OTAN : un sommet pour éviter les divisions face à la Russie

Quels enjeux pour le sommet extraordinaire de l'OTAN ? Les dirigeants occidentaux réunis ce jeudi à Bruxelles pour des sommets de l'OTAN, du G7 et de l'Union européenne, en présence du président américain Joe Biden, vont entériner un renforcement de leur présence militaire en Europe de l'Est et un accroissement de leur aide à l'Ukraine, où l'offensive de la Russie entre dans son deuxième mois.
Michel Cabirol
En Ukraine, la marge de manoeuvre de l'OTAN est extrêmement limitée d'autant que le monde entier souhaite éviter une escalade avec la Russie de Vladimir Poutine, notamment des scénarios d'escalade dite verticale de la guerre au moyen d'armes non conventionnelles.
En Ukraine, la marge de manoeuvre de l'OTAN est extrêmement limitée d'autant que le monde entier souhaite éviter une escalade avec la Russie de Vladimir Poutine, notamment des scénarios d'escalade dite verticale de la guerre au moyen d'armes non conventionnelles. (Crédits : INTS KALNINS)

Un sommet OTAN en Europe au moment où une guerre se déroule sur le sol européen. Cela aurait pu être l'objet d'un scénario d'un exercice militaire entre pays membres de l'OTAN. Mais non malheureusement c'est la dure réalité du contexte géopolitique actuel avec le conflit opposant la Russie à l'Ukraine. Que peut apporter ce sommet, qui se tient à Bruxelles ce jeudi comme avancées majeures pour contraindre la Russie de stopper son invasion en Ukraine et accepter un cessez-le-feu débouchant sur un accord de paix entre les deux pays ? Pour Kiev, seule face à l'ogre russe, la "realpolitik" mondiale reste cruelle et le restera jusqu'à la fin sauf si des lignes rouges sont franchies soit par la Russie, soit par l'OTAN. "Nous avons adapté notre posture en dissuasion et en réassurance", explique-t-on pour autant à l'Élysée. Mais pas question d'engager une guerre contre la Russie.

"Il y a des voies pour renforcer encore cette capacité à apprécier la situation et également l'activité des forces russes en Ukraine, qui sont importantes. L'OTAN n'est pas engagée en Ukraine, mais l'Ukraine étant voisin de pays de l'Alliance, il est nécessaire et logique, qu'en s'inscrivant dans cette posture de dissuasion de l'Alliance, d'apprécier de mieux en mieux la situation. Et c'est donc des débats qui se tiendront pendant ce sommet de l'OTAN", précise-t-on à l'Élysée.

Essentiellement une activité diplomatique

Dans ce contexte essentiellement diplomatique, la marge de manoeuvre de l'OTAN est extrêmement limitée d'autant que le monde entier souhaite éviter une escalade avec la Russie de Vladimir Poutine, notamment des scénarios d'escalade dite verticale de la guerre en Ukraine au moyen d'armes non conventionnelles. Pourquoi ? L'Ukraine, n'étant pas membre de l'OTAN en dépit de quelques bases discrètes de l'OTAN sur le sol ukrainien (base de Yavoriv dans la région de Lviv bombardée par la Russie), ne bénéficie pas de l'article 5 des pays de l'OTAN. Un article qui assure assistance à tous les membres de l'Alliance en cas d'agression. Que peut donc attendre l'Ukraine des Occidentaux ? Les pays de l'OTAN mais aussi du G7 et de l'Union européenne doivent notamment coordonner leurs efforts en faveur de l'Ukraine dans le domaine de la fourniture d'équipements militaires, du soutien économique et humanitaire, y compris la sécurité alimentaire ou l'accueil des réfugiés.

Les Occidentaux travaillent à la mise en place d'un véritable cessez-le-feu ouvrant une négociation. Trois conditions sont requises : la levée des sièges des villes, l'accès humanitaire et le retrait des troupes russes. Ils sont aidés par le président ukrainien Volodymyr Zelensky qui a envoyé ces derniers jours des signes forts à Vladimir Poutine. Il s'est dit prêt à la neutralité de l'Ukraine tout en disposant de garanties de sécurité. "Il y a cette nécessité que, quelque part, les Ukrainiens puissent donner à leur neutralité un contenu qui soit conforme à leurs besoins de sécurité, et quelque part, je ne vais pas dire acceptable, mais entendable pour les Russes de telle manière qu'ils cessent leurs opérations", explique-t-on à l'Élysée. Volodymyr Zelensky a également évoqué la possibilité d'un référendum sur l'avenir des territoires revendiqués par la Russie. En revanche, il n'est pas allé jusqu'à dire qu'il était prêt à céder des territoires.

