocat Mark Forkner a indiqué à l'AFP qu'il n'y avait eu aucun mensonge. "D'après tout ce que Mark savait, il pensait que l'avion réel était sûr", a déclaré l'avocat David Gerger.

Mark Forkner a depuis quitté Boeing. Le quotidien Seattle Times écrivait en septembre qu'il a invoqué à plusieurs reprises le cinquième amendement de la Constitution - qui permet à tout citoyen américain de refuser de témoigner contre lui-même dans une affaire pénale - pour refuser de remettre des documents au département de la Justice.

La lecture de ces messages a fortement agacé la FAA.

"J'attends vos explications immédiatement concernant le contenu de ce document et les raisons pour lesquelles Boeing en a retardé la divulgation à son régulateur en charge de la sécurité", a écrit Steve Dickson, l'un des responsables de la FAA, dans un courrier obtenu par l'AFP envoyé au directeur général de Boeing, Dennis Muilenburg

"En début d'année, nous avons donné le même document à la bonne autorité enquêtant" sur le MAX, soit le département de la Justice, a répondu, quelques heures plus tard, Boeing, dans un communiqué, soulignant coopérer "volontairement" en parallèle avec le ministère des Transports sur une investigation distincte touchant aussi à cet avion. C'est dans le cadre de cette dernière que "nous avons porté (jeudi) le même document à l'attention d'une commission" parlementaire, souligne l'avionneur, qui affirme que Dennis Muilenburg s'est entretenu dans la journée avec Steve Dickson pour lui "assurer que nous prenons toutes les mesures nécessaires pour un retour en service en toute sécurité du MAX".

Le retour en vol du MAX pourrait être impact

Michel Merluzeau, analyste chez AirInsight Research, estime qu'on "est entré en terre inconnue" et que "cela pourrait impacter le retour en vol du MAX, prolonger encore l'incertitude qui pèse sur le programme et avoir des conséquences sur l'entreprise".

Dennis Muilenburg, aux commandes de Boeing depuis juillet 2015, s'est vu retirer récemment sa casquette de président du conseil d'administration, décision qui a lancé des rumeurs sur son possible limogeage dans les prochains mois.

La commission sénatoriale chargée du Commerce a conformé qu'elle l'auditionnerait le 29 octobre. Dennis Muilenburg sera entendu le lendemain à la Chambre des représentants.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 21/10/2019 à 2:05 :
Quand je pense à tous les illettrés de pilotes de ligne qui avaient tous leur sticker offert par Boeing : "if it ain't Boeing, ain't not going "
et qui perpétuellement se moquaient d'Airbus ….
Qu'est-ce que j'aimerais les revoir maintenant ….
a écrit le 20/10/2019 à 21:52 :
La FAA ne devrait plus avoir voix au chapitre !
a écrit le 20/10/2019 à 14:55 :
Il va falloir que les américains se reprennent rapidement.
Un certain équilibre entre Airbus et Boeing est nécessaire pour contrer la Chine.
Et de nombreux sous-traitant européens bossent pour ces deux assembleurs.
Donc, par ricochet, les sous-traitants et bureaux d'ingénierie, qui peuvent aussi bosser pour ATR, Dassault ou TBM, sont affaiblis !
Crise automobile + crise aéronautique + la zizanie mondiale de Trump, ça commence à faire un peu beaucoup !
Réponse de le 22/10/2019 à 17:34 :
Tout à fait d'accord avec Alain d. Peu importent les rivalités, naturelles et saines, qui se manifestent dans les compétitions, il me paraît évident qu'un secteur aéronautique avec un seul fabricant en Occident serait, à terme, menacé de disparition.
a écrit le 20/10/2019 à 9:41 :
On comprend mieux la tôle que vient de prendre Airbus à l'OMC ! Va falloir financer ce scandale qui risque de coûter un bras à l'avionneur américain
a écrit le 20/10/2019 à 2:12 :
Des ingénieurs et dirigeants de Boeing devraient pour ces crimes passer de nombreuses années en prison, et le groupe lui-même condamné à de fortes amendes, genre 7,5 Md€ pour l'UE.
a écrit le 19/10/2019 à 23:05 :
Et si l'on s'acheminait vers un épilogue catastrophique pour Boeing et par ricochet pour le secteur aéronautique tt entier??
Il semblerait que le MCAS logiciel de vol cache misère d'un avion soupçonné d'être devenu instable au décollage intentionnellement pour des raisons de délai et de coût, dysfonctionnait dès le départ après essai sur simulateur.
L'ingénieur d'essai en chef a demandé l'autorisation à la FAA de ne pas mentionner le MCAS ds le manuel de vol... pour permettre la certification au + vite du MAX???..Quelle pression a t il subi pour prendre cette décision ???
Les faits précisés ds l'article paraissent parler d'eux même : il a quitté B et il semblerait qu'il prépare sa défense.
Qt au PDG, récemment nommé , il aurait fait comme son prédécesseur : càd l'autruche devant la catastrophe annoncée en couvrant ses équipes et donc B. et tt le capital de confiance qui va avec.
Pure hypothèse de mon humble avis, qui je l'espère ne se confirmera pas... pour la sauvegarde de la supply chain européenne impliquée ds le MAX et pour la confiance ds le secteur aéronautique ds son ensemble.
a écrit le 19/10/2019 à 20:58 :
Comme on ne fait pas d'un âne un cheval de course, on ne transforme pas un fer à repasser en avion.
Depuis le début de cette affaire, je ne cesse de penser que Boeing aurait été mieux avisé d'arrêter la production de cet avion. Non seulement il n'y a pas de honte à avouer s'être trompé, mais cette histoire va leur coûter de la crédibilité, un "pognon fou"...et peut être la faillite.
a écrit le 19/10/2019 à 20:19 :
Voilà ce qui arrive quand on laisse le fabriquant décider de la qualité de son produit
Areva c est dû même genre et peut-être encore pire
a écrit le 19/10/2019 à 18:13 :
Que l'on punisse les principaux responsables que sont les actionnaires et je vous garantie qu'il n'y aura plus jamais de scandale de la sorte, tant que l'on déresponsabilise les responsables on ne fait que préparer ce type d'horreur.

