Dans une très longue interview accordée à La Tribune, le PDG d'Airbus Helicopters Bruno Even évoque l'ensemble des problématiques de sa société et du marché des hélicoptères : signatures des contrats Tigre Mark 3 et HIL (Hélicoptère Interarmées Léger) prévues en fin d'année, campagnes stratégiques (Allemagne et Grande-Bretagne), agressivité commerciale des Etats-Unis, reprise du marché des hélicoptères légers, disponibilité des flottes militaires avec un objectif de 50%, rentabilité (vers un Ebit à 10%), rationalisation de l'empreinte industrielle et, enfin, renouvellement de la gamme,...... nt des hélicoptères militaires (Tigre et NH90).
La Tribune : Le salon aéronautique de Dubaï a été très intense. Avez-vous eu la confirmation des signes de reprise au Moyen Orient, et au-delà, dans le monde sur le marché des hélicoptères ?
Bruno Even: Nous constatons que la région Moyen Orient offre à nouveau tant sur le marché civil que militaire, en particulier en Arabie Saoudite, des perspectives de croissances liées à des projets importants pour développer le tourisme, l'EMS et le transport VIP. Cette région est indéniablement une des zones de croissance pour le marché des hélicoptères. Côté militaire, le Moyen Orient reste une zone historique pour Airbus Helicopters, qui compte des clients fidèles avec lesquels nous avons des relations de confiance. C'est une zone où nous avons fourni beaucoup de Super Puma et de Dauphin. Nous devons donc assurer le support de leurs flottes. Et lorsque les opportunités se présentent, nous devons être présents au moment des renouvellements de flottes dans un marché, qui reste au global difficile.
Que représente ce marché pour Airbus Helicopters ?
Le Moyen Orient devrait pouvoir représenter 10% de nos ventes au niveau mondial en termes de valeur entre les opportunités militaires, qui ne sont jamais régulières, et le marché civil. En ordre de grandeurs, cela représente des ventes d'environ 500 millions d'euros par an avec des hauts et des bas en fonction des campagnes.
On arrive à la fin de l'année ou presque. Quelle est votre analyse du marché mondial qui semble se relancer en 2021 ?
Certes, il frémit à nouveau mais n'oublions pas que l'année de référence (2020) a été une année de baisse brutale (- 50% de prises de commandes en 2020 par rapport à 2019). L'an dernier a vraiment été un point bas sur lequel j'espère bien que le marché va rebondir. Qu'observe-t-on aujourd'hui sachant que les crises précédentes ont montré que le segment des hélicoptères légers est souvent le premier indicateur de reprise ? Nous observons sur 2021 une vraie reprise sur les hélicoptères légers (monomoteurs et bimoteurs). Toute la gamme (Écureuil, H135, H145) s'est bien tenue. Ce segment devrait revenir au niveau de 2019 dès cette année. Au global, nous progressons de 30% en termes de nombre d'hélicoptères vendus sur les neuf premiers mois de l'année par rapport à 2020. Le marché civil repart sur des bases où il devrait rapidement revenir au niveau de 2019, qui était déjà un point bas. Les deux régions, qui tirent le marché civil, restent encore l'Amérique du Nord et l'Europe : entre 70% et 75% du marché mondial sont générés par ces zones traditionnelles.
Propos recueillis par Michel Cabirol à Dubaï