"Nous constatons au terme de ces divers échanges (Emmanuel Macron  a eu une conversation avec Vladimir Poutine mardi, puis avec Volodymyr Zelensky, ndlr) que nous avons là les éléments d'une négociation, c'est-à-dire : déclaration de neutralité, cessez-le-feu, garanties de sécurité. Mais l'ensemble de ces éléments ne sont pas encore agencés de telle manière que Russes et Ukrainiens puissent avancer utilement vers une solution de la crise. Nous sommes prêts à contribuer à tout effort qui permettra en effet d'en sortir".

En revanche, la proposition polonaise sur une opération de maintien de la paix menée par l'OTAN est hors sol. Elle ne sera jamais acceptée par la Russie. "Une opération de maintien de la paix vise à maintenir la paix, et aujourd'hui, il n'y a pas la paix", rappelle-t-on à l'Élysée. La question d'installer des bases de l'OTAN dans les pays de l'est est par ailleurs prématurée, affirme-t-on à l'Élysée. "Nous avons prolongé notre présence au-delà de ce qui était prévu en Estonie pour permettre là encore aux États baltes d'avoir confiance dans la solidarité et le soutien des Alliés", précise-t-on.

"Nous contribuons au renforcement de cette posture et nous renforçons notre posture au profit des pays baltes notamment. Vous comprenez bien que dans un contexte de très haute volatilité comme celle d'aujourd'hui de crises chaudes, il faut pouvoir prendre des décisions immédiates qui sont dans l'intérêt de la sécurité immédiate de tous, mais que les questions de fond, les questions qui organisent, disons, l'avenir de la relation des Occidentaux avec la Russie, il faut les traiter au bon moment et avec disons une perspective qui permette de donner de la clarté à chacun sur sa sécurité et sur ses relations avec la Russie", explique-t-on à l'Élysée.

Unité et détermination

Ce sommet de l'OTAN a d'abord vocation "de montrer l'unité et la détermination des alliés", estime-t-on à l'Élysée. Ce sommet et les deux autres (G7 et conseil européen) vont servir à aligner toutes les positions, qui ne sont pas forcément alignées, notamment entre les États-Unis et l'Union européenne sur un prochain train de sanctions vis-à-vis de la Russie. Pour la France, ce sommet doit porter sur "la nécessité" pour l'OTAN "de se recentrer sur son cœur de métier géographique, c'est-à-dire son mandat euro-atlantique et également sa vocation fonctionnelle, c'est-à-dire la défense collective", assure-t-on à l'Élysée. C'est d'ailleurs le rôle que joue actuellement l'Alliance. "C'est un élément évidemment cardinal de sécurité pour les Européens", estime l'Élysée.

La France souhaite également "éviter les divisions qui nous affaiblissent collectivement et artificiellement". Elle constate que sur la coordination entre l'OTAN et l'UE, que cette "nécessité est prise en compte aujourd'hui par un plus grand nombre de partenaires et d'alliés européens", souligne-t-on à l'Élysée. Pour Emmanuel Macron, il est important que la question de la souveraineté et de l'autonomie stratégique de l'Europe soit mieux comprise et mieux prise en compte à l'OTAN. Ce qui facilitera les discussions puis l'adoption de la fameuse Boussole stratégique lors du Conseil européen prévu ce jeudi et vendredi. Le texte final a déjà été validé par le Conseil des affaires étrangères (CAE). Il acte un certain nombre de priorités, notamment "la nécessité pour les Européens, collectivement, d'être à la fois mieux capables et mieux équipés pour faire face aux menaces", souligne l'Élysée.

Harmoniser la posture militaire des Alliés

Le sommet de l'OTAN servira enfin à analyser la posture militaire des Alliés, de voir si les dispositions prises sont appropriées pour cette mission de défense collective. Notamment pour protéger le corridor de Suwalki, considéré comme un point faible important de l'OTAN. "On a bien la sensibilité de cet espace géographique particulier", explique-t-on à l'Élysée. Mais "tout ce qui procède de la surveillance et les dispositions à prendre dans les endroits qui jouxtent le territoire russe pour des pays limitrophes de l'Alliance, doit rester extrêmement confidentiel", a-t-on précisé. Ce sommet servira également à apprécier les évolutions potentielles de la situation en Ukraine. L'Alliance a pris de nombreuses mesures, "en particulier pour augmenter le niveau de protection de nos alliés orientaux, puisque nous avons des missions qui couvrent l'ensemble des milieux", rappelle-t-on à l'Élysée.

