Le poulet ukrainien inonde le marché français : les volaillers tricolores tirent la sonnette d’alarme

Au premier semestre 2022, les importations en France de poulet ukrainien ont augmenté de 122%, en raison d'une réorientation des flux internationaux. Elles risquent de croître encore plus depuis la suppression par l'Union européenne, en juin, des droits de douane appliqués à l'Ukraine, en menaçant ainsi l'équilibre d'une filière française déjà fragile. Explications.
Giulietta Gamberini
Le filet de poulet ukrainien est deux fois moins cher que celui standard français, et il coûte 4 à 5 fois moins qu'un filet label rouge voire 7 fois moins qu'un filet bio, calcule le directeur de  l'Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair, Yann Nédéléc.
"Le filet de poulet ukrainien est deux fois moins cher que celui standard français, et il coûte 4 à 5 fois moins qu'un filet label rouge voire 7 fois moins qu'un filet bio", calcule le directeur de l'Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair, Yann Nédéléc. (Crédits : © Luc Gnago / Reuters)

Le soutien de l'Union européenne à l'économie ukrainienne risque de pénaliser la filière de la volaille de chair française. C'est le cri d'alerte lancé par son association interprofessionnelle, l'Anvol, qui estime même menacée la souveraineté alimentaire française.

Pendant les six premiers mois de 2022, les importations en France de poulets provenant directement d'Ukraine ont en effet crû de 122% par rapport à la même période de l'année précédente, a calculé l'association. Et ce, sans compter le poulet produit en Ukraine mais qui, étant découpé dans l'un des pays de l'UE, est importé en France comme européen, met en garde le vice-président de la Fédération des industries avicoles (Fia), Gilles Huttepain. En cause, un probable report vers les pays européens, pouvant être livrés par camion, des volumes habituellement destinés par l'Ukraine à des pays du Moyen-Orient, en raison des blocages du trafic maritime dus à la guerre, selon le directeur de l'Anvol, Yann Nédélec.

Or, la situation risque encore de s'aggraver, puisque depuis le 24 juin l'Union européenne a décidé de supprimer pendant un an les droits de douane et le quota limitant auparavant les importations ukrainiennes. Un « piège » qui profite de surcroît à une seule entreprise, à l'origine de 90% des exportations des produits avicoles ukrainiens : le groupe MHP, dénonce l'Anvol.

Une hausse de la demande portée par le poulet standard

La menace ukrainienne est d'autant plus prise au sérieux par la filière avicole française que, malgré une augmentation constante de la demande interne de volaille, elle est depuis longtemps fragilisée par une inarrêtable augmentation des importations. Elles représentent désormais 49% du poulet consommé en France, contre 25% au début des années 2000. Et après une dizaine d'années de stabilisation, la tendance est repartie à la hausse depuis 2020, lorsque le taux d'importation était de 41%. Le premier semestre 2022 a vu aussi les importations de la Pologne et de la Belgique croître de plus de 20%, et celles directes du Brésil de 181%.

« Le paradoxe est que la croissance annuelle de la demande française de volaille -de 3,6% en moyenne pendant les dix dernières années- est surtout portée par le poulet standard, alors que la France est le pays européen qui compte le plus haut pourcentage (18%) de poulets élevés en plein air (bio et label rouge) », note Yann Nédélec.

Un écart entre l'offre et la demande aggravé par l'inflation, qui oriente vers les produits moins chers les achats non seulement des ménages, mais aussi de la restauration collective, en ouvrant ainsi encore davantage la porte aux importations, explique le directeur général de l'Anvol.

Des modèles de production radicalement différents

Les prix de la viande de volaille importée sont en effet bien inférieurs à ceux de la volaille française.

« Le filet de poulet ukrainien est deux fois moins cher que celui standard français, et il coûte 4 à 5 fois moins qu'un filet label rouge voire 7 fois moins qu'un filet bio », calcule Yann Nédéléc.

L'écart est dû aux modèles de production : alors qu'une exploitation française compte en moyenne 40.000 volailles, une exploitation ukrainienne, thaïlandaise ou brésilienne en élève plutôt 2 millions, selon l'Anvol. Et les écarts de prix entre modes de production plus ou moins industriels se creusent avec l'augmentation des coûts de production, note Yann Nédéléc.

Or, depuis un an, la hausse de ces coûts est vertigineuse. En France, entre août 2021 et août 2022, les prix de l'alimentation des animaux (nourris essentiellement aux céréales et au soja), qui représentent environ des coûts de production, ont augmenté de plus de 80%, selon l'interprofession. Entre le deuxième trimestre 2020 et le deuxième trimestre 2022, le coût de l'énergie a crû de 30%. Globalement, sur la même période, les coûts de production ont ainsi augmenté de 45-50%. Et la crise énergétique comme l'inflation sont loin de s'arrêter...

Une hausse inévitable des prix

La capacité de la filière française à contrer les importations est de surcroît diminuée par une baisse de la production de 10% prévue en 2022 en raison de la grippe aviaire qui a frappé l'Hexagone à partir de fin 2021. Selon le type de viande, ses effets pourront se faire sentir jusqu'au printemps 2023, avec un impact sur le chiffre d'affaires global de 500 millions d'euros.

