Les hypermarchés affaiblis par le coronavirus

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Outre des clients, le confinement a fait perdre aux hypermarchés l'un de leurs principaux leviers de trafic: les promotions.
Outre des clients, le confinement a fait perdre aux hypermarchés l'un de leurs principaux leviers de trafic: les promotions.
Les ventes des très grands hypermarchés ont baissé de 16% sur la deuxième semaine du confinement, selon le cabinet Nielsen. Ils sont pénalisés par leur emplacement en périphérie des villes et par la volonté des consommateurs d'éviter les foules.

"D'habitude il y a foule, mais là c'était très fluide", constate Colette, 77 ans, en revenant de l'hypermarché où elle fait ses courses hebdomadaires. Déjà fragilisés, les hypermarchés sont en difficulté en cette période de confinement.

"Les ventes des très grands hypermarchés, qui sont des poids lourds de la distribution française, étaient en recul de 16% sur la deuxième semaine du confinement", détaille Daniel Ducrocq, du cabinet d'études Nielsen.

Celles des hypermarchés de taille modeste (moins de 7.500 m2) ont baissé de 7%. En revanche, tous les autres modèles de distribution sont "en forte hausse", selon l'expert.

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Les commerces de proximité privilégiés

Plus précisément, "il y a eu deux périodes pour les hypermarchés", explique un porte-parole d'Auchan: "une période pré-confinement avec des chiffres exceptionnels, +138% de moyenne nationale sur les quelques jours qui ont précédé le confinement", puis "une baisse très nette de la fréquentation". Un porte-parole du groupe Casino évoque aussi ces clients en moins:

"Les tendances relevées dans différentes études, comme la baisse de fréquentation dans les hypermarchés, sont effectivement observées au sein de nos magasins".

"Depuis le début du confinement, j'ai privilégié les commerces de proximité", reconnaît Jean-Michel, 52 ans qui, avant, avait l'habitude de faire ses courses en hypermarché. Yves Marin, associé de Bartle, une agence de conseil en distribution, explique que "dans la situation actuelle, les gens préfèrent les courts déplacements à pied, ce qui favorise les supermarchés et les commerces de proximité par rapport aux hypermarchés". Or, seuls 6% des Français vivent à moins de 5 minutes d'un hypermarché - qu'on trouve majoritairement en périphérie des villes -, contre 28% à moins de 5 minutes d'un supermarché et 32% d'un magasin de proximité, selon l'étude Nielsen.

Les Français davantage à la chasse aux promos

Au-delà de cette réalité géographique, les très grandes surfaces pâtissent aussi de l'étalement des courses sur toute la semaine et de la volonté des consommateurs d'éviter les foules. C'est le cas pour Jean-Michel, qui considère que les hypermarchés sont une "zone de contamination". "Je n'y vais pas car j'essaie d'éviter l'affluence", explique-t-il.

Outre des clients, le confinement a fait perdre aux hypermarchés l'un de leurs principaux leviers de trafic: les promotions. "En ce moment, les Français ne sont plus à la chasse aux promos", explique Yves Marin.

Or, les promotions, "c'est 20% du business en France, notamment pour les hypermarchés. Si vous enlevez cette capacité d'attraction, c'est forcément un coup dur pour les très grandes surfaces", dit le consultant.

D'autant plus que "Pâques, comme toutes les périodes festives, est normalement un moment fort de l'année pour les hypermarchés. Pour les courses de fêtes, les consommateurs choisissent en général les hypers pour le choix et les prix", renchérit Daniel Ducrocq.

Au Carrefour Auteuil, un hypermarché de 5.300 m2 logé dans le 16e arrondissement de Paris, en bordure de périphérique, la boucherie est fermée par manque de personnel, mais au rayon chocolats de Pâques, des monceaux d'œufs colorés, de lapins, de poules et de boîtes en tous genres s'empilent. Certains articles sont déjà en promotion, pour écouler le stock. A Auchan, on indique qu'en mars, "malgré un léger recul, la baisse de fréquentation a été compensée par l'augmentation de la taille du panier et par les journées exceptionnelles réalisées juste avant le confinement. Mais avril risque d'être nettement plus compliqué."

"Un retour à la situation d'avant crise est peu probable"

Cette crise "s'ajoute à la mauvaise fortune des hypermarchés depuis plusieurs années", analyse Yves Marin.

"Ils ne sont plus en phase avec leur temps. Les Français fractionnent de plus en plus leurs achats, internet se taille une part sur les produits non-alimentaires..."

Pourtant, si la situation est "difficile pour les hypermarchés", "il n'y a pas de raison de s'inquiéter outre-mesure", selon Daniel Ducroq:

"Peu d'enseignes sont structurées uniquement autour de l'hypermarché", la plupart sont "pluri-supports".

Pour Casino, les hypermarchés représentent ainsi "moins de 20% de l'activité totale du groupe". "Les formats de proximité et l'e-commerce sont particulièrement sollicités", dit le groupe. Idem à Auchan: "On constate une très forte hausse sur l'activité 'drive', de l'ordre de 60%", détaille un porte-parole.

Et après? Yves Marin refuse les conjectures sur une sortie du confinement.

"On sait simplement que pour les hypermarchés, un retour à la situation d'avant crise est peu probable", dit-il.

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Commentaires
a écrit le 08/04/2020 à 20:35 :
C'est une réalité et en effet ça devrait s'installer en partie, peut-être aussi, en plus du reste, ne voulons nous pas nous retrouver dans un endroit entièrement déshumanisé par nature alors que nous ne voyons déjà personne.

Mais la volonté de croiser le moins de monde doit y être pour le plus c'est sûr.
a écrit le 08/04/2020 à 17:55 :
Avant de s'étonner de la baisse de fréquentation dans les hypermarchés, il faudrait répondre à la question de savoir s'il est possible d'aller faire ses courses loin de chez soi depuis le 16 mars 2020?! Qui a envie en cas de contrôle de prendre le risque de devoir s'acquitter d'une amende de 135 euros? Perso, j'achetais déjà en drive piéton avant la crise sanitaire mais depuis je continue et effectivement je ne vais plus en grande surface car trop loin et l'attestation dérogatoire n'indique pas si on peut aller loin pour faire ses courses. Je suppose que beaucoup de consommateurs ont eu cette même façon de penser...et se rendent outre le drive en surfaces de proximité.
a écrit le 08/04/2020 à 12:39 :
30 min pour le centre ville à pieds & sac à dos (payant de stationner) ou 10mn la GS en voiture, c'est vite choisi en considérant la 'praticité' de l'alternative, surtout que je passe ailleurs pour optimiser le carburant (3,99L/100 c'est une moyenne mais en ville, ça fait plus).
1 poulet = 5 midi, 1L lait, crêpes = 3 midi. Pas besoin de choses compliquées.
Les promos c'est moins essentiel, pourtant le "moteur" des GS, semble-t-il. Les gens délicats j'imagine que leur traque du 'sans gluten' est devenue secondaire, l'essentiel étant de ne pas trop trainer dans le magasin, les gens masqués se croyant en sécurité frôlent les autres (erreur ! distanciation indispensable).

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