LEs mecs ils anéantissent la planète sans la regarder vous pensez vraiment que la possibilité de tuer des centaines de gens leur effleure l'esprit un moindre instant ?
Réponse de le 21/10/2019 à 13:36 :
Beaucoup de monde a peut être une action Boeing dans son portefeuille financier, sans peut être même le savoir. L'ouvrier de GM en a peut être dans son fond de pension, tout comme un australien dans son fonds commun de placement ou un fonctionnaire canadien boursicoteur. Ce sont aussi des actionnaires, il faut les punir comme vous le demandez ?
a écrit le 19/10/2019 à 16:25 :
On parle de Boeing , d'un avion dont les premiètres versions remontent à plus de 50 ans
, de l'administration fédérale des USA et aussi hélas des 350 morts innocents dans les deux crashes .
Edifiant , effarant , scandaleux , écoeurant ...:les mots manquent pour qualifier le gravité de ces faits . La faillite de BOEING est elle au bout du chemin ? Ce serait justifié .
Réponse de le 20/10/2019 à 22:11 :
Si le MAX devait être définitivement cloué au sol, elle ne serait pas loin en effet. Car il faudrait à B reconfigurer à perte ts les MAX déjà construits en attente de livraison ou déjà livrés( soit 500 avions) avec les moteurs ancienne génération à cder et faire livrer avec ts les surcoûts induis chez les fabricants, refaire les assises des ailes, voire les remplacer, puis refaire ts les essais de certification en vol, en s'assurant bien que l'avion est stable ds ttes les configurations de vol. Brader les MAX modifiés non encore livrés. Indemniser les fournisseurs dt le principal Safran fabricant du Leap.
Et enfin abandonner la partie au profit d'Airbus ou de sa filiale brésilienne Embraer, car je doute fort que ttes les Cies positionnées sur le MAX maintiennent leur cde...de 5000 appareils à livrer !!
Et si B s'en sort après une telle hémorragie, se relancer ds le monocouloir moyen et long courrier en concevant un tt nvel avion à un horizon de 10 ans.
Réponse de le 21/10/2019 à 13:41 :
Je pense que tout repose sur le fait de savoir si le MCAS est modifiable ou pas. En soi, changer une version de logiciel dans les avions actuels et à venir n'est probablement pas si complexe, à la différence des étapes de réhabilitation de l'avion après un arrêt prolongé (check up complet). Mais si le MCAS n'est pas arrangeable, alors là c'est la cata pour boeing car c'est la conception même de l'avion qui est en faute, quasiment irréparable sans toutes les étapes que vous mentionnez.
a écrit le 19/10/2019 à 14:42 :
Encore un qui a menti de bonne foi. Je me demande ce que l'administration US et sa légendaire indépendance quand il s'agit de protéger leur industrie va trouver pour dédouaner Boeing.
a écrit le 19/10/2019 à 13:53 :
Le problème principal de Boeing, c'est que leurs avions ne volent pas, et non pas les supposées subventions européennes à Airbus qui fausseraient le marché.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :