En arrivant à la tête de Nexter, Nicolas Chamussy va devoir accélérer sa formation dans la compréhension de l'industrie de l'armement terrestre. Plusieurs dossiers urgents l'attendent : les négociations sur le programme MGCS, qui va structurer le groupe franco-allemand KNDS, et la gestion de la très forte croissance de Nexter. Il devra également s'occuper de booster le plus rapidement les ventes de Nexter à l'export.Depuis le 1er avril, Nicolas Chamussy s'est assis dans le fauteuil de directeur général de Nexter. Après avoir occupé la plupart de ses fonctions dans le spatial au sein d'Airbus où il est arrivé en 1999, Nicolas Chamussy est redescendu sur terre en atterrissant chez le leader de l'armement terrestre en France. S'il rêvait encore d'espace - il était fortement intéressé par le CNES -, son parachutage à Satory, qui a été orchestré par le ministère des Armées, n'est pas pour lui déplaire. Loin de là. Car le franco-allemand - Nexter est une filiale du groupe franco-allemand KNDS -, il connait bien, et même très bien. De la création d'EADS à Airbus, cet européen convaincu a tout vu et tout connu : des guerres de tranchées aux sombres machinations ourdies entre Français et Allemands jusqu'à l'apaisement avec le départ progressif mais brutal des grandes figures pionnières du groupe.
Nicolas Chamussy connait donc par cœur la grammaire franco-allemande. Cela lui sera très utile mais ce ne sera certainement pas suffisant. En tant que patron de Nexter et chef de file de la filière terrestre, il devra autant rassurer que protéger les intérêts d'une filière, qui se sent abandonnée par l'État français dans le cadre de la coopération franco-allemande.
1/ Gérer l'énorme bond des livraisons
Nicolas Chamussy arrive dans un groupe en pleine croissance. C'est plutôt confortable pour un patron. Car, en dépit de la crise du Covid-19, le chiffre d'affaires de Nexter s'est maintenu en 2020 (1,1 milliard d'euros) à défaut de progresser telles que les prévisions de début 2020 le prévoyaient. Alimenté par des prises de commandes record l'an dernier (1,97 milliard d'euros, dont 730 millions de munitions), le carnet de commandes ferme s'élevait à fin 2020 à 4,6 milliards d'euros à fin 2020 (8,1 milliards en comptant les tranches conditionnelles). Seul bémol, la marge opérationnelle a chuté à 65 millions d'euros.
Nexter est donc assis sur une croissance durable. Dans ce contexte, Nicolas Chamussy devra veiller à ce que les livraisons des véhicules destinés à l'armée de Terre dans le cadre du programme Scorpion (Griffon, Jaguar, Serval), qui vont bondir dès 2022, arrivent bien à l'heure. De moins de 200 véhicules livrés (157 blindés Griffon et 20 Jaguar en 2021 et 170 véhicules en 2019), le site de Roanne va devoir produire plus de 400 véhicules blindés dès 2022 (environ 450) et pour plusieurs années. "On est prêt", explique-t-on en interne. Nicolas Chamussy va pouvoir s'appuyer sur les décisions de l'ancien PDG de Nexter, Stéphane Mayer, qui a dimensionné l'outil industriel du groupe à travers un plan d'investissement de 80 millions d'euros destinés aux sites français, dont Roanne.