L'interprofession calcule donc une hausse inévitable des prix de la viande à la sortie de l'abattoir de 5 à 10% en 2022. Elle parie que le modèle des relations entre producteurs et transformateurs qui régit la filière, fondé sur la contractualisation, assurera la répercussion de cette augmentation en aval.

« Jusqu'à présent, grâce à un travail collectif sur les indicateurs des coûts de production et à leur indexation, leur hausse a été prise en compte par les metteurs sur le marché, grossistes et distributeurs », note le président de l'Anvol, Jean Michel Schaeffer.

Il rappelle également que, malgré les augmentations, la volaille restera la viande la plus accessible pour les consommateurs. L'association met néanmoins en garde contre les risques liés à tout choix de rupture : si les opérateurs devaient décider de se tourner encore davantage vers les importations, les conséquences sur la filière, déjà « fragile », et sur la souveraineté alimentaire française seraient « dramatiques ». Des arrêts de la production ne pourraient alors pas être exclus.

Giulietta Gamberini

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Commentaires 17
à écrit le 13/10/2022 à 22:11
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Ce qui est incroyable, c'est que pas un instant vous citez ce milliardaire ukrainien Yuriy Kosiuk ce gros producteur d'élevage en batterie de poulets élevés aux hormones et que l'Union Européenne laisse passer. J'engage vos lecteurs à aller se rensei...

à écrit le 13/10/2022 à 22:07
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Ce qui est incroyable, c'est que pas un instant vous citez ce milliardaire ukrainien Yuriy Kosiuk ce gros producteur d'élevage en batterie de poulets élevés aux hormones et que l'Union Européenne laisse passer. J'engage vos lecteurs à aller se rensei...

à écrit le 18/09/2022 à 16:31
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Fatiguee fatiguée de toujours entendre les mêmes choses....soutenir la flirte ukrainienne !! Et la filière française !! On veut manger français on veut garder nous paysans...n'y aurait il que l'essence et total que l'état subventionne!!!

à écrit le 17/09/2022 à 15:03
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à 26.9€ le kilo de filet de poulet label rouge en supermarché, ce qui il n'y a pas si longtemps était le prix du boeuf, je pense que les éleveurs Français de foutent de nous ou se font avoir par la grande distribution.

le 18/09/2022 à 12:58
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et qui a acheter des poulet a l'ukaine au lieu de poulet bien francais la renaissance et son ideologie mondialiste tout plutot que francais

à écrit le 17/09/2022 à 10:32
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Il faut souffrir pour être beau et la doxa otaniste reprise tranquilou par Macron l'a dit, les volaillers francais doivent donc être fiers et heureux d'apporter la liberté et la démocratie en Ukraine ! Souffrez pour eux pauvres travailleurs ! Et dieu...

à écrit le 17/09/2022 à 9:21
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Marx disait le capitalisme mene a la guerre pour se regenerer. Si nous regardons de plus près à qui profite la guerre: vente d arme des américains a l europe.F35 etc... vente de gaz de schiste dont l europe ne voulait pas, vente de gaz de la Norvège ...

à écrit le 17/09/2022 à 9:18
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Il me semble avoir lu quelque part ?? que les plumes étaient transformées en croquettes pour nos chiens et chats, pauvres bêtes..

à écrit le 17/09/2022 à 9:17
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Un boycott des volailles venant d’Ukraine.

à écrit le 17/09/2022 à 9:14
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Il y a trois jours : Mme von der Leyen, qui s’est déjà rendue à deux reprises à Kiev depuis le début de la guerre lancée par la Russie, a proposé d’accorder à l’Ukraine « un accès aisé au marché unique européen » et de l’intégrer à la zone d’itiné...

à écrit le 17/09/2022 à 9:04
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Vu les millions de tonnes de mais qui stagnent en Ukraine, autant le donner à manger aux volatiles comestibles dont le poulet. Un poulet certainement pas pire que le poulet français d'élevage industriel booste aux granulés dont la composition n'est ...

à écrit le 16/09/2022 à 22:47
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Poulet à la sauce Tchernobyl ! Pouah .....

à écrit le 16/09/2022 à 20:40
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Bonjour, Pourquoi pas, le poulet s'est bon Et ils faut bien acheté ukrainienne pour les aidées... Bien sur ils ne faut pas le dire...

le 17/09/2022 à 9:21
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Quasiment une faute a tous les mots. Bravo

le 17/09/2022 à 11:18
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Bien sûr, les résultats de l'éducation nationale.... Après cela ils faut être content de pays de l'impôt pour nos trops brave fonctionnaires...

à écrit le 16/09/2022 à 19:38
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Pensez-vous toujours que les profits de guerre cela n'existe pas ? Sans parler des corruptions d'intermédiaires!

le 16/09/2022 à 20:36
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Faisons la guerre, on fera des "profits" ? A moins que ça ne soit pas systématique ni garanti. :-) On a une terminologie particulière, y a des pays dans le monde où pour faire des affaires il faut payer des gens, facilitateurs ou intermédiaire obliga...

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