En mer Noire, la Russie exerce un blocus sur le détroit de Kertch et aux abords d'Odessa. Mais pas sur l'ensemble de la mer Noire, où une  petite baisse d'environ 10% du trafic maritime a été observée. Pour le reste, la navigation se poursuit en mer Noire, au-delà des ports ukrainiens. Ainsi, les pays de l'OTAN, qui ont une façade maritime sur la mer Noire, ont une activité réduite, mais pas très différente de l'activité habituelle, selon l'Élysée. Le passage des détroits est d'ailleurs régi par la Convention de Montreux. "Toute la convention est appliquée, ce qui veut dire très concrètement qu'aujourd'hui, les pays partis au conflit peuvent uniquement faire revenir les bateaux vers leur port de base. Et c'est ce qui se passe", explique l'Élysée. Autre sujet d'inquiétude : la Russie a évoqué des mines dérivantes dans le nord de la mer Noire, qui pourraient se disperser sur l'ensemble du théâtre maritime.

Dans ce dispositif militaire, la France apporte sa contribution. Elle est une contributrice importante avec des avions de surveillance AWACS, des avions de chasse qui partent régulièrement des bases aériennes ou du porte-avions Charles de Gaulle pour assurer la surveillance et la protection de ses alliés orientaux. C'est également vrai dans le domaine terrestre. La France, qui a prolongé sa présence en Estonie au-delà de ce qui était prévu, est présente dans les pays baltes et également en Roumanie où elle a stationné plusieurs centaines de soldats.

Michel Cabirol
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Commentaires 10
à écrit le 25/03/2022 à 2:29
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C'est drôle d'entendre des Français se plaindre de l'impérialisme américain. La France avait des rois et plusieurs empereurs, pas l'Amérique. La France avait des colonies partout dans le monde, pas l'Amérique. Les années qui se sont écoulées depuis 1...

le 25/03/2022 à 9:54
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" Les années qui se sont écoulées depuis 1945 ont été les plus stables et les plus pacifiques que le monde ait jamais connues". Guerre de Corée 1950/53 ( le nombre de victimes civiles est estimé à 2 millions et le nombre de réfugiés à 3 millions )...

à écrit le 24/03/2022 à 19:17
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L'OTAN doit être dissoute. Il n'est pas normal qu"en 2022 il existe encore une organisation qui n'a que pour but la confrontation avec un pays. SI non il faut aussi créer d'autre organisation avec pour but de contrer des pays comme le US la chine,...

à écrit le 24/03/2022 à 18:50
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L'OTAN c'est Washington... Très confortable d'être colonisé... L'UE a besoins de valeurs, de frontières et une défense propre..

à écrit le 24/03/2022 à 18:23
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Bonjour, Mr le Président américain est venue nous dire de ne pas nous inquiète.... En cas de guerres total l'OTAN est la , et l'oncle Sam nous vendra tous se que nous avons besoins.... MDR, ce n'est pas les usa en premier ligne.... Et des promesse...

le 24/03/2022 à 19:51
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Y a une différence énorme avec les autre fois où es US ont engagé leurs armées . Contre la Russie (voir la Chine) les US vont avoir le conflit sur leurs propres sol avec tous les dégât et les drames que cela comporte. C"est pour cela que Biden cherch...

à écrit le 24/03/2022 à 17:13
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La guerre en Ukraine ne touchera en rien l'économie russe. Pire les décisions et sanctions contre la Russie vont avoir 3 conséquences majeures : 1° La Russie va être poussée à sortir de sa passivité économique via l'envahissement des majors US (GAFA...

à écrit le 24/03/2022 à 16:27
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@Michel Gabirol: Votre phrase " L'Ukraine, n'étant pas membre de l'OTAN en dépit de quelques bases discrètes de l'OTAN sur le sol ukrainien" est inexacte je pense et pourrait probablement être reprise telle quelle par l'Agit-prop russe: il y a en...

le 24/03/2022 à 17:41
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@curiale. Vous ne voulez pas reconnaitre que cette guerre a été initié pour démolir l'UE. Quand les historiens pourront parler en dehors de la pensée commune , on comprendra mieux la position de la Russie qui certes n'avait pas à détruire un voisin ,...

à écrit le 24/03/2022 à 15:20
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Pas a dire! La propagande Occidentale est bien supérieure a l'Orientale depuis qu'elle ne peut plus diffuser ses "mensonges"!

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